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Voyage au cœur de la transe

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En 2001, Corine Sombrun fait un voyage en Mongolie et on lui dit qu’elle est chamane, par contre à Paris on lui dit qu’elle souffre de troubles psychiatriques.

ft20210328 114742« La diagonale de la joie » le dernier ouvrage de Corine Sombrun paru chez Albin Michel nous relate l’extraordinaire volonté de l’auteur qui déclare : « Je me fiche d’être chamane, je veux juste étudier les capacités liées à l’état de transe ». Sa conviction  est que l’état de transe n’est pas seulement accessible aux chamanes mais que tout le monde peut l’atteindre. Et si la transe se révèle être une fonction cognitive, nous serions alors tous capables de développer des capacités dites « chamaniques ».

Il faut savoir que dans la tradition mongole, le chamane est censé faire des rituels pour éloigner le malheur, renforcer la force vitale, attirer la chance, l’argent et la bonne santé. De plus, en Mongolie l’intuition est considérée comme un langage utilisé par les esprits pour nous prévenir d’un danger ou d’un comportement irrespectueux envers soi ou son environnement. D’une certaine manière l’intuition et la transe sont l’expression de la même intelligence mais à un niveau différent.

Corine Sombrun témoigne que l’expérience de la transe semble avoir une action sur le développement de la créativité et dans celui de l’apprentissage intuitif. « En transe j’apprends sans avoir à apprendre, j’utilise des techniques que je n’ai jamais apprises, comme contrôler la colonne d’air pour faire des sons d’une longueur exceptionnelle… »

Pendant presque vingt ans, Corine Sombrun multiplie les rencontres avec des scientifiques reconnus et se plie à de multiples tests et expériences scientifiques avec comme but de faire émerger une étude scientifique des effets de la transe et ce malgré d’innombrables tiraillements entre  science et tradition. Tout d’abord, elle s’entraîne à induire la transe, à l’induire sans rituels ou mouvements et au bout  de cet entraînement elle parvient à limiter ses mouvements à presque rien, ceci afin de ne pas perturber les dizaines de capteurs électriques qui lui sont appliqués.

 

Comment unir tous les humains ? (1/2)  

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Une personne qui apprécie Ivan Illich attire déjà mon attention, parce que dans les années 1970 j’étais enthousiasmé et interpellé par la lecture de celui qui influença positivement toute une génération au grand dam des dominants.

De plus, quand cette personne ajoute qu’elle fut séduite par l’humanisme et le courage de René Dumont, un pionnier de l’écologie en France, et qu’elle dédie son livre à Greta Thunberg, porte-parole écologiste de la jeunesse militante, je me suis dit que j’allais lire son ouvrage avec un intérêt décuplé.

ft20210401 101537Cette personne, c’est Michel Joli qui vient de publier aux Éditions érès un essai consacré à la Fraternité globale, avec en sous-titre « Expliquée à ceux qui veulent changer le monde ».

D’emblée, un constat au sujet de ce concept de la Fraternité : « Nous pouvons aujourd’hui considérer que, au cœur de la complexité de la civilisation, la Fraternité constitue la seule caractéristique universelle qui unit tous les humains. Le phénomène fraternel est bien ce sentiment de solidarité incrusté au fond de chaque être humain. »

Hélas, sous les coups de boutoir de l’économie libérale productiviste et d’un égocentrisme exacerbé chez de nombreux citoyens, cette fraternité est en « voie de disparition ».

Pourtant, explique Michel Joli, « la solidarité a un effet direct en matière de secours, elle fonde aussi un sentiment de proximité utile, de cohésion et de solidité de la trame sociale qui nous supporte, loin d’être une forme de soumission à un ordre extérieur, elle est surtout une affirmation de soi ».

J’ai apprécié sa phrase qui devrait être méditée par tous les citoyens, particulièrement les nombrilistes : « Il ne peut y avoir de bonheur individuel sans bonheur collectif. »

L’auteur assène également une raison à la perte du sens fraternel que Fréquence Terre constate depuis deux lustres : « Dans les pays développés, la fraternité devint sans objet, remplacée par la concurrence économique et l’adhésion forcée à l’individualisme libéral. »

ftcitation 1Mais, au juste, qu’est la Fraternité aux yeux de l’auteur ?

