« Aujourd’hui, je pense qu’il y a une universalité d’un corpus de valeurs qui nous viennent des Lumières et avec lesquelles l’homme ne peut ni négocier ni transiger. La liberté de conscience, les droits de l’homme, le droit à la dignité pour tous, la liberté d’expression, la liberté de manifestation, la démocratie peuvent être partagés par toutes les cultures du monde. »
Jean-Michel Quillardet, rédacteur, entre autres, de la Charte de la Laïcité dans l’École de la République (Photo P.Gf).
Ainsi s’exprime Jean-Michel Quillardet dans son nouvel essai Pour un humanisme universel paru chez Dervy, auteur, avocat, ancien Grand Maître du Grand Orient de France, rencontré à la librairie bruxelloise Abao : « Il y a lieu d’expliquer ce qu’est une vision humaniste universelle, parce qu’elle contient des valeurs pouvant être acceptées par tous. Cela participe à un combat mené contre le populisme. Il y a des rappels à faire face à l’obscurantisme, à l’intégrisme, à l’antimaçonnisme… », précisa-t-il. À la question de savoir si l’humanisme est une croyance au même titre que la religion, Jean-Michel Quillardet répondit : « C’est à la fois une croyance et une réalité, il faut essayer que l’Amour règne dans la Société. En effet, compte tenu de la renaissance du communautarisme, de ne pas s’ouvrir aux autres, il faut enseigner la laïcité. C’est un principe trop peu connu. Être laïque n’est pas être contre une religion, mais c’est la séparation de l’Église et de l’État[1], l’application du multiculturalisme, car aucune identité n’est supérieure à une autre. Il faut expliquer, dès l’école primaire, ce qu’est la Charte de la Laïcité, dont je suis à l’origine, et ne pas omettre que la démarche humaniste est un combat à mener au quotidien sur soi-même. »
En sept chapitres bien rythmés et illustrés de nombreux exemples, l’auteur aborde la nécessité de s’engager : « Il existe un esprit, une conscience, qui donne à l’homme une responsabilité particulière et qui l’oblige, pour reprendre le beau mot de Montaigne ‘‘à porter l’humaine condition’’, se remettre en question et choisir soi-même plus de force, plus de sagesse, plus de beauté[2]. »
Des militants de l’humanisme
Comment définir l’humanisme ? Comment l’appliquer ? Jean-Michel Quillardet exposa son point de vue : « L’humanisme, c’est préserver en l’homme son immense et incomparable dignité. C’est découvrir la nature profonde de l’être humain. L’énergie spirituelle qui fonde la nature humaine, est la raison elle-même. Le mouvement des Lumières est un idéal universel qui permet encore au XXIe siècle de donner un sens et un guide à l’humanité. Les Lumières constituent la révolution de l’esprit dont nous avons plus que besoin. Les Lumières, c’est la libre pensée, le libre examen, le refus de tout dogmatisme, elles constituent le projet humaniste avec lequel il ne peut être transigé. L’homme est au cœur de nos interrogations à partir du moment où nous nous considérons comme des militants de l’humanisme. C’est dans le sens de l’affirmation de la liberté et dans le combat contre tout déterminisme, qu’il soit considéré comme naturel ou comme culturel, que nous devons pousser nos efforts. »
Une prochaine chronique abordera plus spécifiquement, outre la laïcité, le devoir de Mémoire et la Justice humaine.
Steven Weinberg est spécialiste en biologie marine, écrivain et photographe, spécialiste du monde sous-marin et du voyage, auteur de plus de 30 livres, dont de nombreux guides sur les espèces sous-marines et de plus de 500 articles de revue. A 73 ans, il est un observateur privilégié du monde sous-marin depuis 58 ans. Il nous fait part des évolutions positives qu’il a constaté.
Un regard positif et plein d’espoir ! A écouter sans modération !
Avec Le Rêve de Toinet de Mireille Pluchard paru aux Presses de la Cité, ce fut une véritable découverte. Une remarquable découverte, même, que l’écriture de cette auteure qui, je la cite, « aime raconter les gens ».
Et, pour raconter la destinée de Toinet, jeune chevrier cévenol devenu un brillant potier au XVIIIe siècle, la romancière met plus de 580 pages qui plongent le lecteur dans une fabuleuse épopée ou, effectivement, tous les sentiments humains sont décrits avec une rare observation.
Ainsi, en pleine Guerre des Religions, ce dialogue entre deux sœurs qui se retrouvaient après des années de séparation tramée par des catholiques à l’égard de ceux qui, selon eux, pratiquaient la « fausse religion », les religionnaires :
– Ton mari est-il un homme de parole et de confiance ?
– C’est un sage doublé d’un pacifiste.
– Un « tiède », alors, comme disent les papistes ?
