
On ne bâtit pas de cathédrales avec des idées reçues est un essai de Lucie Branco (Éditions Kero) qui devrait être lu et relu par tous ceux, principalement des initiés à certaines philosophies dites non dogmatiques, qui prônent la fraternité, la liberté et l’égalité et qui se révèlent être de fieffés machistes. Certains au nom de principes et constitutions archaïques et complètement obsolètes, d’autres par esprit d’une supériorité de genre absolument injustifiée.
Lucie Branco, tailleure de pierre, est devenue, à force de volonté, de courage et de persévérance, la première femme reçue chez les Compagnons du Devoir, cette association aux valeurs professionnelles et humanistes extraordinaires. Pourtant, ce ne fut guère aisé car la jeune femme dut mener un « combat » (le mot est choisi) tant, à de rares exceptions près, ladite association véhiculait un véritable machisme depuis des siècles et sous toutes les latitudes.
C’est ce qu’explique Lucie Branco : « Je me suis battue, je n’ai jamais baissé les bras, je n’ai jamais accepté les explications toutes faites, les traditions ancestrales qui justifiaient le statu quo et l’exclusion. »
Pour ce faire, elle fut obligée d’argumenter, de prouver, de rendre des comptes sur sa volonté de tailler la pierre, de faire partie de l’association compagnonnique, de subir des remarques déplacées, des sous-entendus moqueurs et insultants durant des années et des années : « Quand on fait ce métier, disait-elle à la fin des années 1990, notre objectif, c’est de bâtir collectivement des monuments qui vont survivre aux hommes qui les ont imaginés. Quand on travaille sur le chantier de restauration d’une église, que l’on soit croyant ou pas, le résultat a un supplément d’âme. Il y a quelque chose qui dépasse l’ouvrier qui apporte sa pierre. »
Malgré ce genre de déclaration, la maîtrise de plus en plus grande de l’outil, du tracé, de la solidarité sur chantier, eh bien, par misogynie, l’institution « Compagnonnage du Devoir » lui restait inaccessible dans sa finalité : celle d’être « reçue ».
« Je suis née femme et on me le reproche. J’ai eu beau faire le dos rond, travailler dur, prouver ma motivation, faire des progrès, montrer patte blanche, rien n’y a fait. Toutes ces années, pour monter en compétence, j’ai dû consentir à me former essentiellement sur le tas. Il fallait souvent rassurer les patrons, leur signifier que même si j’étais une femme, j’étais capable, désamorcer les malentendus sur ma prétendue fragilité…» explique encore la Lilloise qui, tente de comprendre cette attitude à son égard et à celui des femmes, en général.
Pour elle, cette attitude de rejet, est l’apanage d’hommes qui veulent à tout prix conserver leur pré-carré, qui s’arc-boutent à leur tradition millénaire et foulent à leurs pieds le principe de l’égalité hommes-femmes : « Un grand nombre de Compagnons voit cette avancée à venir comme une intrusion dans leur identité de métier et d’homme. En clair, ajoute-t-elle, cela signifie qu’ils n’ont pas envie que les bonnes femmes marchent sur leurs plates-bandes. Ils ne comprennent pas pourquoi elles viendraient jouer dans leur cour, alors qu’elles s’en étaient gardées jusque-là. »
À ces hommes, on a beau leur dire que l’artisane a de tous temps eut une place dans la Société, rien n’y fait. Du moins, jusqu’au moment où des femmes, parfois aidées par des hommes, il est vrai, éclairent leur lanterne quand Lucie Branco et ses semblables clament que « le compas, la règle, l’équerre ne trichent pas et la lumière n’est jamais très loin, pourvu qu’on garde son objectif en tête. »
En novembre 2007, elle fut enfin reçue : « Je me sens des leurs. À ce moment-là, j’oublie les difficultés, les ornières, les chemins de traverse. Il n’y a que de la bienveillance dans les regards qui se posent sur moi. La famille [compagnonnique] m’accueille, telle que je suis. »
Et, Lucie Branco n’en reste pas là, elle participe à faire reconnaître le Compagnonnage en tant que Patrimoine immatériel de l’UNESCO et, aujourd’hui, elle est cadre dirigeante chez les Compagnons du Devoir en Occitanie.
Tout en saluant ce parcours de pionnière, je termine cette chronique par l’une de ses déclarations qui, sans conteste, reflète à présent dans sa totalité une philosophie et un savoir-être et un savoir-faire uniques : « Être compagnon, c’est s’entendre avec les individus qui n’ont pas forcément le même regard, la même histoire et donc le même langage que soi. »
Musique : Michaël Mathy

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L’arbre est surprenant car il résiste à toutes les tentatives de définition. Ni sa longévité, ni sa taille, ni son bois, ni ses gènes ne confèrent une spécificité à cette plante dont l’originalité nous apparaît pourtant évidente.
Andrée Willems est l’auteure de l’essai Être sur le chemin pour se retrouver soi-même paru aux Éditions F. Deville dans la collection « Les Carnets littéraires des amateurs de pavés mosaïques », ouvrage illustré de quelques gravures, certaines datant du XVIIe siècle, dont les légendes sous forme poétique sont, à elles seules, des messages parfaitement ciblés.
Dans son livre, l’auteure retrace son parcours d’humaniste débuté en 1969 et qui l’amena à un très haut degré dans la hiérarchie de son ordre philosophique, parcours qu’elle enrichit durant un demi siècle de nombreux voyages, de rencontres essentielles, même de travaux sur des sites archéologiques.
Lors d’une rencontre à la librairie bruxelloise abao, Andrée Willems apporta aussi des éléments poussant à la réflexion et au moyen de réagir en ces temps troublés et inquiétants :


Sur ce territoire d’injustice sociale, d’oppression, de fascisme,un certain Antonio Gonçalves Correira, voyageur de commerce, humaniste, anarchiste pacifiste, fonda la Commune des lumières, soit 300 hectares, une vieille ferme restaurée, un potager, une fabrique artisanale de chaussures, une cantine commune et des veillées en chansons :
Je vous invite à découvrir une technique de relaxation qui se pratique dans une piscine chauffée à plus de 35 degrés. Cette méthode est pratiquée par des professionnels formés à la technique et qui ont aussi des compétences d’écoute relationnelle et corporelle.
Il y décrit sa mère : « …une vie qui, à force d’être privée d’espoir, devenait aussi une vie sans ressentiment d’aucune sorte, ignorante, obstinée, résignée enfin à toutes les souffrances, les siennes comme celles des autres… »