« C’est le temps disponible, le partage, l’engagement, la solidarité, les limites éthiques, le bon usage des techniques et de la science, le rapport à la nature… C’est aussi la participation de tous aux débats essentiels, mieux mobiliser la raison en lieu et place de l’avidité pour fixer les limites humanistes au progrès dans le respect des ressources de la Terre. »

ft20210401 101605Et, Michel Joli d’expliquer que tout cela fut possible et démontré lors de ces derniers mois, je le cite « dans le dos de nos dirigeants empêtrés dans leur ego, leurs compétitions stériles et leur persistance obstinée dans l’erreur. »

C’était sans encore connaître les réactions égoïstes de plus en plus marquantes pour boycotter les mesures sanitaires en ces temps de pandémie, je suppose.

À bientôt pour la suite de cette lecture importante, celle qui pousse à la réflexion critique et non à l’endoctrinement ou à la manipulation.

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Exceptionnels mausolées bourguignons et Michel-Ange à Bruges  

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ft20210325 120130Au cœur de Bruges dite la Venise du Nord, se dresse fièrement la tour (XIIIe-XIVe s) de 123,3 mètres, soit la plus haute construction du monde en briques, de l’église Notre-Dame située dans un quartier pittoresque du centre de la ville.

Un édifice que je considère comme un musée exceptionnel par son architecture et les œuvres qui y sont présentées de manière remarquable.

Cinq nefs et un espace lumineux grâce à de multiples vitraux « légers », ainsi que des chapelles, des transepts, le déambulatoire, le chœur… accueillent une bonne centaine de tableaux, monuments et plaques funéraires, triptyques, autels, statues, mausolées, mémoriaux, stalles, confessionnaux…

ft20210325 114548Parmi eux trône au centre de la décoration baroque d’un autel, la sculpture mondialement connue de Michel-Ange (1475-1564) la « Vierge et l’Enfant ».

Façonnée entre 1504 et 1505, cette statue en pierre de Carrare, mesurant 1,28 mètre de haut, est représentative de l’École de Florence.

Les spécialistes expliquent que Marie y est présentée comme une mère assez juvénile, l’enfant grimpant sur elle.

Le visage de la Vierge est serein, le jeu du drapé est gracieux et raffiné. Cette statue est la seule du maître qui quitta l’Italie de son vivant.

La statue fut la proie des nazis en 1944 et on la retrouva dans une mine de sel autrichienne en 1945. Elle est revenue à Bruges intacte.

On peut également admirer à Notre-Dame de Bruges des œuvres de Jacob van Oost le Jeune (1639-1713) et l’Ancien (1601-1671), Jan Maes (1620-1677), Frans Pourbus le Jeune (1659-1622) et Pieter Pourbus (1523/1524-1584), Erasmus Quellinus (1607-1678) ; Gerard Davis (1460-1523), Antoon van Dijck (1599-1641)…

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Et puis, objet principal de ma visite en ce lieu chargé d’Histoire : les mausolées bourguignons.

Au cœur du chœur, quasiment côte à côte, deux tombeaux attirent l’attention de tout visiteur : celui de Marie de Bourgogne (1457-1482) et celui de Charles le Téméraire (1433-1477), son père.

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Elle est née à Bruxelles, lui à Dijon, elle est morte d’une chute de cheval dans le bois de Torhout (Flandre occidentale), lui à la Bataille de Nancy.

Les restes du duc furent transportés à Bruges en 1533 sur l’ordre de Charles Quint. Marie fut inhumée une semaine après son accident mortel dans un tombeau maçonné de Notre-Dame de Bruges, ensuite recouvert d’un mausolée puis doré à la demande de son fils Philippe le Bon.

Le monument funéraire de Charles le Téméraire fut réalisé en 1562.

20210325 113656Des plaques commémoratives, arbres généalogiques, armoiries ont été ajoutés et, selon la coutume moyenâgeuse, les souverains sont représentés en position couchée, les mains jointes.

Marie est représentée en souveraine, sa couronne est rehaussée de pierres précieuses, deux chiens sont couchés à ses pieds en tant que symbole de fidélité.

Charles le Téméraire, lui, porte la couronne de Duc de Bourgogne et la chaîne de l’Ordre de la Toison d’Or, ordre de chevalerie fondé par Philippe le Bon en 1430.