– Un « tiède » est ce qu’on lui reproche, mais j’admire sa tolérance et je bénis sa bonté. Quel homme aurait pris le risque de vous amener ici, toi et ton prédicant de mari ?
Enfant espiègle devenu un homme-enfant à 7 ans, à la mort atroce de son père, Toinet se chargea des siens, mais de « bonnes âmes », un notaire véreux, un curé et un consul, décidèrent que la famille serait éparpillée ; le gamin fut envoyé en apprentissage chez un potier, maître Jean : « Regarde, écoute et tais-toi » lui dit-il d’emblée.
Ce que fit le jeune séparé de sa famille mais, rapidement troublé par Apolline : « Les lèvres de la fillette étaient chaudes et douces… »
Les années passèrent et Toinet poursuivit son apprentissage chez maître Espérandieu à Anduze, là où on parlait plus de gain et de profit que de travail bien fait.
En l’an de grâce 1715, Toinet, 17 ans, devint maître à son tour, son chef-d’œuvre s’apparentant à une géniale œuvre d’art, un orjol. Comme il faisait de l’ombre à son fils, Espérandieu l’obligea à faire le Tour de France durant cinq années. Apolline jura de l’attendre.
Toinet prit comme nom compagnonnique « Cévenol orjolier du soleil » et, à son retour, après maintes aventures, il s’installa à son compte, retrouva la future mère de leurs enfants, devint un bon père mais exigeant, plus spécifiquement avec son aîné. Celui-ci se rebella, car il préférait la Nature aux tour de potier et vernis. D’où une situation familiale particulièrement tendue…
Assurément, depuis longtemps, je n’avais plus été autant scotché au récit et personnages d’un roman !
Fréquence Terre reçoit à Claire Estève, ingénieure projet au service traitement des déchets de Nantes Métropole.
A l’occasion des Assises Nationales des déchets qui se tiendront les 2 et 3 octobre prochain à Nantes vous allez co-animer une conférence sur les progrès en matière de valorisation énergétique. Qu’est-ce que vous appelez « la valorisation énergétique » ?
C’est tout ce que l’on peut valoriser, grâce à nos pratiques d’incinération des déchets, mais aussi en terme de méthanisation , également de production de combustible (combustibles solides de récupération) qui permettent entre autre chose de valoriser les refus de tri de collecte sélective, pour leur permettre d’avoir une seconde vie. Par exemple en combustible dans les cimenteries.
En tant que particulier, quand on trie nos déchets, on a plusieurs catégories de déchets on est d’accord ? Tout ce que l’on ne sait pas vraiment recycler, on le met dans une poubelle à part, ce sont nos déchets alimentaires. Et de l’autre côté il y a tout ce qui est recyclable – donc en général « la poubelle jaune » (plastiques, métaux…), et après on a les encombrants.
Effectivement, il y a plusieurs modalités de tri de nos déchets. Tout ce qui se retrouve dans les poubelles en général « bleues », l’ordure ménagère part à l’incinération. De cette incinération on produit de la chaleur. Donc une des formes de valorisation énergétique qui nous permet d’alimenter entre autre chose des réseaux de chaleur urbain permettant la production d’eau chaude et de chauffage dans les établissements publics et dans les collectifs à proximité des usines. Voilà une forme de valorisation.
Donc on brûle et on relâche dans l’atmosphère des gaz pas très sains pour la santé ? Si je me souviens bien il y avait ce problème de dioxine dans pas mal de centrales. Il y a encore un procès qui a eu lieu au mois de mai à Melun.
Par rapport à ça, la réglementation s’est extrêmement renforcée. Nous avons des suivis très stricts. Pour ce qui concerne tous les traitements des fumées qui sont issues de l’incinération des déchets.
Le fait de brûler nos déchets produit des gaz qui sont relativement toxiques, comment sont-ils captés ?
Clairement, on est sur des dispositifs de traitement des fumés qui sont des dispositifs soit « secs », soit « humides », qui permettent sur différentes étapes, d’arriver à des rejets quasi purs en haut de cheminée. Et sur ces cheminées nous avons également des analyseurs qui permettent en continu ou en discontinu d’avoir des relevés des analyses des gaz émis et donc un contrôle en permanence de la qualité de ses émissions.
Vous confirmez que les scandales de la dioxine n’existeront plus ? (en France en tous les cas).
Sur l’usine que nous suivons, je peux vous confirmer que nous mettons tout en œuvre pour avoir un suivi extrêmement méticuleux et une vigilance accrue sur ces sujets.
La deuxième filière de valorisation c’était donc la poubelle jaune. Donc là on met nos plastiques en particulier, quelques métaux, les boîtes de conserve… Où est-ce qu’on en est sur le tri des poubelles jaunes ?
