Les chroniques « Ardennes françaises mystérieuses, sacrées et insolites » sont inspirées de l’ouvrage et d’émissions de Pierre Guelff aux Éditions Jourdan, à la RTBF et TV5 Monde « Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées ». Musique du générique : « Le Réveil ardennais. »(youtube)
Quelque 300 personnes habitent Escombres-et-le-Chesnois, commune située dans l’arrondissement de Sedan et cataloguée de « cadre enchanteur dans des paysages sauvages boisés ». Et, à Escombres-et-le-Chesnois, certaines d’entre elles connaissent encore ces deux légendes que racontaient les Anciens.
La première était présentée sous le titre « : « Deux ombres qui se battent ».
À savoir, que la fille du châtelain était tellement jolie que son géniteur l’enfermait. Alors, un berger s’adressa au sorcier local car il avait une ardente envie de regarder la jeune fille, ne fût-ce qu’une seule fois. Pour ce faire, il vendit même son âme au diable. Et, la belle lui apparut et, sans prononcer le moindre mot, elle disparut ! Le berger se sentit floué et il tua le sorcier.
Depuis lors, dit la légende, durant les sombres nuits d’hiver, on entend crier, appeler, supplier et pleurer du côté de la forêt : l’assassin (car il avait préparé son geste !) et sa victime se cherchent et se battent dans l’ombre.
Le diable acheta-t-il l’âme d’un berger dans ce « cadre enchanteur » ?
Autre version : le seigneur était particulièrement laid et méchant et il enferma sa fille, très belle et tellement gentille, dans la « Forteresse ». Un berger, qui était de mèche avec un sorcier, désira délivrer la jeune fille du joug paternel. Il fut trompé et il tua le sorcier, puis se pendit.
Quelle que soit la version, au lieu-dit « La Forteresse », on a découvert des monnaies anciennes, des morceaux de métal, des ardoises, des tuiles, des pierres…, provenant d’anciennes demeures et cela pourrait correspondre à une construction fortifiée.
Non de loin de là, l’autre lieu-dit « Le Jardin de la Forteresse », où « la terre serait plus noire et fertile qu’ailleurs dans la région », serait l’emplacement d’un ancien cimetière…
Et la deuxième légende ? Il se prétend qu’à un lieu appelé « Vivier des Sarrasins », de gentils nains faisaient la fête toutes les nuits et n’utilisaient que de la vaisselle en or. Depuis des siècles, cette dernière était à la fois un apparat et une source d’épargne financière.
Une bourse des vocations pour aider les jeunes à financer leur formation, c’est ce que propose la Fondation Chamanga, en Uruguay.
Agir, plaider, sensibiliser… ces trois piliers sont au cœur de l’action de France Libertés au quotidien. Soutenir les initiatives locales, former les citoyens localement, c’est la volonté de la Fondation depuis sa création. Et elle s’engage notamment cette année auprès de la Fondation Chamanga, en Uruguay sur un programme de bourses à destination de jeunes uruguayens.
Quelle est la mission de cette Fondation Chamanga en Uruguay ?
« C’est une fondation qui a 15 ans. Elle a pour ambition de permettre à des jeunes qui sont en situation de précarité de pouvoir mener leurs études. Mais elle fait aussi en sorte d’aider des jeunes qui ont une véritable vocation pour un métier particulier. Ce qui est intéressant dans le fonctionnement, c’est qu’il y a l’ambition d’aider ces jeunes, de leur donner un vrai tutorat pour les appuyer et les engager dans une action sociale afin de mettre leur métier au service des autres. »
Quel est le profil de ces jeunes ? Qui sont-ils et quel sont leurs projets ?
« Ce sont des jeunes au profils très éclectiques. Il y en a évidemment qui se forment dans les métiers de l’agriculture, de l’élevage, ou de l’industrie… Mais il y a aussi des vocations artistiques, des chanteurs, des musiciens… Il y a des journalistes, des guides touristiques… Il n’y a pas de sélection sur le métier en tant que tel. Chaque jeune, à partir du moment où il peut défendre l’idée d’être en vocation pour un métier, la Fondation Chamanga le reçoit, et ouvre son écoute autour du métier qu’il propose.
