
Psychologie de la Connerie (Éditions Sciences Humaines, France, 2018) est un ouvrage collectif d’une trentaine de psychologues, auteurs, philosophes, sociologues… Cet essai a été dirigé par Jean-François Marmion, psychologue et rédacteur en chef de la revue Le Cercle Psy, qui signe l’introduction « Votre con dévoué » et déclare : « Qu’elle suinte ou qu’elle perle, qu’elle ruisselle ou déferle, elle est partout. Sans frontières, et sans limites. Tantôt doux clapotis presque supportable, tantôt fange stagnante écœurante, tantôt séisme, bourrasque, raz-de-marée engloutissant tout sur son passage, brisant, bafouant, salissant, la connerie éclabousse tout le monde. Pire, il se murmure que nous en sommes tous la source. »
J’ai extrait l’un ou l’autre propos marquant d’intervenants et je vous invite à entrer de plain-pied au pays de la Connerie, celui des cons de compétition et en majesté, de la bêtise-crasse et de l’arrogance injustifiée.
Mais, on lit sous le titre du livre « Un monde sans connards est possible »…
- Serge Ciccotti, psychologue et chercheur, déclare que le « bon gros connard méprise les sans-dents, ces ‘‘salauds de pauvres’’.» De plus, pour lui, ce connard est aussi celui qui conduit rapidement son véhicule et vous dépasse, alors que le conducteur se rend en urgence à l’école de son enfant qui s’est blessé : « Les cons, dit-il, ont également une grande capacité à voir des cons partout !»
- Jean-François Dortier, fondateur et directeur du Cercle Psy et des Sciences Humaines, explique que s’il existe des formes d’intelligence multiples, « il doit y avoir aussi une belle variété de conneries» : l’arriéré, le beauf qui est bête, méchant, raciste et égoïste, le con universel, la connerie artificielle avec ses « machines apprenantes» qui, je le cite « ne sont pas intelligentes, puisqu’elles ne comprennent pas ce qu’elles font », il y a également la connerie collective, le crédule, le débile, l’imbécile et l’idiot, le zinzin, c’est-à-dire le zozo, le zigoto, le zouave. Tout cela peut être mis au féminin.
- James Aaron, professeur de philosophie, nous apprend que « l’intelligence n’empêche pas d’être connard sévère, elle peut même y contribuer en lui mettant dans le crâne qu’il est au-dessus de la mêlée.»
- Pascal Engel, philosophe, affirme que « le sot intelligent peut être très savant et très cultivé ; il peut même briller en société. On peut même aussi prendre la foutaise comme le stade suprême de la bêtise, Donald Trump par exemple.»
Bien sûr, toute ressemblance avec nos auditrices et auditeurs, lectrices et lecteurs, est purement fortuite. Alors, rendez-vous dans une prochaine chronique au pays de la Connerie !
Musique : Michaël Mathy.


Pierre Rabhi est décédé. À plusieurs reprises, il avait été au cœur de mes chroniques et il m’avait même fait l’amabilité d’offrir la préface à mon essai « La nuit porte conseil » (Le Livre en Papier), du nom de l’une de mes rubriques à Fréquence Terre. En hommage en cet inlassable militant pour la sauvegarde de notre planète, et quand bien même, il suscita diverses controverses, surtout de la part de ceux qui refont le monde dans leur fauteuil, voici la rediffusion de notre dernière chronique à son sujet.

Pour terminer cette série de chroniques consacrées aux Geôles d’Alger (Éditions Riveneuve) du journaliste Mohamed Benchicou, directeur et éditorialiste du Matin, auteur du livre « Bouteflika, une imposture algérienne » (photo Le Matin), injustement enfermé deux années au terrifiant pénitencier d’El-Harrach, il me plaît à rendre hommage à ce confrère et à toutes celles et tous ceux qui l’aidèrent dans son combat pour la Démocratie. Ils furent très rares au début, soit ils se taisaient par peur, lâcheté ou copinage avec le Pouvoir omnipotent, soit ils étaient à leur tour enfermés ou, pire, se suicidaient ou étaient suicidés.

Greta Thunberg, la jeune activiste suédoise, est traînée dans la boue, vilipendée, raillée, même par le philosophe Michel Onfray, pas gêné de s’attaquer à une adolescente, que certains des complices de la jeune fille sont menacés et maltraités par des fascistes en Belgique, je m’efface et lui donne quasiment la parole en lisant des passages de son petit livre Rejoignez-nous paru aux Éditions Kero et Calmann-Lévy pour l’édition en français, au prix plus que démocratique de 3 euros !
« Dans la solitude glacée de ma cellule, j’ai souvent médité sur le charme pervers de la plume. Elle aurait pu tout aussi bien me déposer au cimetière. Dans notre société asservie à toutes sortes de religions, le délit d’écrire est réservé aux âmes pécheresses ; celles qui, tôt ou tard, subiront le châtiment de l’impardonnable apostasie. Chez nous, la plume avance au milieu d’une forêt de glaives qui ne rêvent que de la décapiter… »
Chez nous ? C’est en Algérie. La plume ? C’est celle de Mohamed Benchicou, journaliste, écrivain, fer de lance d’Alger Matin, premier quotidien indépendant algérien, fondateur du Matin, auteur de « Bouteflika, une imposture algérienne », ardent militant de la transparence, de la liberté de penser, donc, d’écrire, et de la solidarité.
Cette indignité doublée, dans certains cas, d’inhumanité, touche tous les continents et l’Histoire foisonne d’exemples en ce sens, tel celui de Mohamed Benchicou, victime d’une violente injustice, qui a connu « Les geôles d’Alger », titre de son témoignage aux Éditions Riveneuve.
« Les geôles d’Alger » est plus qu’un livre apportant l’inestimable témoignage d’un journaliste engagé, comme son équipe, pour la liberté d’expression et celle du peuple, ce qui va de pair, mais un devoir de Mémoire sur lequel Fréquence Terre s’appuie aussi dans son inébranlable volonté d’indépendance et de mobilisation pour une société fraternelle.

Après trois cents pages de descriptions précises qui fixent avec un luxe de détails la situation dans Shanghai en pleine insurrection, la dernière centaine de pages est un long suspense qui s’amplifie pour donner un profond sentiment de révolte face à la torture et aux gens jetés vivants dans le feu de la chaudière de locomotives.