C’est très inégal entre les villes… Certaines villes prennent certains composés d’autre en prennent d’autres on ne peut pas dire que c’est un tri « global ».
La loi de transition énergétique a beaucoup aidé à l’harmonisation des pratiques dans ce domaine parce que d’ici 2022, nous allons mettre en œuvre à l’échelon national, l’extension des consignes de tri. Ce qui va permettre pour l’usager de n’avoir plus qu’une seule consigne de tri pour lui permettre, quel que soit son lieu de vie (de vacances par exemple), de ne plus se questionner sur ce qui doit intégrer ou non sa poubelle jaune.
Nous sommes donc en train de nous équiper pour faire progresser notre matériel de tri pour répondre à cet élargissement des consignes.
Par exemple, le plus parlant est celui des pots de yaourts à intégrer dans les plastiques triés et recyclés.
A l’issu de ce tri nous conservons tout de même des refus et là encore ces refus vont intégrer les filières de valorisation…
Qui les refuse ? (les pots de yaourt).
Avec les nouvelles consignes, il n’y aura plus de refus. Mais nous avions des processus de tri qui était efficient pour trier ou non ce type de résine. Demain l’intégralité des instruments de tri devra être en mesure d’effectuer ce tri là et donc de permettre une valorisation par le recyclage de la matière de ce type de résine.
Aujourd’hui sur ces types de résines qui ne seraient pas triées, nous avons deux types de valorisations qui sont dites « énergétiques ».
Une partie de ces refus peuvent repartir en incinération et reviennent donc notamment à la production de chaleur que nous évoquions tout à l’heure, et une autre partie permet la production de combustible solide de récupération (CSR) qui est un combustible réutilisé notamment par des cimenteries et donc on est sur une autre forme de revalorisation énergétique.
Donc finalement on arrive toujours à tirer profit de tous les déchets à niveau ou un autre…
Exactement. C’est le principe et la logique qui nous animent. C’est « comment faire en sorte de pouvoir valoriser un maximum de nos déchets et cela dans le respect de la réglementation » bien évidemment… dans l’objectif de rendre de plus en plus performants nos équipements de tri.
La poubelle jaune, c’est donc une filière qui marche… On a aussi les encombrants, et je voulais aborder le sujet de la méthanisation… où est-ce qu’on en est sur ces circuits-là ?
Oui effectivement, ces circuits se développent. Au niveau de la méthanisation, il y a deux valorisations possibles :
. D’abord la production d’un biogaz grâce à la dégradation, via des micro-organismes, de la matière organique. Ce biogaz est réinjecté dans des réseaux de chaleur.
. Et puis, autre résultat de ce processus, c’est ce qu’on appelle le « digestat », une matière qui peut retourner au sol et être valorisée dans les filières agricoles.
Il y a aussi le GNV (Gaz naturel pour véhicules) ?
On a une valorisation du biogaz en carburant oui, c’est une des filières qui émane de la gestion du biogaz issu de la méthanisation.
Nous avons reçu sur la Fréquence Terre Isabelle Saporta qui nous expliquait un scandale en Bretagne. Elle nous avait expliqué tout un process très étrange où en Bretagne les agriculteurs s’étaient lancés dans la méthanisation… et comme ils s’étaient aperçus avec le lisier de porc que le méthane n’était pas assez riche ils s’étaient mis à cultiver des champs de maïs pour enrichir leur mélange… est-ce que c’est des pratiques qui existent encore ?
A mon échelle, je ne peux pas le confirmer ou l’infirmer. Par contre c’est une des limites de la méthanisation et ce vers quoi il ne faut pas tendre, c’est-à-dire mettre en œuvre des cultures dédiées à ce dispositif pour son bon fonctionnement. Un des objectifs de la méthanisation c’est vraiment de s’intégrer à un territoire et de pouvoir en tirer une valorisation des déchets à l’échelle locale et également la réintroduction de la valorisation des déchets dans un territoire proche de l’usine de méthanisation encrée dans le territoire.
Les déchets qui servent à la méthanisation quels sont-ils ?
Intègrent la méthanisation tous les déchets dits « organiques » donc tout ce qui va être lié à des déchets alimentaires. On a des déchets de l’industrie agroalimentaire… On a également des déchets verts et des déchets qui peuvent être issus des collectes de territoire de collectivités territoriales.
C’est un secteur qui se développe comment ?
C’est un secteur qui est en devenir. Et la principale interrogation pour demain va être de l’intégrer comme je le disais, sur une échelle locale, lui permettant à la fois de fournir de l’énergie sur un territoire proche de l’usine de méthanisation, et également de pouvoir être alimenté par une production de déchets locale. C’est l’un des principaux enjeux actuels de la méthanisation.