Les chapitres se tenaient dans des églises, cathédrales et collégiales de Lille, Bruges, Dijon, Bruxelles, Saint-Omer, La Haye, Valenciennes, Bois-le-Duc, Malines, Middelbourg, Barcelone, Tournai, Utrecht, Anvers et Gand.

 

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Aux pieds de Charles le Téméraire se trouve un lion, symbole de courage et de fidélité.

Les deux mausolées ont été déplacés à l’endroit actuel bien plus tard et les fouilles (1979-1981) permirent de localiser des tombeaux décorés que l’on aperçoit à travers une vitre à quelques centimètres de Charles le Téméraire et Marie.

Pour compléter cette visite, il est bon de rappeler que le dernier Duc de Bourgogne était maître de l’État bourguignon, qu’il était fort ambitieux, selon les historiens, ce qui lui aurait coûté la vie à Nancy.

Quant à Marie, elle avait 19 ans au moment de se retrouver titulaire de cet « État fragilisé » et passa une grande partie de son règne à défendre son héritage face au roi de France.

L’empereur Charles Quint fut le petit-fils de Marie de Bourgogne.

 

Reportage photo graphique : Marie-Paule Peuteman.

Remerciements à l’Office de Tourisme de Bruges et au personnel de l’Église Notre-Dame.

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« Face au péril, transformons le monde »

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Il y a 35 ans, Danielle Mitterrand s’engageait dans un combat : le combat contre toutes les souffrances des hommes. Avec sa Fondation, elle aspirait à une utopie : organiser une alternative à un monde plus juste et plus humaniste.

35 ans après, la Fondation continue de s’inscrire dans les pas de sa fondatrice et appelle à une métamorphose radicale de la société.

Au mois de janvier, l’éditorial de Gilbert Mitterrand, le président de la Fondation, avait pour titre : « Donnons vie aux utopies pour une métamorphose radicale ». Un appel que ne renierai pas Danielle Mitterrand et qui sonne comme celui d’une urgence.

En 35 ans, le monde et la société ont changé, trop ou pas assez, c’est selon. Est-ce que les urgences de l’époque sont les mêmes aujourd’hui ? Est-ce que ce sont les mêmes combats ?

« Oui. Probablement. Sauf que les urgences sont encore plus importantes que par le passé. Dans les années 1980, on parlait d’un péril écologique et d’un péril néolibéral de la mondialisation. La grosse différence avec l’époque, c’est qu’aujourd’hui on le ressent plus fortement. Le péril est là et n’a jamais été aussi important. Dans les années 1980, on parlait d’une possibilité d’une transformation due au changement climatique. Aujourd’hui, les effets sont là. C’est notre génération et la génération de nos enfants qui sont en danger. La transformation est plus qu’urgente. Elle ne peut pas s’attaquer qu’à la superficie et au premières conséquences, mais vraiment aux causes. Dès le début, l’ambition de Danielle Mitterrand était de s’attaquer aux causes, que tout le monde ait des droits et qu’on puisse développer une justice qui permette d’éviter des inégalités qui perturbent l’équilibre de la planète. On avait déjà conscience de ça. Aujourd’hui, c’est face à nous. C’est inédit dans l’histoire de l’humanité que l’humanité elle-même puisse être en danger. Une partie de la vie sur terre est clairement en danger. Il faut développer d’autres pratiques et d’autres imaginaires. Il faut envisager d’autres façons de vivre tous ensemble, joyeuses, et qui procurent du bien-être. C’est ce moteur-là qui nous permettra de transformer nos sociétés. »

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Jérémie Chomette / © Fondation Danielle Mitterrand

Vivre en harmonie avec les autres êtres vivants

Qu’est-ce qui a changé réellement en 35 ans ? La dégradation du monde, de la société, la prise de conscience de citoyens ?

