Au salon de la plongée en Janvier 2020, le trophée du voyagiste-plongée écoresponsable 2019 a été remis par L’association LONGITUDE 181 à ABYSSWORLD. L’occasion de rencontrer Christophe PAUL, son dirigeant et d’évoquer avec lui les conditions dans lesquelles il a obtenu ce trophée. Une exemple à suivre.
Justice, argent, vérité et… déconfinement
Pour cette cinquième chronique consacrée aux éditoriaux d’Albert Camus parus dans le quotidien Combat, j’ai choisi le thème Justice-Vérité que l’avocate et romancière Hannelore Cayre a également abordé dans un récent article du Vif-L’Express.
Soixante-quinze ans séparent les citations qui, pour Camus se situaient en 1944, alors que se terminait le cataclysme nazi, et en 2020 pour Hannelore Cayre, en plein cataclysme sanitaire du COVID-19.
Pour Albert Camus « un monde où l’on peut obtenir n’importe quel poste, sans que soit exigée la compétence, ou pour le moins une certaine vertu, est un monde qui porte en lui déjà le germe de sa propre destruction » et « une société basée sur l’argent ne peut prétendre à la grandeur ou à la justice. ».
À la rigueur, selon lui, « ceux qui ont choisi de vivre pour l’argent ne trouveront d’excuses que s’ils démontrent qu’ils acceptent les responsabilités de leurs privilèges. »
Et de clamer : « Quoi qu’en pensent les sages et les sceptiques, il n’y a jamais qu’une politique pour un gouvernement, celle de la vérité. »
Quant à Hannelore Cayre, elle assène d’une traite chez nos confrères : « Je n’ai absolument pas soif de justice. Je n’en ai rien à foutre de la justice. J’ai soif de la vérité. Ce n’est pas pareil. La justice c’est du flan. On traitera toujours les plus puissants bien mieux que personne et ça ne changera rien. La liberté, c’est quelque chose de tarifié, en justice.
Si vous avez 10.000 euros, je vous sors de prison. Si vous ne les avez pas, vous y restez. Le monde ne sera pas plus solidaire une fois déconfiné. »
Face aux pandémies, il faut repenser notre rapport à la nature
La crise du coronavirus doit-elle nous interroger sur notre modèle de société ? Que dit-elle du rapport que nous entretenons avec nos espaces naturel ? Et doit-elle nous obliger à repenser nos relations avec la nature ?
Ces questions, pourtant anciennes, refont surface depuis deux mois de manière plus prégnante, plus urgente.
- Avec Marion Veber, responsable des programmes à la Fondation France Libertés
Depuis l’apparition de l’épidémie de Covid-19, c’est un mammifère qui est pointé du doigt. Croisé sur un marché de Wuhan, en Chine, le pangolin serait à l’origine de cette crise sanitaire mondiale. Est-ce qu’on doit en faire un bouc émissaire, ou est-ce que c’est juste un symbole révélateur d’autre chose ?
« On pointe du doigt ce pangolin et certains vont même pointer jusqu’au Chinois. Donc on a des relents xénophobes qui refont surface aussi. Mais le problème est bien le modèle de société. Le Covid-19 est lié a priori, même si les recherches sont encore en cours, à un virus qui est d’abord présent chez la chauve-souris, mais aussi chez le pangolin et peut-être même chez un troisième hôte. Ce qu’on note, c’est que notre modèle de société dominant, le capitalisme, une conception dominatrice, exploitatrice de la nature, est la cause de nouveaux virus, ce qu’on appelle des zoonoses. Des animaux sauvages se rapprochent des humains et nous transmettent des virus dont ils sont les hôte. »
Qu’est-ce qui a favorisé cette transmission, cette destruction des remparts entre les espèces ?