Maintenant, si on jette un regard global sur les l’évolution de de ces filières, quel est votre constat aujourd’hui ? Quand on regarde 10 ans en arrière par exemple quels sont les progrès que nous avons faits ? Est-ce que tout s’organise bien comme il le faut ?
Aujourd’hui, on a la loi de transition énergétique pour la croissance verte qui est très incitative et qui invite, collectivité comme porteur de projets publics ou privés à nous inscrire dans ces différentes formes de valorisations. Les progrès sont notables en terme de valorisation énergétique de nos déchets. Mais je pense qu’on est qu’au milieu du gué. Je pense qu’on est en ordre de marche et que du travail reste effectivement à faire mais que les fondements sont posées et que la loi et les réglementations nous invitent à progresser.
Vous dites qu’on est au milieu du gué, qu’on a posé les bases, que tout est présent. Maintenant, si on se projette dans l’avenir c’est quoi votre vision idéale de la gestion de nos déchets ?
Je dirais que le premier pilier va justement venir du consommateur. Un des premiers enjeux reste la prévention et la réduction des déchets. Donc tout déchet qui peut être évité doit l’être.
L’objectif étant pour nous d’aller dans le sens d’une optimisation de la valorisation des déchets tout de même produits… parce qu’il en restera. Mais le premier enjeu aujourd’hui, au-delà des progrès que nous faisons en termes de valorisation, reste la limitation de la production à la source.
L’Amazonie, ou le déracinement du monde. C’était le thème du festival Climax qui s’est déroulé début septembre à Bordeaux. Si les festivaliers ont pu échanger sur la situation dramatique que connaît l’Amazonie actuellement, ce fut aussi l’occasion de réfléchir, d’échanger, de débattre sur la nécessaire métamorphose de nos sociétés. Et le message des peuples autochtones a été très écouté.
Le fondateur du festival a souligné la responsabilité de l’Europe dans le drame amazonien. En quoi cette responsabilité est prégnante ?
« Il y a plusieurs aspects. Il y a les importations de l’Europe de produits issus de l’Amazonie via une déforestation de ce territoire, on peut penser au soja. Un conférencier, Nicolas Bourcier, qui a donné ce chiffre : 60% du soja importé en France vient du Brésil. C’est énorme. On peut aussi pointer la responsabilité des banques qui financent des projets destructeurs de l’Amazonie. Il y a des banques françaises ou européennes. Cela peut être à la fois via la consommation que les Européens ont de certains produits, mais aussi tout le système économique banquier ou financier où l’Europe est très puissante et investit dans ces projets-là ».
Changer de système, de mode de pensée
La Fondation était présente à Bordeaux, pour écouter et rencontrer. Quel message vous avez pu porter, ou quel est celui avec lequel vous revenez ?
« C’était l’idée de dire qu’aujourd’hui, face aux enjeux, aux défis cruciaux auxquels on fait face, il va falloir se mettre dans une métamorphose du monde. Non pas une transition, mais une véritable métamorphose. Donc véritablement changer de système, changer de mode de pensée, changer de postulat. Cela demande un très gros travail qui commence notamment sur le plan des idées. Il faut porter d’autres idées que celles liées au système en vigueur basé sur l’exploitation de la nature et de l’homme. Autre point intéressant, c’était la question de la décolonisation : décolonisation des savoirs, de l’école, le devoir de mémoire. Il y a un gros enjeux pour les peuples autochtones, mais aussi pour les afro-descendants qui étaient fortement présents à Climax. Et cela fait écho au travail de la Fondation de chercher à promouvoir une autre pensée, et notamment une pensée décoloniale. L’idée est d’avoir des coopérations entre autochtones et non autochtones qui soient apaisées, dans la co-construction, dans la collaboration. Et on a aussi porté un sujet lors d’une conférence sur la biopiraterie. Le fait de voler les savoirs des peuples autochtones est une chose qui est trop peu connue. C’est une nouvelle forme de colonisation, tant de la nature que des peuples autochtones. Cela participe au déracinement ».
Convergence des luttes et première campagne sur la pollution au mercure
Le festival a eu une résonance particulière dans les médias, vu l’actualité. Quelle portée les échanges peuvent-ils avoir ? Quelles suites à ces rencontres ?