« Il y a pas mal de choses. Probablement qu’il y a une prise de conscience plus importante du péril, mais moins de pourquoi il est là. On a toujours la volonté de remplacer les voitures au pétrole par des voitures électriques, ce qui malheureusement répond à un problème mais en pose un autre. Ce qui a pu changer c’est que, notamment dans la société civile, on est sorti des grandes organisations, les grands syndicats, les grandes ONG, qui jouaient un rôle et que les états ont essayer de démanteler. Elles ont eu du mal à se pérenniser parce qu’elle se sont probablement coupées de la base. Ces organisations s’écroulent un peu et les syndicats sont de moins en moins attirants. Mais derrière, on a des citoyens qui disent, on va changer les choses. On ne va plus demander, mais on va réquisitionner le pouvoir et ne plus le déléguer. On a partout un foisonnement de collectifs qui ont envie de transformer les choses. Avant, on était sur une approche internationale. Dans les années 1980, 1990, on rêvait d’un changement par des gouvernements internationaux. Aujourd’hui, on en est un peu revenu. On a une relocalisation des luttes qui peut poser problème, parce qu’on ne peut pas penser les choses qu’à partir du territoire. Mais il faut les penser à partir du territoire en les liant aux autres territoires. La dernière chose qui a changé, c’est de ne plus voir l’être humain comme le maître du monde. On a toute une philosophie, issue notamment des peuples autochtone, où on ne veut plus transformer le monde pour le dominer, mais le transformer par des alliances, en vivant en harmonie avec les autres êtres vivants. Donc ce sont plutôt des choses positives à l’intérieur d’un péril qui, lui, grandit. »

Mettre en lumière les initiatives

La société change, le monde change,… la Fondation se doit donc de se réinventer ou d’adapter son action ?

« Oui. Concrètement. On a décidé quasiment de ne plus faire de plaidoyer institutionnel. Comme on a moins de moyens, on ne va plus juste demander à l’état de changer. On a décidé de soutenir celles et ceux qui, sur le terrain, agissent. Danielle faisait ça. On va les soutenir en les mettant en lumière. En les finançant ou en les liant à d’autres, on va soutenir des collectifs qui envisagent le monde autrement, qui envisagent, dans leurs pratique, de prendre en compte les êtres vivants. Ce sont des collectifs où le pouvoir, à l’intérieur,  va être partagé et va tendre vers l’autonomie, mais une autonomie qui se fait toujours en interdépendance. On diminue fortement notre travail en direction des états. Et on se concentre sur la société civile, sur ces collectif. On va aussi renforcer les récits mobilisateurs. On a des initiatives qui sont extrêmement positives et qui donnent envie de se mobiliser et nous permettent de penser le monde autrement. Cela ouvre nos imaginaires et nos pratiques. On va les diffuser pour donner envie à d’autres de se mobiliser. Il s’agit de ne plus demander, mais de reprendre le pouvoir et de le redonner aux citoyennes et aux citoyens pour le partager. »

  • La semaine prochaine, quels sont les nouveaux champs d’actions de la Fondation, et ses objectifs.

Pour aller plus loin :

François SARANO: Ce que la génétique nous apprend sur les cachalots

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Crédit Photo : Fabrice Guérin

François SARANO, plongeur et océanographe, étudie depuis plusieurs années un clan de cachalots au large de l’ile Maurice. Les études génétiques réalisées à cette occasion, confirment, dans un article scientifique paru, les relations sociales qui s’y déroulent. Ceci nous permettant de réaliser combien la transmission culturelle y est  importante. François SARANO, avec sa passion,  nous démontre combien les cachalots et le vivant d’une manière générale sont  nos égaux dans bien des comportements.

Une interview de D. KRUPKA

https://youtu.be/a0EheFkvbeQ

www.longitude181.org

Fondation Danielle Mitterrand : « Il faut changer de cette logique financière qui nie tout ce qui est humain »

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Lutter contre toutes les injustices et défendre les libertés de chacun. Depuis 35 ans, la Fondation France Libertés-Danielle Mitterrand œuvre à la construction d’un monde plus solidaire. De la lutte contre l’apartheid au droit à l’eau pour tous, Danielle Mitterrand a été aux côtés des sans parole, des sans papier, des sans terre, pour refuser l’irréparable.

Avec Jacqueline Madrelle, vice-présidente de la Fondation Danielle Mitterrand.

« Une insoumise, une rebelle, qui a toujours résisté à toutes les injustices ». C’est le portrait de Danielle Mitterrand que vous nous avez dressé la semaine dernière. Elle s’est engagée dans la lutte pour le droit des peuples. C’est une constante de ses combats. On a évoqué avec vous son action aux côtés des enfants d’Afrique du Sud. Mais il y a eu aussi le Cambodge, le Tibet ou encore le peuple kurde.