« Avec cette logique où la nature est à notre disposition et où va l’exploiter pour nos besoins ou le profit de quelques-uns, on va déforester massivement. En déforestant, on expulse les animaux de leur habitat habituel. Ils se rapprochent des zones ou les humains vivent et où vivent nos animaux d’élevage. Il y a aussi le braconnage, ce qui est le cas pour la crise du Covid-19. C’est une vision dominatrice de la nature où l’on va exploiter les animaux pour de soi-disant vertus qu’ils pourraient avoir ou pour la richesse que vont procurer certaines parties du corps de ces animaux. C’est ce qui a causé le Covid-19, mais c’était aussi le cas pour le virus Ebola avec le braconnage de viande de brousse. Il y a aussi l’élevage intensif qui est très lié à la déforestation. Cela va accroitre la promiscuité entre les animaux sauvages qui sont expulsés de leur territoire et la proximité avec les animaux d’élevage, puis avec l’homme. »
La diversité des espèces en péril
Cela met donc en danger la diversité des espèces. Et ce n’est pas sans conséquence ?
« Le fait que l’on perde en nombre d’espèces chaque année, et de la diversité au sein même d’une espèce, fait que le virus se propage plus facilement. Plus une espèce est diverse, plus le virus a du mal à se propager. En fait la diversité est un excellent rempart face aux maladies. Sauf qu’aujourd’hui la diversité est en péril. On parle de pourcentages très importants d’espèces qui sont menacées de disparition et d’une perte de la diversité au sein des espèces. C’est un accélérateur potentiel de virus. Et le modèle de société actuel, très mondialisé, ne fait qu’empirer ce genre de virus qui se propagent plus facilement à l’échelle mondiale. C’est vraiment le reflet de cette société de l’excès, des échanges multiples. »
Depuis quelques semaines, de nombreuse tribunes ont dénoncé les excès de la mondialisation, estimant notamment que cette crise sanitaire a pour origine la crise écologique. Si on ne change rien, de nouvelles pandémies apparaîtront ?
« Oui. On en a déjà eu plein ces dernières années. Sauf que maintenant , avec cette pandémie, on prend davantage conscience des liens entre nouvelles maladies et ce rapport destructeur à la nature. Cette crise écologique, il faut absolument qu’on en est conscience. Parce que le changement climatique qui est en cours pourrait encore venir accélérer d’autres maladies. Je pense à la fonte du permafrost. Ces sols, qui sont gelées dans certaines régions du monde et notamment au niveau des pôles, contiennent dans la glace de potentiels virus, bactéries du passé, contre lesquels on ne pourra pas non plus se défendre. Donc on est vraiment sur un lien entre crise écologique et santé qui ne fait plus aucun doute. Les scientifiques ont alerté depuis des années. Sauf que là, ils se font davantage entendre parce qu’on est face à quelque chose qui nous touche tous. »
Retrouver du bon sens
Pour éviter ces nouvelles pandémie, il faut donc un changement radical de nos comportements et remettre en cause les interactions entre les humains et la biodiversité. Quelles sont les pistes ?
« Il faut rompre radicalement avec ce modèle de société-là. Quelques personnes sont en train de dresser une liste de solutions : relocaliser, stopper les projets miniers et d’autres pistes. A notre sens, à la Fondation, il faut bien comprendre qu’on est dans un crise systémique. Tout le système est en cause. Tout ce qui interagit entre l’économie, le social, l’écologie doit être repenser. Il faut retrouver du bon sens, comme ne cessait de le répéter Danielle Mitterrand. On voit bien que nos sociétés ne sont pas durables. On sait que l’on va dans le mur. Mais pour certains, le profit, la rentabilité immédiate, sont prioritaires. Ca, c’est ne pas penser aux générations futures. Et il faut essayer de se réinterroger plus profondément sur ce rapport à la nature. »
L’homme n’est pas au-dessus du reste du vivant
Sur quels leviers faut-il jouer ? Quel rôle joue la Fondation dans cette révolution nécessaire ?