« Le plus important c’est que c’est un festival très fréquenté. Il y avait plusieurs milliers de personnes, notamment pour la conférence avec Pablo Servigne, Nicolas Hulot et Edgar Morin. Edgar Morin, souffrant, n’était pas là. Mais ne serait-ce qu’à cette conférence, il y avait une file d’attente énorme. On voit que les gens sont mobilisés, intéressés. C’est un événement qui permet de sensibiliser un large public. Il y avait aussi beaucoup d’enfants, d’adolescents, de publics scolaires. C’est aussi fondamental parce que c’est ce genre d’évènements, avec des rencontres très fortes, des discours puissants des autochtones, qui peuvent marquer une personne et la faire basculer dans un nouveau comportement, un nouveau rapport au monde. Cela permet aussi d’entamer des convergences de luttes avec l’ensemble des associations qui étaient présentes. Il y a eu aussi la volonté des organisateurs de lancer une première campagne ensemble. Avec l’idée de travailler sur un cas concret lié à l’Amazonie, à savoir la pollution au mercure par l’orpaillage illégal en Guyane. Cela permet de mettre des forces en commun des différentes associations et de travailler à former les juristes et à porter un recours à la fin du programme qui a été lancé pendant le festival. C’est une action concrète qui découle du festival. Ces événements permettent de revenir avec plus d’énergie, plus de force. C’est un partage des luttes, des résistances, de pensées ».
On le présente comme acteur, réalisateur de documentaires et producteur de cinéma. Il a produit entre autres Microcosmos, le peuple migrateur et « Océan »s , un film qui en France enregistra 2.5 millions de spectateurs en un mois , et plus de 10 ,5 million d’entrées dans le monde : cet homme c’est Jacques PERRIN. En réalité il s’agit d’un poète, d’un homme des arts et des lettres, d’un humaniste, d’un artiste qui va à la rencontre des autres , du monde et qui nous fait partager la vie merveilleuse qui nous entoure. Alors pourquoi en particulier « Océans »?
En ce vendredi 20 septembre 2019, la Capitale de l’Europe accueille une nouvelle manifestation pour le climat, compte tenu de l’urgence face à une inquiétante dégradation de l’Environnement.
Inspiré par l’activiste Greta Thunberg, cette jeune suédoise qui continue inlassablement d’alerter les politiques et décideurs malgré les sarcasmes et insultes lancés lâchement à son insu, à l’image des propos odieux du philosophe Michel Onfray, principalement des jeunes, aujourd’hui de plus en plus rejoints par des adultes, clament depuis des mois qu’il faut sauver la Terre du désastre.
Si, même des grands-parents se retrouvent aux côtés de leurs petits-enfants, ce qui est symboliquement très fort, de plus en plus d’ONG, mais, aussi, de puissants syndicats, s’associent à ce mouvement citoyen.
En ce 20 septembre, Fréquence Terre (en partenariat avec POUR) est à nouveau au cœur de l’événement et, plutôt que de longs discours, le reportage se concentre sur les slogans scandés, chantés ou écrits sur une multitude de calicots et pancartes.
En voici quelques-uns : Nous sommes tous des colibris – Pas de nature sans futur – Savez-vous nager ? – H&M = 12 tonnes d’invendus brûlés par an ! – Halte aux fausses politiques, place à la pratique – Fin du monde, fin du mois, même combat – Sobriété, solidarité, humilité envers la Nature – Arrête de niquer la mer – Pas la guerre mais la révolution climatique –
Depuis des mois, donc, des centaines de milliers de citoyens, voire des millions, font pression sur les élus pour qu’ils aient le courage de mettre au pas ceux qui salissent la Terre. Ce n’est pas facile quand on connaît les accointances entre certains politiciens et les lobbys, mais, que ceux-ci prennent garde car, si, jusqu’à présent, ces Marches pour le Climat se sont déroulées dans le calme, on sent de plus en plus cet engagement pacifique voisiner avec des propos plus radicaux au cœur des manifestations.
Ainsi, un tract disait clairement : « Comme on a pu l’observer, les révoltes qui restent dans les cadres établis rentrent totalement dans le jeu du pouvoir et ne permettent pas d’obtenir de réelles avancées » alors qu’un slogan était assez explicite sur la manière d’agir : « Notre maison brûle, brûlons leurs palais » et qu’un jeune manifestant me déclarait que le « pacifisme ne sert plus à rien, il faut passer à autre chose… »
C’était Pierre Guelff, parmi 15 à 20 000 manifestants depuis la Capitale de l’Europe, pour Fréquence Terre.
Les assises des déchets ont lieu les 2 et 3 octobre prochain à Nantes, l’occasion de faire un point sur la façon dont nous gérons nos déchets en France.
J’ai interviewé Isabelle Martin, directrice de relations institutionnelles chez Suez recyclage et valorisation. A l’occasion des Assises Nationales des déchets qui se tiendront donc les 2 et 3 octobre prochain vous allez animer une conférence sur les outils numériques au service de la gestion des déchets. De quoi parle-t-on ? C’est quoi ces outils numériques ?
On est dans une société de plus en plus connectée, et pour les déchets et bien effectivement, les outils numériques vont nous aider… vont aider le citoyen à être de plus en plus connecté pour améliorer son geste de tri.
Mais au-delà de ça, ça va nous aider également en tant qu’industriels, à mettre en place des outils qui vont pouvoir être plus performant.