« Pour le Tibet, je me rappelle que Danielle Mitterrand était venue à Bordeaux. A l’époque nous avions accueilli Gao Xingjian, un Chinois, qui n’était pas encore prix Nobel de littérature. On l’avait accueilli au Boulevard des Potes, le lieu de SOS racisme. C’est un peintre, un homme de théâtre. Il avait donné une pièce qui s’appelait « Dialoguer, interloquer ». J’avoue que cette pièce était quelque peu hermétique. Et Danielle me dit, « décidemment, je ne comprendrai jamais rien aux Chinois ». Elle a accueilli aussi souvent le Dalaï-lama, pour défendre tous ces peuples opprimés. Il y a eu aussi les Kurdes. C’est la « mère » des Kurdes. Quand il y avait eu le massacre d’Halabja (en 1988), on avait recueilli à l’époque des sommes très importantes qui étaient données par des mécènes, des grandes surfaces. On les a amené dans le bureau de Danielle au Trocadéro pour aider à la reconstruction des écoles au Kurdistan. Elle a aussi mis en lumière cette nécessaire lutte contre l’apartheid, avec les accords de Marly-le-Roi avec les responsables de l’ANC. On lui doit beaucoup de choses. Il y a eu le Chiapas, le Tibet, les Kurdes et toute l’Amérique du Sud. Danielle Mitterrand est souvent plus connue à l’étranger que dans son propre pays en France. C’est le paradoxe. Et elle en jouait. »

Le combat pour la reconnaissance du droit à l’eau

Danielle Mitterrand disait vouloir organiser une alternative à la mondialisation capitaliste. Et elle l’a mise en pratique notamment sur sa défense du droit à l’eau pour tous. Comment ce combat est arrivé ? Pourquoi ce choix ?

« L’eau pour tous, c’est parce qu’elle participait à beaucoup de forum mondiaux dans lesquels on dénonçait que l’eau ne devait pas être une marchandise. Comme elle a toujours dénoncé les ravages de la dictature économique et financière, l’eau en fait partie. C’est la première, à l’époque, qui a dénoncé avant tout le monde qu’il y avait une contradiction entre le statut économique de l’eau et son statut naturel. A partir de cette contradiction, elle a dit que l’eau ne pouvait pas être considérée comme une marchandise et devait échapper à tout statut économique. L’eau est comme l’air qu’on respire. Elle doit échapper à cette marchandise. D’où après l’élaboration de la charte des porteurs d’eau. La Fondation avait un statut consultatif au sein de l’ONU. Et elle a beaucoup bataillé pour qu’il y ait cette reconnaissance du droit à l’eau potable pour tous les peuples. C’est la Bolivie je crois qui, la première en 2010, a fait passer cette déclaration à l’ONU pour cette reconnaissance du droit à l’eau potable. Elle n’est pas encore acquise puisque la France ne l’a même pas mise dans sa Constitution. Il y a encore beaucoup de travail à faire. La Fondation s’est aussi beaucoup engagée, avec Emmanuel Poilane, sur la dénonciation des coupures d’eau avec l’application de la loi Brottes. Il y a beaucoup de choses de faites dans le domaine de l’eau. On le doit d’abord à l’engagement de sa présidente. Elle était venue à Bordeaux pour lancer ce mouvement des porteurs d’eau avec des sportifs de haut niveau. Et à chaque fois sa venue donnait lieu à des moments de grande complicité. Elle était très appréciée et très reconnue par les jeunes notamment. »

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© L’eau est un droit

Faire respecter la dignité humaine et le droit à la vie

La biopiraterie, la citoyenneté, le droit des peuples, l’accès à l’eau. Il y a bien un lien entre toutes ces causes, un point commun ?

« Le lien, c’est la révolte contre toutes les injustices, contre toutes les oppressions. Son souhait était de faire respecter les droits de la nature. Nous humains, on fait partie de cette nature. Donc si on détruit cette nature, on se détruit nous-mêmes. C’est le droit à la vie. Elle était toujours animée d’un bon sens extraordinaire, qui manque à bon nombre de politique, un bon sens qui la guidait dans sa vie pour faire respecter la dignité humaine et le droit à la vie. L’eau c’est la vie. Lutter contre les oppressions, c’est lutter pour qu’on ait chacun une vie digne. C’est le droit à la vie, le droit à l’éducation, le droit à la santé, le droit à la culture. Tout ce qui l’a guidée toute sa vie, c’est le respect de la dignité humaine. Donner à chacun d’entre nous une vie digne. »

Changer de monde

Agir, plaider, sensibiliser, ce sont les trois volets de l’action de la Fondation, trois volets voulus par Danielle Mitterrand. Pourquoi sont-ils si importants ?