« Cela fait des années que l’on met en avant ce constat de crise écologique, quand on dénonce l’extractivisme, les projets miniers, la biopiraterie, le fait de s’approprier des savoirs et de marchandise le vivant par des brevets. On dénonce une certaine vision de la nature qui est à notre disposition, qui est exploitable, marchandisable, privatisable. C’est complétement délirant et propre qu’à quelques individus et sociétés organisées. Mais cela s’est répandu comme la norme dominante. Si l’on prend du recul et que l’on va voir les façons de penser le rapport à la nature d’autres sociétés, et notamment les peuples autochtones, c’est très intéressant. C’est ce que fait la Fondation. C’est de mettre en avant les rapports que d’autres sociétés ont avec ce que nous appelons nature, mais qu’eux n’ont pas forcément de mots pour exprimer cette idée de nature. Il faut montrer que pour d ‘autres, c’est une évidence que l’humain fait partie du vivant, qu’il n’est pas au-dessus des autres, des animaux, de la flore, etc… L’objectif de leurs sociétés est une recherche du bien vivre. »
Le droit environnemental à repenser
Les peuples autochtones ont donc beaucoup à nous apprendre pour regarder le monde autrement ?
« Le travail de la Fondation avec ces peuples a permis de se décentrer et de se rendre compte que ce rapport à la nature n’est pas du tout un rapport universel que tout être humain entretiendrait avec le reste des non-humains. C’est un rapport qui s’est construit au fur et à mesure. Il faut leur donner la parole. C’est ce que la Fondation va continuer de faire plus fortement en alliance avec des scientifiques et des juristes qui sont en train de repenser le droit. Le droit est le reflet de notre société. Et aujourd’hui le droit est extrêmement construit en lien avec l’homme. Le droit environnemental n’est penser qu’en fonction du préjudicie que cela cause à l’homme, et non pas le préjudice que cela cause à l’écosystème en tant que tel. Il y a plein de pistes qui se dessinent, qui sont en train de prendre de plus en plus de place dans le débat. Notre rôle sera de les appuyer de les faire connaitre davantage. »
Pour aller plus loin :
- Reprenons vie, reprenons nos vies… ensemble !
- Les peuples autochtones très vulnérables face au Covid-19
- Faut-il sanctuariser la nature en réponse au Covid-19 ?
- L’être humain est responsable de l’émergence de nouveaux virus
- “Il faut que l’humain se rende compte que cette crise sanitaire a pour origine la crise écologique”
Sauvons l’Océan! Les 10 actions pour (ré)agir!
Vous voulez que ça change ? Changez maintenant ! Mais comment faire ? Les réponses tiennent dans un petit livre édité aux éditions RUSTICA, intitulé « Sauvons L’Océan », disponible sur boutique.longitude181.org, écrit par Véronique et François SARANO, témoins de la vie de l’Océan et des bouleversements qu’il subit . Dans ce manifeste, ils se font les portevoix afin de changer les choses et nous proposent 10 actions concrètes pour que chacun puisse agir efficacement à son échelle. Et si vous voulez en savoir plus, voire prolonger ce livre, rendez-vous dans cette chronique !
D.KRUPKA.
Concurrences du talent et de l’argent
À l’heure où par la force des événements, les citoyens trouvent davantage ou retrouvent le chemin de la lecture, voici dix citations extraites d’À Combat (Folio), l’essai qui publie des écrits d’Albert Camus au temps où il fut rédacteur en chef et éditorialiste. C’est notre quatrième chronique à ce sujet.
« La première condition pour faire un bon et libre journaliste est d’apprendre à ne pas mépriser systématiquement son lecteur. »
« Nous accepterons toujours et avec gratitude la concurrence du talent. Mais nous ne voudrons plus de la concurrence de l’argent. »
« Le langage des hommes libres est celui de la clarté. »
« L’arrière-pensée est un climat politique très répandu. Mais c’est un climat humain où il n’est pas possible de respirer. »
« La force de la révolution s’allie aux lumières de la justice. »
« Nous nous méfions des juges qui ne doutent jamais ou des héros qui n’ont jamais tremblé. »
« Il est des pardons impossibles et de nécessaires révolutions. »
« L’injustice majeure fait la question urgente. »
« Il n’y a ni justice ni liberté possibles lorsque l’argent est toujours roi. »
« Nous ne voyons pas pourquoi la tendresse ne serait pas virile et pourquoi la fermeté ne s’allierait pas avec la clémence. »
Droits de l’océan -Épisode 9 -Le droit en pleine schizophrénie virale !