Par exemple sur la collecte des déchets on va pouvoir déployer des puces sur les bacs qui reçoivent les déchets de façon à mesurer les quantités de déchets à l’intérieur et optimiser les collectes et les tournées de collectes, ce qui va permettre de faire des gains et d’optimiser.
C’est aussi utiliser toutes les données qui sont maintenant de plus en plus disponible à travers l’intelligence artificielle pour robotiser et détecter sur les bandes transporteuses de nos centres de tri les différents types de plastiques d’emballage, de façon à limiter les erreurs de tri et à préparer une matière de qualité supérieure à celle qu’on a aujourd’hui par exemple.
Donc on ne parle pas trop d’applications mobiles, mais c’est plus le déploiement de l’intelligence artificielle au service du tri ?
Il y a aussi bien évidemment tout ce qui concerne ce dont vous parlez, c’est-à-dire les applications services des bonnes pratiques. Ça, c’est déjà bien déployé. Si vous êtes un citoyen sur Paris par exemple, vous voulez savoir où il y a une déchetterie, vous pouvez effectivement vous connecter et vous aurez toutes les informations sur les horaires, les temps d’attente, les périodes d’influence, les déchets que vous pouvez déposer / pas déposer, si vous voulez faire enlever un encombrants, à quel moment… tout cela existe déjà.
Il y a ces robots donc qui qui permettent de faciliter le tri, est-ce que vous pouvez nous expliquer d’où on est partis et où on va arriver avec ces nouvelles technologies au service des déchets ? Au départ on ne triait pas, puis est arrivé le tri sélectif « manuel » puis on a mis de l’informatique dans tout ça…
Vous avez entièrement raison oui. Au départ le premier flux qu’on a séparé c’est le verre. Ça date déjà de 25 ans, mais ce sont des boîtes « des box » qui sont sur les trottoirs et petit à petit effectivement, on a mis en place, soit de la collecte sélective qui se fait au sein du ménage. Pour les ordures ménagères il faut le trier pour séparer les différentes matières.
Il y a déjà plusieurs années (une vingtaine d’années, se sont développé les centres de tri. Dans les premiers centres de tri, on triait le carton du plastique et petit à petit, comme dans les plastiques il y a beaucoup de résines (il y a 5 résine majoritaire notamment le polyéthylène qui constitue pratiquement toutes les bouteilles) on les a amélioré avec des détecteur optiques… des soufflettes qui permettent aussi d’évacuer les déchets qui doivent pas rester dans le flux. Et derrière, on a toujours quand même du tri manuel pour corriger les erreurs qu’a fait la machine.
Donc, comme on va avoir un déploiement sur 3 ans en France de l’extension des consignes de tri, nous allons mettre dans le bac jaune d’autre matières comme les barquettes en plastique, les pots de yaourt, les enveloppes de de jambon etcetera.. Et bien en fait on est amenés à utiliser l’intelligence artificielle qui va utiliser soit les photos, la détection de la forme qui est à trier et tout ça va nous permettre effectivement d’avoir un meilleur tri. Et il ne faut pas oublier qu’on doit préparer la matière pour pouvoir la vendre derrière. Et pour qu’elle puisse être recyclée, il faut amener cette matière un bon niveau de qualité, satisfaisante pour l’industriel.
Sur une chaîne de tri, on a l’aimantation, l’électricité statique, vous avez parlé des soufflettes, la visée optique…
Vous en avez cité une grande majorité effectivement… donc il y a effectivement tout ce qui est soufflette pour séparer ce qui est léger du reste. On voit bien que les soufflette c’est plutôt pour écarter le plastique. Ensuite vous avez du tri optique. Donc là c’est de l’infrarouge qui vient détecter la typologie de la résine et qui va permettre une séparation en trois flux.
Il y a également une recherche au niveau national qui va être déployée pour pouvoir améliorer encore ce tri en utilisant la détection de la forme qui arrive sur la bande transporteuse.
Alors quand on passe d’une ville à l’autre on a vu que les déchets collectés ne sont pas les mêmes, donc on suppose que c’est au centre de tri que ça se passe ? C’est-à-dire qu’on est dans l’incapacité de trier c’est ça ? C’est pour cette raison que l’on refuse certaines matières dans les poubelles de recyclage ?
Tout à fait… Effectivement sur le centre de tri on ne peut pas tout trier. Dans certains arrivages avant de charger les déchets il faut déjà faire un tri pratiquement à la pelle parce qu’il y a des consignes qui ne sont pas bien connues. Donc on trouve un certain nombre de flux qui ne peuvent pas être recyclés.
Comment sont répartis les centres de tri ?