« 35 ans d’utopie, et 35 ans on le souhaite encore d’utopie. Elle disait que chaque citoyen a le droit d’agir. Si chacun fait sa part, on peut changer le monde. Elle n’aimait pas d’ailleurs cette expression, « on va changer le monde ». On peut changer de monde. Pour les 25 ans de la Fondation, le slogan était juste un monde plus juste. Plaidoyer, c’est l’action de faire connaitre. Et il faut sensibiliser la plus grande partie des citoyens à cette possibilité de changer de monde. C’est très important. »

Changer de monde est un slogan qui résonne beaucoup en ce moment. Quelle voix la Fondation peut encore avoir aujourd’hui ? Comment le message de Danielle Mitterrand peut perdurer, peut se prolonger dans cette période perturbée et alors qu’on nous promet un « monde d’après » différent ?

« C’est d’abord changer de cette logique financière, de cette loi du marché, de cette loi du profit, qui va à l’encontre de la dignité humaine. Il faut montrer que les forces de l’argent, les forces des multinationales, nient tout ce qui est humain. Donc revenir à un monde respectueux de la nature, respectueux de l’humain. La Fondation s’engage dans ce plaidoyer pour la défense du vivant, pour la défense de toutes ces initiatives citoyennes à travers le monde. Elles montrent qu’on peut vivre autrement. Ce monde d’après, il ne faut pas qu’il soit pire que celui d’avant. La Fondation va dans ce sens-là, de respect de la nature, de respect de l’environnement. Il faut absolument changer de logiciel. Et la Fondation est le lieu par excellence pour avancer sur ce terrain-là. »

Pour aller plus loin :

 

 

Qui trompe qui ?

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20210322 171055Mon frère, ce zéro est le titre accrocheur du roman de Colin Thibert paru aux Éditions Héloïse d’Ormesson et qui, en plus, affiche un bandeau en forme de question qui interpelle d’emblée le lecteur : « Qui trompe qui ? »

Oui, qui trompe qui, au juste ? Colin Thibert, entre autres spécialisé dans la Série noire, explique qu’Antoine Percier, autoproclamé expert en toilettes sèches, le nec plus ultra écologique en ce domaine, casquette vissée sur le crâne, un gars pas très gâté par la nature avec ses dents pourries et son bégaiement, est convaincu d’une chose dans son existence passablement chahutée : son pote Canard, Sylvain Canard de son vrai nom, est sur un coup de plusieurs millions d’euros.

Il tente même de convaincre Jean-Jacques, le viking blond, grand, baraqué, autre membre du trio, mais celui-ci n’est pas du tout enclin à braquer une banque, un fourgon blindé, un commerce de produits de luxe, genre bijouterie.

Alors, Canard, tatoué, percing, crâne rasé, l’œil perpétuellement aux aguets, explique posément en enfilant les cannettes de bière, que Thibault Dastry, un milliardaire, patron de journaux, de stations de radio et de télévision, a un frère, Julien.

Jusqu’ici, rien de bien spécial dans la trame du polar, je vous l’accorde, mais, le lecteur doit savoir que le magnat de la presse cache soigneusement son parent à raison de 7.580 euros par mois dans un asile, car le pauvre est « taré » et que cela ferait mauvais genre que la planète entière l’apprenne.

Alors, le plan de Canard est de révéler au monde entier cette situation, tout bonnement. Enfin, c’est ce qu’il croit.

Voilà. Vous en connaissez déjà assez sur ce qui vous attend dans ce roman qui, vraiment, sort de l’ordinaire.

Allez ! Un tout dernier indice : Thibault Dastry avait magouillé avec des banques monégasques pour rebondir dans des paradis fiscaux et davantage éluder le fisc et, surtout, qu’à un moment donné, il dut choisir entre son frère et ses secrets bancaires.