Ces temps troublés suite à la crise du coronavirus montrent des troubles particuliers en matière de respect du droit de l’environnement et de celui des océans. En Mars, on reconnait le préjudice écologique dans une affaire de braconniers du Parc National des calanques, en Avril on détricote le droit de l’environnement par un droit de dérogation donné en catimini au préfet. Une absence de cohérence entre Dr .JEKYLL et Mr.HYDE…. A découvrir dans cette chronique.
D.KRUPKA.
Pas de procrastination pour la planète bleue !
Le confinement c’est super pour le climat et l’environnement ! ah oui , vraiment ?
La planète bleue n’a pas besoin d’une année blanche, mais d’un changement drastique orienté vers la protection des hommes, du vivant et donc de l’environnement.
Et l’océan risque de passer à la trappe lors du de la reprise de nos activités.
un sujet que cette chronique tente d’explorer.
Coronavirus : une révolution des consciences pour le monde d’après
Restons confinés, et imaginons le monde d’après !
La pandémie de coronavirus impose à chacun un autre rythme, une autre manière de penser le quotidien. Mais au-delà de la question sanitaire qui reste prioritaire, cette crise peut-elle être révélatrice des dérives de notre modèle de société ? Et quelle transformation primordiale va-t-elle engendrer ?
Avec Jérémie Chomette, directeur de France Libertés
La semaine dernière, nous avons vu que le municipalisme peut être un outil pour construire autre chose. Mais l’épreuve que chacun de nous traverse fait aussi naître ou réapparaître des solidarités. Comment capitaliser dessus ? Comment retisser des liens pour revenir à l’essentiel ?
« Revenir à l’essentiel est fondamental. Et cette crise va peut-être nous aider. Il y a plusieurs mouvements qui existent déjà et qui se renforcent. D’autres sont en train de naître. Si on veut qu’ils perdurent, l’important est de leur permettre de se structurer dans le temps et de garder leurs intentions. On sait qu’une fois que l’on va être déconfiné, on va avoir une tendance à oublier ce qui s’est passé. C’est très important de ne pas oublier ce qui s’est passé et de se rappeler pourquoi c’est arrivé. Il va falloir travailler sur les causes de cette crise, pourquoi on en est arrivé là. Et chercher des solutions pour que cela ne se reproduise pas. Ces solutions se retrouvent beaucoup dans les mouvements de solidarité. Il est important de relier ce qui est en train de se passer avec les autres crises. Tant qu’on aura pas résolu les crises économiques, les crises écologiques, les crises démocratiques, ces mouvements n’auront pas atteint leurs buts. »
Vous l’avez souligner dans votre édito sur le site de la Fondation : « Une grande majorité des Etats du monde ont fait passer l’humain avant l’économie et le profit néo-libéral« . Est-ce que cette machine néo libérale « mortifère », comme vous dites, peut être arrêtée ?
« Oui. C’est ce qu’on est en train de s’apercevoir. Aujourd’hui certes c’est pour un temps court, mais la machine est quasiment à l’arrêt. Les avions restent cloués au sol, le pétrole est de moins en moins raffiné. Donc on peut arrêter. Malheureusement, c’est venu d’une pandémie. Il faudrait qu’on le fasse tous ensemble. On se rend compte qu’on peut vivre, et qu’on peut vivre autrement. Oui, elle peut être arrêtée, on le voit. La question c’est, comment réussir pour qu’elle le soit pour toujours. Et pour qu’elle le soit pour toujours, on ne peut pas juste l’arrêter. Il faut mettre en place des actions qui permettent de remplacer cette machine par plein d’actions différentes. Et de substituer, à nos fonctionnement actuels, de nouveaux fonctionnements. »
Renverser cette machine mortifère
Certains dirigeants de ce monde redécouvrent les vertus d’un service public fort, d’une économie locale, de proximité, en dénonçant ce qu’ils ont eu même vanté : la loi du marché. Est-ce qu’on peut compter sur ces beaux discours ? Ou faut-il plus que jamais que l’action collective amène les transformation nécessaires ?