Dans des pays comme les nôtres, on a un peu oublié ce que pouvait représenter la vocation pour un jeune. On les pousse plutôt à faire telle ou telle filière, parce qu’il y aura du travail, que cela lui permettra d’avoir plus d’argent… On n’est plus dans cet exercice du métier qui doit normalement permettre, un épanouissement, d’avoir les moyens de vivre et de faire ce que l’on a envie de faire… Essayer de trouver sa voie dans un métier où on ne se pose pas la question du pourquoi on se lève le matin. »
Il n’y a pas de critères particuliers pour l’attribution des bourses, si ce n’est la motivation et la vocation ?
« L’idée n’est pas de financer des bourses à des jeunes qui n’ont pas besoin d’aides. Il y a évidemment un critère de ressource financière, mais il n’y en a pas d’autres que celui de la vocation. Le processus de sélection de ces trente bourses est très long et fait l’objet d’une sélection très approfondie. Cela implique tout un tas de personnalités uruguayennes qui ont traversé toutes les époques, de la dictature à la mise en place de la République sociale. Elles sont l’ambition de mettre en avant des personnalités et des vocations importantes pour le pays. Elles ont aussi le souci d’accompagner la jeunesse pour que le souffle qu’ils ont connu à la fin de la dictature puisse perdurer, afin que les jeunes soient porteurs de connaissance et d’ambition pour la société uruguayenne. »
L’action de Chamanga ne s’arrête pas à l’attribution de la bourse. Elle assure le suivi et l’accompagnement des boursiers ?
« C’est passionnant. Il y a une petite équipe qui suit la partie administrative et d’accompagnement psychologique des candidats. Derrière, il y a une centaine de bénévoles, des tuteurs qui exercent les métiers que les jeunes veulent préparer. Ils accompagnent les bénéficiaires des bourses tout au long du parcours scolaire. C’est ce relais qui est intéressant. Des gens qui portent un métier comme vocation font en sorte que celle-ci soit transmise à un jeune qui a la même envie. Il y a en plus un fond de solidarité de bourses scolaires. Ce fond est alimenté par l’ensemble des gens qui ont été bénéficiaires du système scolaire uruguayen pour atteindre leur diplôme. Tout au long de l’exercice de leur métier, ils reversent une petite somme pour permettre aux jeunes de bénéficier d’une bourse. Il faudrait que l’on reconstruise çà chez nous. Donner du sens à l’appui que l’on donne aux boursiers, c’est un système clair, précis, extérieur au financement de l’état. »
Comment France Libertés s’inscrit-elle dans ce programme ?
« La Fondation Chamanga a été créé il y a 15 ans par des cadres uruguayens et une personnalité française, Mme Anne-Marie Sendic, qui a fait fortune sur un héritage. Elle a investit l’ensemble des intérêts de son argent pour financer Chamanga. L’âge avançant, elle a souhaité que la Fondation France Libertés prenne le relais de son action pour que les bourses Chamanga puissent perdurer. Daniele Mitterrand, la connaissait bien. A l’époque de la dictature, Danièle Mitterrand avait été très proche des réfugiés d’Amérique latine et notamment uruguayens. C’est par ce lien que Mme Sendic est revenue vers nous pour faire ce travail d’accompagnement, et pour renforcer les liens entre la France et l’Uruguay.
C’est un partenariat qui commence, que l’on espère voir grandir dans les années qui viennent. Danièle Mitterrand tenait beaucoup que les jeunes soient aidés, qu’ils trouvent leur place dans la société et puissent devenir des personnes engagées au niveau social et sociétal. C’est un bel exemple d’action qui permet de montrer que quand on investit des jeunes dans une ouverture sociale de leur vocation, cela peut amener des élans tout à fait intéressants pour nos sociétés. »
« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
Naguère, j’ai investigué à Paris et dans la cité universitaire belge de Louvain-la-Neuve pour un reportage consacré à l’Opus Dei, institution catholique fondée en 1928 par Josemaria Escriva de Balaguer et principalement composée de laïcs, ordre aussi appelé « Œuvre de Dieu » ou « L’Œuvre ».