En fait, historiquement, il y a eu beaucoup de petits centres de tri qui se sont ouverts et qui posent aujourd’hui d’ailleurs la problématique de de leur revamping (réorganisation) parce que bon c’est centre de tri ne sont plus suffisants pour effectuer un tri correct des matières… Donc il y a il y a depuis 3,4 ans une optimisation des centre de tri qui sont en cours et l’idée c’est d’arriver à 200 centres de tri au niveau français. Ça se calcule en fait par « bassins de vie ».
Il y a 96 départements et donc 200 centres de tri… ça fait à peu près 2 par département…
C’est quoi votre vision de la planète dans 10 ans ? Bien entendu, sous le prisme du tri des déchets. Vers quoi on tend ?
Compte tenu en fait que la planète est limitée, que les ressources sont limitées… Il faut au moins que la matière soit recyclée au sein de l’Europe… Donc je pense qu’il va falloir développer de la matière à recycler de plus en plus propre. Ce qui veut dire aussi que ça va aller vers de plus en plus de collecte à la source.
On va aller de plus en plus vers du démantèlement, que ce soit au niveau de la construction ou de la déconstruction… Donc pour moi d’ici une dizaine d’années, oui, on va aller vers ce type de modèle.
Pour l’usager final – je parle du citoyen comme moi – il pourra tout mettre dans la même poubelle ?
C’est un peu compliqué de se projeter… Un pays comme l’Allemagne par exemple, qui a démarré beaucoup plus rapidement sur des collectes séparées au niveau des citoyens… Je pense que le citoyen allemand et un peu désemparé devant le nombre de poubelles. Je pense que nous il faut en France que l’on tire profit de toutes ces expériences et voir effectivement si il ne faut pas plutôt développer du tri derrière, sachant quand même que bon le tri que le citoyen ne fait pas, si on le fait derrière ça a un coût.
Plus on va trier, plus le citoyen devra payer ? Où est-ce que la revente de la matière première dégagée des tris suffira financer la filière ?
Entre la collecte et la préparation de la matière, on voit bien qu’on empile un certain nombre de coûts fixes et que c’est coûts c’est difficile de les réduire. Donc la matière à recycler bien souvent il faut qu’elle soit aidée (subventions). Par exemple, pour le plastique quand le prix du pétrole est bas, il est plus difficile de vendre de la matière recyclée par rapport à la matière vierge qui elle, est moins chère.
Donc il est vrai que il faut trouver un juste milieu pour que la matière sortie (traitée, triée) soit disponible à un prix satisfaisant afin qu’elle puisse trouver preneur. Parce que s’il n’y a pas de clients, il n’y a pas de recyclage…
Le coût du recyclage se répercute dans les impôts locaux c’est ça ?
C’est vrai que pour inciter le citoyens à faire le bon geste de tri, il y a effectivement plusieurs outils qui peuvent remplacer la fameuse « TEOM » (taxe sur l’enlèvement des ordures ménagères), qui est une taxe donc la taxe calculée sur la surface habitable… donc rien à voir avec le comportement du Citoyen. Donc l’idée, c’est plutôt de s’appuyer sur des tarifications incitatives qui incitent les citoyens à recycler. Donc plus il recycle, moins il paiera de redevance.
Donc, plus le prix du pétrole sera bas, plus le citoyen payera cher ?
Pour le pétrole, non, il n’y aura pas de lien direct parce que de problème du pétrole c’est qu’il peut être cher et puis tout d’un coup, comme le pétrole répond à des problèmes très géopolitiques, on peut tout à fait avoir des creux très importants donc la restitution ne fera pas directement auprès du citoyen mais elle se fera au niveau de la réincorporation. Donc on voit bien qu’avec le projet de loi sur l’économie circulaire, les histoires de bonus / malus vont pouvoir se répercuter directement sur le produit acheté.
Donc le coût du recyclage est prélevé à la source… quand on achète le produit ?
Voilà, quand vous achetez le produit, vous allez effectivement soutenir la réincorporation et le recyclage de la matière.
L’Amazonie brûle… et c’est le monde qui brûle. C’est le message délivré au Festival Climax qui s’est déroulé à Bordeaux début septembre.
La plus grande forêt tropicale du monde est grignotée depuis des semaines par des incendies. Alors face aux grands discours des chef d’Etat du monde entier et à l’inertie international, le Festival s’est donnés cette année comme mission de tisser des liens entre les cultures, avec un thème : « L’Amazonie, ou le déracinement du monde ».
Ce Festival s’est tenu dans un contexte particulier. Les dernières données scientifiques sont accablantes. La déforestation a quasiment doublé entre janvier et août par rapport à la même période de l’an dernier. A quoi est due cette déforestation ?