 

François SARANO: Ce que l’approche respectueuse des cachalots nous enseigne

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(c) S.GRANZOTTO

François SARANO, plongeur et océanographe, étudie depuis plusieurs années un clan de cachalots au large de l’ile Maurice . La parution d’articles scientifiques couronne les résultats d’une méthode originale,  d’une approche respectueuse, permettant de comprendre la société de ces géants des mers. François SARANO, avec sa passion, nous les fait découvrir.

une interview de D. KRUPKA

www.longitude181.org

De la détresse à l’espoir

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Eesra (Photo P.Gf)

Ce n’est pas à un « Curio guide » ordinaire que je vous invite dans cette rubrique, mais à un voyage dans une exposition[1] mais, surtout, dans les rêves d’une jeune fille de 11 ans.

À l’instigation de l’association « Entendre leurs voix » fondée par l’Union européenne, la parole est donnée à des réfugiés qui ont fui la guerre et espèrent « un avenir meilleur ».

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Tout enfant réfugié rêve d’un avenir meilleur (Photo P.Gf)

Le témoignage d’Eesra, une jeune syrienne de 11 ans, est touchant et mérite d’être répercuté.

Eesra fuit la guerre avec sa famille alors qu’elle n’a que 4 ans et elle se retrouve en Jordanie, loin des massacres, des explosions et autres fusillades. On peut la comprendre quand elle dit : « Je suis vraiment heureuse d’avoir déménagé dans un autre pays… Bien que la Syrie soit mon pays et que je l’aimerai toujours. »

Au fil du temps, Eesra développe sa passion pour le dessin, elle apprend à peindre, participe à des peintures murales de son école en groupe : « Je n’aime pas dessiner toute seule. Ce que j’aime, c’est que nous nous amusions en dessinant et que nous apprenions de nouvelles choses ensemble. Par exemple, l’une de mes amies peut me montrer comment dessiner une fille et je peux lui montrer comment dessiner une maison. De cette manière, nous nous entraidons. Nous devenons comme les doigts d’une seule main. C’est pour cela que j’aime à ce point quand nous nous entraidons. »

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« Entendre leur voix » (Photo P.Gf)

Eesra rêve de devenir illustratrice professionnelle et en attendant, elle s’adonne à la poésie :

« Je dessine, je dessine avec mon cœur ouvert à tous les humains – battant avec amour, battant avec tendresse.

Je dessine, je dessine un jardin béni de tant de fleurs – à chaque fois plus belles.

Je dessine, je dessine un arbre si vert – dense, haut et élancé.

Je dessine, je dessine avec toutes les couleurs qui existent.

Je dessine tous mes rêves – je les dessine avec amour, je les dessine avec paix… »

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Voyage dans une exposition et les consciences (Photo P.Gf)

[1] Exposition itinérante dans la capitale de l’Europe. Pour notre reportage : Esplanade Spaak-1150 Bruxelles jusqu’au 30 mars 2021.

 

Angela Davis : « Je suis optimiste car nous avons généré de nouveaux espoirs »

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pgfAngela Davis d’Éric Fottorino, livre publié en 2020 par Légende (Photo P.Gf), ne peut qu’attirer l’attention en librairie compte tenu de son grand format et des nombreuses photos qui l’illustrent, mais aussi par le sujet consacré à ce célèbre personnage qui reste une icône pour maintes personnes.

Angela Davis, âgée de 77 ans, militante américaine emblématique des Droits humains, professeure de philosophie à Santa Cruz avec « Histoire de la prise de conscience », continue de défrayer la chronique, non seulement par ses nombreuses publications et apparitions publiques, mais également par son engagement citoyen qui perdure depuis les années 1970.

ft20201223 103841À cette époque, elle fut emprisonnée durant près de deux années aux motifs de « meurtre, kidnapping et conspiration » lors d’une action du « Black Panther Party », un mouvement révolutionnaire de libération afro-américaine.

Cette arrestation eut un retentissement international et la jeune femme reçut le soutien de personnalités comme Louis Aragon et Jean Prévert et celui de centaines de milliers de manifestants, dont je fus, à travers le monde.

Après son procès qui se déroula en 1972 où elle fut innocentée, elle poursuivit sans relâche son combat pour la paix, contre le racisme, pour les droits des femmes…

Si la pandémie au COVID-19 m’empêcha une rencontre prévue l’année dernière avec elle à Bruxelles en « présentiel », comme on dit à présent, après maints contacts et grâce à l’autorisation et l’aimable intervention de Stéphane Decrey du Forum des Droits humains à Genève[1], voici la quintessence d’une « rencontre virtuelle » avec Angela Davis (photo : capture d’écran P.Gf).