Siège d’une association satellite de l’Opus Dei à Paris.
Dans la Ville Lumière, il était question d’une Association de Culture universitaire et technique, satellite de ladite Œuvre, située boulevard Saint-Germain (photo ci-contre), en Belgique, d’une « élite » estudiantine triée sur le volet.
À l’époque, des rumeurs particulièrement négatives jetaient un certain scepticisme quant au fonctionnement démocratique de cet Ordre : image sulfureuse contre discrétion, sacrifices corporels contre discipline, financements occultes contre dons… Alors, infos ou intox ?
L’implantation de deux résidences (Bauloy pour les garçons et Neussart pour les filles) faisant partie de l’EUCA, association européenne de collèges universitaires, fonctionnant sous, je cite, « l’orientation chrétienne assumée par la prélature de l’Opus Dei » à Louvain-la-Neuve, était sujette à divers conflits. En France, des dizaines d’associations satellites s’implantaient à Paris, Neuilly, Puteaux, Marseille, Aix-en- Provence, Toulouse, Grenoble, Strasbourg, Lyon… et il était parfois question d’une politique « sectaire », alors que d’autres informations faisaient état d’un véritable lobby de l’Opus Dei au sein des institutions européennes à Bruxelles et de la mainmise de l’Œuvre sur la « Table ronde des industriels européens » (ERT), où l’on compta jusqu’à la moitié de ces hauts dirigeants (dont un ancien commissaire européen) membres de l’Opus Dei, disait-on.
Sans avoir la preuve irréfutable que l’Opus Dei pouvait être considérée comme sectaire, un certain malaise l’entourait. Certes, il y avait bien quelques témoignages épars, mais la toute puissante Église catholique n’y voyant mal, le temps passa. Jusqu’à ce début 2016.
Un témoignage capital ?
En effet, les Éditions Albin Michel me firent parvenir le témoignage d’une certaine Maria del Carmen Tapia repris sous le titre « Au cœur de l’Opus Dei ». (Photo ci-contre)
Qui est Maria del Carmen Tapia ? Eh bien, il s’agit d’une ancienne adepte de l’Opus Dei. Ancienne, car elle n’en fait plus du tout partie. Ce qui, en somme, est banal. Les démissions, départs volontaires, évictions… d’associations sont monnaie courante et, alors, il arrive que ces ex-membres témoignent de leur désarroi, de leur peine, de leur colère…
Néanmoins, dans le cas de Maria del Carmen Tapia, il ne s’agit pas du tout de banalité : elle eut des responsabilités particulièrement importantes au sein de l’Opus Dei, puisqu’elle fut la directrice du bureau central de la section des femmes et travailla directement sous les ordres du fondateur, Monseigneur Escriva. Elle dit que les preuves qu’elle avance ne sont pas farfelues, car elles sont étayées par des documents officiels et d’autres témoignages dont elle cite les sources. Et puis, je me suis dit que le fait d’être édité par Albin Michel devait être un gage de sérieux, car je vois mal pareille maison d’édition ne pas prendre des renseignements et s’assurer de la crédibilité de ce qui est, vraiment, plus qu’un brûlot.
Ainsi, Maria del Carmen Tapia s’est littéralement enfuie de cette organisation après avoir même été séquestrée à Rome durant plusieurs semaines, assure-t-elle. Elle quitta l’Europe pour les États-Unis et y travailla aux universités d’Harvard et de Santa Barbara, autre garantie présumée de témoignage plausible.