« Cette déforestation a des causes assez nombreuses, et notamment la question de l’extractivisme. C’est l’exploitation des ressources naturelles un petit peu partout sur la planète. C’est notamment celles qui se trouvent dans ces forêts primaires, que ce soit les ressources de pétrole, de mines ou tout simplement le bois. Et puis il y a la déforestation pour installer du bétail ou des cultures de soja qui viennent alimenter les animaux de l’élevage intensif. Il y des causes nombreuses. Ce que l’on note, c’est une accélération depuis l’arrivée du président Bolsonaro au Brésil. C’est assez inquiétant. Lui-même, en tant que président, a largement incité à cette déforestation en cherchant à faire de cette forêt, qu’il considère comme improductive et qui ne contribue pas suffisamment à l’économie, un territoire a exploiter ».
Depuis l’élection de Bolsonaro, les choses se sont vraiment aggravées ?
« Oui. En termes de déforestation, cela s’aggrave. On peut aussi noter les attaques que subissent les peuples autochtones, notamment deux assassinats récemment. Là aussi, ses propos sur les peuples autochtones n’incitent pas à un climat de paix. Bien au contraire. Sur la question de la violence, on est sur une augmentation du sentiment d’insécurité chez les autochtones face à des discours présidentiels qui invitent à ce que les autochtones soient intégrer le plus possible à la population brésilienne, qu’ils n’aient plus de territoire. On est sur des propos assez forts qui incitent à la violence de ces peuples. Donc monsieur Bolsonaro indirectement, et directement avec certaines de ses politiques, commencent à faire s’aggraver la situation en Amazonie brésilienne ».
Le thème de ce festival Climax a été décidé avant que Bolsonaro ne soit élu. Les choses ont donc changé depuis. Le festival a donc pris une autre dimension ?
« C’est sûr que le choix du sujet est on ne peut plus dans l’actualité. Le sujet complet du festival c’était, l’Amazonie ou le déracinement du monde. C’était l’idée d’avoir une analyse des causes du déracinement. C’est la déforestation. Et , moins littéral, le déracinement, c’est ces peuples autochtones toujours plus déracinés, perdus entre tradition et modernité. C’est aussi la question des Noir-Marrons, ou des Bushinengués, ces anciens esclaves qui ont fui ce système et se sont retrouvés à créer une nouvelle façon de faire société. C’est aussi la question du rapport à l’autre qui était posée dans ce festival. C’était à la fois le rapport à la nature, mais aussi le rapport à l’autre et comment réharmoniser tout cela ».
L’appel de Raoni
De nombreuses personnalités étaient présentes à cette édition dédiée aux peuples autochtones. Beaucoup de leurs représentants étaient à Bordeaux, à commencer par le chef Raoni. Quel message a-t-il voulu faire passer ?
« Malheureusement c’est un peu le même message qu’il nous délivre depuis des années. C’est un message de destruction de l’Amazonie, de destruction plus générale de la nature et du vivant, une véritable menace qui pèse à la fois sur les peuples autochtones mais qui nous concerne tous. Car en détruisant l’Amazonie, on détruit des équilibres écosystémiques très importants pour l’équilibre du bien-être de notre système Terre. Son discours était très axé aussi sur la situation avec monsieur Bolsonaro où les tensions avec les peuples autochtones sont d’autant plus fortes. Il a appelé à ce qu’une solidarité se créée avec les peules autochtones du Brésil. C’est l’idée de faire connaître la situation de ces peuples et d’appeler à un climat beaucoup plus de paix et de solidarité entre les peuples ».
Ces peuples sont les sentinelles de la planète ?
« Oui. C’était une idée très forte du festival. C’est pour cela qu’il y avait un grand nombre de représentants autochtones invités. Une des idées majeures était la nécessité d’avoir un autre rapport à la nature, de repenser les relations avec les humains et les non-humains. Et de repenser notre rapport au vivant et de revenir à l’élément essentiel. Nous humains, faisons partie de la nature. On a eu trop tendance à se mettre au-dessus et à chercher à exploiter la nature et faire en sorte qu’elle ne serve seulement qu’aux intérêts des humains. Dans ce cadre de réflexion, les peuples autochtones ont beaucoup à nous apporter puisqu’ils entretiennent des relations avec la nature qui sont beaucoup plus harmonieuses que nous, occidentaux ».
Et la semaine prochaine nous reviendrons sur ce festival et sur son message d’une nécessaire métamorphose de nos sociétés.
Voici l’occasion de rétablir la parité dans cette émission et pas avec n’importe qui : une femme d’exception, Sandra BESSUDO, franco-colombienne, biologiste, plongeuse, défenseuse de l’environnement, et excusez du peu ex-ministre de l’environnement en Colombie : un parcours riche et inspirant qui démontre que la sensibilité et la volonté sont les ingrédients de réalisations exceptionnelles , et notamment dans le domaine de la protection de l’environnent marin .
A découvrir , à écouter et même à retrouver dans de prochaines chroniques .