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  • Jeunesse et ségrégation raciale

« Le fait d’être entrée dans un mouvement qui désirait transformer l’histoire, est venu de mon enfance en Alabama quand ma mère me disait que la ségrégation raciale n’était pas éthique, que ce n’était pas l’ordre sous lequel nous devions vivre et que nous devions changer cette situation, en somme que nous devions défier le racisme structurel. »

  • Un mouvement collectif

« J’ai toujours développé la perspective d’une lutte internationale collective pour transformer le monde dans les nombreuses campagnes où je me suis impliquée. Ce fut d’ailleurs une conscience collective qui m’aida à rester en vie et à échapper à la chambre à gaz. »

  • Émergence d’une conscience collective

« Compte tenu du nombre impressionnant de violences policières à l’égard des Noirs, d’aucuns disent que rien n’a changé. Pour ma part, je constate que de plus en plus de personnes blanches ont rejoint le mouvement antiraciste lors des manifestations ayant lieu suite aux assassinats de George Floyd et d’autres et, ensuite, ma position est que nous devons apprendre à reconnaître nos victoires, même les petites, même si elles n’arrivent pas à transformer les conditions que nous souhaitons changer, nous devons quand même reconnaître que notre activisme radical fait la différence et permet l’émergence d’une conscience collective du caractère institutionnel, systémique et structurel du racisme. »

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  • Optimisme

« Naguère le racisme était traité comme un défaut individuel. Aujourd’hui, je suis optimiste car nous avons généré de nouveaux espoirs.  Partout, dans le monde avec les images des huit dernières minutes de la vie de George Floyd on a reconnu que le lynchage était toujours un phénomène aux États-Unis, que la Justice ne devait pas se réduire à traduire un individu mais un système structurel où des policiers sont fondamentalement entraînés et formés pour exercer la violence. Or, la sécurité des communautés ne peut pas être obtenue par la violence. »

  • Pollution planétaire

« Le capitalisme a aussi eu pour moteurs l’esclavagisme et le colonialisme et il faut reconnaître que les idées racistes ont pollué toute la planète.

Des jeunes prennent la tête de mouvements de lutte avec de nouvelles approches différentes des années 1960 et j’apprends auprès d’eux la nature collective et la façon de lutter en mettant également en cause le patriarcat.

Les mouvements de masse doivent continuer à mettre la pression sur les gouvernants et il faut dire que le racisme n’existe pas de manière abstraite. Nous devons continuer la recherche pour comprendre la manière dont les   réalités sociales fonctionnent.

Ainsi, toute approche de justice sociale, du féminisme, de l’anticapitalisme, le racisme et la façon de percevoir le monde à travers cela doit également inclure la question du climat, l’empoisonnement de la planète. »

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  • La révolution

Enfin, le dernier point abordé par Angela Davis fut ce qu’elle entendait par le concept de « révolution ». Après avoir parlé du génocide de peuples, des violences, surtout celles faites aux femmes, de la crise migratoire, de sécurité sociale, de la destruction de la faune et de la flore, du besoin d’abolir le système carcéral et policier actuel et de revoir le système économique qui veut que la concentration des richesses soit dans les mains de quelques personnes, de l’intersectionnalité, de la nécessaire reconnaissance de l’histoire de l’esclavagisme et du colonialisme, de constater la féminisation grandissante de la société, elle donna un exemple sur ce qui est à prendre conscience afin d’agir collectivement pour que les choses évoluent vers un monde plus juste : « La classe   des travailleuses et des travailleurs, dit-elle, est constituée de personnes de tous parcours et réalités ethniques et raciaux et il faut être conscient que le racisme est justement  utilisé pour diviser cette classe. Ensuite, il y a donc lieu d’imaginer un futur qui soit basé non plus sur le profit mais sur les besoins des êtres humains. »

Je termine cette chronique en citant une de ces déclarations majeures durant cette heure de « rencontre virtuelle » : « À quoi sert une libération si on n’a plus de planète pour en profiter ? »

[1] Festival du film et forum international sur les Droits Humains, Genève, 2021. Site fifdh.org

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