Briser l’omerta
Bien sûr, je me suis posé une question essentielle dès le début de son témoignage : « Mais, pourquoi, est-elle restée plusieurs décennies membre, très active, de cette Église dans l’Église ? Une organisation aux méthodes et pratiques sectaires, comme elle clame. »
J’ai, sous les yeux, son très long récit et, alors, à travers les 450 pages de ce qu’elle présente comme une sorte de plaidoyer pour « la Vérité, la Justice et la Liberté », des réponses sont données. Des réponses qui dérangent, secouent, révoltent, parfois.
Je la cite : « Ce que le lecteur apprend reflète ma vie dans l’Opus Dei et révèle en même temps la nature intrinsèque de cette institution, depuis 1948, lorsque je demandais, à Madrid, à être admise comme numéraire jusqu’en 1966, à Rome, quand Mgr Escriva m’obligea à présenter ma démission. Il raconte également les représailles dont j’ai été l’objet de la part de l’Opus Dei pendant de nombreuses années, alors que j’avais cessé d’appartenir à cette institution. » Fin de la première mise au point éditée début 2016.
Maria del Carmen Tapia – photo Opus Dei
À titre informatif, il faut savoir qu’au sein de l’Opus Dei, et selon la description qui en est faite par Maria del Carmen Tapia (photo Opus Dei ci-contre), une personne dite numéraire s’engage à vivre la pauvreté, l’obéissance et la chasteté, ce qui, selon moi, n’est pas répréhensible en soi. C’est un triple engagement que beaucoup d’ecclésiastiques, de moines et moniales (et non « monacales », comme j’ai dit sur antenne) pratiquent de leur plein gré.
En revanche, en découvrant la suite du témoignage, je me doute que d’aucuns auront un sentiment de stupeur et de consternation par rapport à un fonctionnement de l’Œuvre de Dieu incompatible avec la démocratie et le respect de l’être humain, qui en est un corollaire.
Au nom de l’Église
Nouvelle précision de Maria del Carmen Tapia :
« (…) il existe des « corporations » immorales et des « polices secrètes » épouvantables dans ce monde, cela n’est pas nouveau. Ce qui est douloureux, par contre, c’est que cela se fasse au nom de l’Église et par conséquent en trompant l’opinion publique, catholique ou autre », dit-elle.
Elle apporte un premier éclairage édifiant sur ledit fonctionnement sectaire :
« Surtout (au sein de l’organisation), on ne parle jamais des personnes qui ont quitté l’Opus Dei ni de ceux qui se sont suicidés ou qui ont tenté de le faire, ni de ceux qui sont devenus fous. On ne parle pas non plus des prêtres qui ont quitté l’Œuvre : l’Opus Dei les fait tous taire. »
Grave accusation, s’il en est, mais, ensuite, défilent les notions de censure, de lavage de cerveau, d’endoctrinement : « Mes supérieur(e)s firent de moi une fanatique parfaite », avoue-t-elle encore.
Femme intelligente, cultivée, à l’indéniable ouverture d’esprit, comment a-t-elle pu être « piégée » de la sorte, si j’ose dire ?
Il est question d’harponnage de l’Opus Dei savamment étudié et mis en pratique, raconte-t-elle.
Alors qu’elle était fiancée, qu’elle déclarait clairement ne jamais vouloir devenir nonne, et que son futur mari et elle avaient l’intention de vivre en bons chrétiens et d’aider autrui, il lui fut répondu « qu’on peut donner à Dieu ses richesses, sa vie et son fiancé non comme une vocation religieuse mais comme un acte personnel de générosité. Et que ceci n’était pas possible en étant mariée. (…) On insistait sur le fait que je devais déposer ma vie entière entre les mains de Dieu sans rien lui demander en échange, et que c’était là le sacrifice de la vie de chacun pour le bien de l’humanité entière que j’avais voulu « aider », mais de manière différente et limitée ».
En termes assez libres, il apparaît, donc, que le poisson était ferré et qu’il l’est resté deux décennies !