« C’est vrai que cette pandémie est très importante. Mais ce n’est pas la première crise très importante que nous vivons dernièrement. On a vu les méga-feux en Australie, les canicules, les catastrophes écologiques. On a perdu 60% des animaux sauvages, des insectes. A chaque fois, on a beaucoup de paroles et très peu d’action de la part de nos gouvernants. D’abord parce qu’il ne savent pas faire autrement et parce qu’il sont liés au modèle de société qui entraîne cette destruction. Les discours sont beaux. Mais la seule façon de changer, cela ne pourra apparaitre que par une action collective des citoyens, des associations, des syndicats. Il y a des possibilités de renverser cette machine mortifère, mais elle ne pourra pas venir de nos gouvernants. C’est à nous de mettre en place d’autres façons de vivre et de faire société. »
Passer de l’intention à la réalisation
On est au seuil d’une vraie révolution des consciences ?
« Je pense que la révolution des consciences est déjà là. Depuis 2018. On est arrivé au bout de ce monde qui s’intéresse surtout à l’argent et peu aux autres, peu à la santé, peu à l’écologie. On en est conscient. La difficulté c’est, comment on passe d’en avoir conscience, à l’action. On ne sait pas encore comment changer ce monde-là. Donc il nous faut proposer des exemples d’endroits où cela marche, des outils qui nous montrent qu’on peut vivre autrement. Se rendre compte que c’est faisable, que c’est possible. Ce qui permettra de passer de cette révolution des consciences à une réelle révolution ou transformation sociétale. C’est un peu le pari. L’ambition de la Fondation, c’est de montrer que, partout sur la planète, cela se passe déjà. Il y a déjà des choses qui se produisent, qui vident les Etats et les multinationales de leur pouvoir et qui les remplacent par des choses bien plus agréables. Il y a un changement d’échelle, à partir de cette révolution des consciences, à produire. Passer de l’intention à la réalisation, c’est l’urgence aujourd’hui.«
Pour aller plus loin :
- L’humain, le vivant, « coûte que coûte »
- Solidaires dans l’épreuve
- Coronavirus : après la crise, réinventons demain !
Cachalots : un suivi continu pour réussir leur protection
François SARANO, responsable du programme de recherche sur les cachalots de l’île Maurice de l’association, nous parle du succès de la richesse des informations obtenues par la continuité des collectes de données, et la coopération interassoacciation. Il évoque aussi les grands enjeux de protection des populations de cachalots. A découvrir dans cette chronique. D.KRUPKA.
www.longitude181.org
Joggeurs=Délinquants de la Santé ?


Gilles Goetghebuer, diplômé en éducation physique, est rédacteur en chef du célèbre magazine Zatopek, chroniqueur au Magazine de la Santé de France 5, à Sport et Vie, et vient de publier une importante mise au point au moment ou coureurs à pied et joggeurs sont la proie d’insultes, de fake news, comme sous le titre « Les joggeurs envahissent les rues de Paris » avec une photo d’un peloton vu de dos des… 20 km ou autre marathon ! De dos, pour ne pas voir les dossards, bien entendu.
Si, pour ma part, j’ai été insulté via les réseaux sociaux pour avoir publié un avis de médecins sportifs affirmant qu’il y avait compatibilité entre confinement et pratique physique modérée et régulière et en prenant les dispositions de protection ad hoc et que j’ai aussi été vilipendé pour avoir demandé le passage à deux cyclotouristes qui venaient vers moi et occupaient de front un chemin tout en papotant à l’aise, force est de reconnaître que la plupart des coureurs et des joggeurs respectent les consignes et font preuve de savoir-courir ou savoir-jogger qui est généralement de mise, sauf exceptions, bien entendu.
Cependant, le message de notre confrère vise à démontrer que la réaction de rejet dont sont victimes les coureurs à pied est à la fois bête, injuste et contre-productive et il s’écrie : « Lâchez-nous les baskets ! »
En voici de larges extraits : « Alors, ça y est! Les coureurs à pied sont devenus les nouveaux délinquants de la santé. On les accuse de propager l’épidémie. D’où les visages courroucés des passants. Cette épidémie est difficile pour tout le monde. Surtout pour ceux qui ont perdu un proche. En situation de crise, on est triste et tendu, c’est normal. En revanche, on peut ne pas ajouter de la haine à la douleur. Certains le comprennent et l’on a vu fleurir un tas d’initiatives solidaires. »
En revanche, il existe une ligne de front, selon lui : « Elle a souvent été révélée par la question du sport en extérieur. Est-il légitime de vouloir en faire? Se met-on en danger en s’adonnant à sa pratique? Met-on en danger ceux qui nous entourent? Sur les risques proprement dit, disons qu’ils sont à ce point faibles qu’en restreignant les pratiques en leur nom, on peut tout aussi bien interdire aux gens d’emprunter encore les trottoirs parce qu’il arrive parfois qu’un pot de fleurs tombe d’un balcon. Rappelons que la majorité de ceux qui développent la maladie savent exactement dans quelles circonstances ils ont été contaminés. À notre connaissance, personne n’a jamais invoqué la course à pied. Rappelons aussi que la maladie se transmet par des postillons. Or, l’immense majorité des coureurs se comportent de façon citoyenne en respectant les trois ou quatre mètres d’éloignement et en évitant de cracher ou de se moucher dans ses doigts à proximité d’autres personnes. Okay, il peut y avoir des exceptions. Qu’on leur réserve alors les accusations d’incivisme et qu’on laisse les autres s’époumoner tranquille. Quant à la thèse d’une possible transmission par aérosol, c’est-à-dire par le biais de gouttelettes très légères qui resteraient dans l’air longtemps après le passage de la personne, rappelons pour terminer qu’elle est hypothétique et ne vaut, de toutes façons, qu’à l’intérieur des établissements. À l’extérieur, elle est vraiment très peu vraisemblable. »
Les vraies causes de rejet
Ensuite, vient une analyse, disons, plus psychologique : « Dans toutes les épidémies de l’histoire, on remarque les mêmes phénomènes, notamment ce besoin de trouver un bouc émissaire: les Juifs, les Espagnols, les Haïtiens ou les sorcières au Moyen Âge qu’on surnommait les « semeuses de peste ». Il semblerait que ce soit le tour des coureurs. Qui l’eût cru? Reste à espérer qu’on ne leur réserve pas les mêmes sorts qu’aux précités. Mais lorsqu’on découvre la virulence de certains propos sur internet, on se dit qu’il ne faudrait pas grand-chose pour rallumer la mèche. Celle des bûchers, bien entendu! Face aux attaques, on serait en droit d’attendre des autorités qu’elles calment le jeu. Problème! Depuis quelques semaines, le discours officiel est confisqué par des « spécialistes » de santé qui n’envisagent la situation qu’à travers le prisme de leur discipline. Bien sûr, il y aurait moins de contagion si tout le monde restait chez soi, 24 heures sur 24. Il y aurait aussi moins de crimes et moins d’accidents. En contrepartie, cela se solderait par une augmentation en flèche des violences et des dépressions. Mais comme ces spécialisations ne sont pas celles de ceux qui édictent ces nouvelles règles, ces écueils passent au bleu!
Moralité
La conclusion de notre confrère est très réaliste et pleine de bon sens : « Dans l’hostilité qui se manifeste à l’égard des coureurs à pied (cela vaut aussi pour les cyclistes et les promeneurs), on ne peut pas s’empêcher de distinguer un fond de colère et de frustration de la part de tous ceux chez qui le contexte exceptionnel de pandémie réveille des inclinaisons autoritaires. Or la course à pied a toujours été une rebelle. Au fil du temps, elle s’est successivement opposée au mouvement sportif conventionnel, au discours hygiéniste des médecins qui la disaient trop dangereuse, aux préjugés sexistes, aux carcans de la bienséance. Cette fois, les coureurs démontrent leur attachement aux libertés. Or il se trouve que cet attachement ne contrevient pas aux règles de prudence. Au contraire! On peut tout à fait courir tout en respectant les distances de sécurité. On peut même se sourire et s’adresser des signes complices. De toute évidence, cette convivialité constitue un bien meilleur gage de protection sociétale que l’autre attitude qui consiste à se ronger les sangs et, par la fenêtre, à jeter aux coureurs des regards pleins de haine. Respectons les règles. Gardons nos distances. Mais continuons à nous entraîner ! »
Musique : Robot de Michaël Mathy.




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