Liberté bannie
Le fiancé de Maria del Carmen Tapia, lui, semblait avoir compris la stratégie de l’Opus Dei, telle que décrite par l’élue de son cœur : « Si tu me quittais pour un autre homme, je lui casserais la figure. Mais que puis-je faire à un Dieu devant lequel je m’agenouille chaque jour ? »
Effectivement, sa fiancée rompit et s’engagea à fond dans l’Œuvre :
« Alors, moi aussi j’avais recours au mensonge pour aider à tout prix Rome et Mgr Escriva. Je reconnais avoir été moi aussi un bourreau en utilisant l’arme du silence dans l’Opus Dei. »
Bourreau ? Le terme m’est paru excessif. Et pourtant…
Pourtant, la suite du témoignage fait, encore, état de coups de fouet, autrement appelé « discipline », et du cilice, chemise ou large ceinture de crin portée sur la peau en pénitence, et qui furent imposés à Maria del Carmen Tapia par, tenez-vous bien, « générosité ». De plus, elle ne pouvait pas dire à ses proches qu’elle était membre de l’Opus Dei, qu’elle ne pouvait pas avoir de vrais amis ou de confidents, car tout cela était considéré comme fautes graves.
Certes, elle reconnaît que diverses pratiques furent, disons, quelque peu assouplies, n’empêche, elle explique encore qu’il était interdit d’entretenir des relations familiales et, même, de se confesser à un prêtre qui n’appartenait pas à l’Œuvre.
En sorte, elle prouve que le terme « liberté » était banni de son temps passé à l’Opus Dei et, d’après d’autres témoignages, et qu’il resterait encore un lointain concept au sein de cette institution.
Au terme de cette lecture, une constatation restait évidente : comment et pourquoi le pape Jean-Paul II, tant adulé dans la chrétienté, avait-il pu accepter que Mgr Escriva, décrit, je cite, comme un véritable « gourou sectaire, sexiste et machiste » ait pu être canonisé en 2002 ?
Autre constatation sous forme de questionnement : le pape François qui, d’après le monde chrétien et des observateurs neutres, semble vouloir remettre bon ordre au sein de pratiques, disons, négatives, pour ne pas dire délictueuses, pensons à la pédophilie, va-t-il se pencher sur ce dossier éminemment épineux de l’Opus Dei ?
Des réactions
Nonciature apostolique à Bruxelles.
Dans pareil dossier « explosif », il m’est apparu nécessaire, pour ne pas dire indispensable, de susciter des réactions de très hautes personnalités de la chrétienté. À cet effet, de manière écrite (sur le bon principe que les écrits restent et que les paroles s’envolent), je me suis adressé à une dizaine d’entre elles : archevêques et évêques de Belgique et de France, vicaires généraux, délégués épiscopaux et, même, à la représentation de l’Église catholique à la Communauté européenne, et, au sommet du sommet, aux nonces apostoliques, c’est-à-dire aux ambassadeurs du Vatican, à Bruxelles (photos ci-contre) et à Paris.
À chaque personnalité, ma question fut la même et, en somme, résumait ce dont je vous ai déjà entretenu :
Siège à Bruxelles.
« Dans le cadre d’un reportage pour « Fréquence Terre-RFI », il me serait utile de recevoir une réponse à la question suivante : « Quelle est votre opinion au sujet de l’Opus Dei, organisation parfois cataloguée d’ « Église dans l’Église », dont le fondateur, Mgr Escriva de Balaguer, a été canonisé par le pape Jean-Paul II en 2002, malgré le fait que, selon maints témoignages qui paraissent crédibles, il ait été à la tête de cette Œuvre décrite comme sectaire ? » »Je vous remercie beaucoup pour votre collaboration. »
J’ai reçu deux réponses sur dix. Une du secrétaire du nonce apostolique dans la Capitale de l’Europe, que je vous lis :
Réponse de la Nonciature apostolique à Pierre Guelff.
« En réponse à votre question la nonciature apostolique vous propose de consulter le site: www@vatican.va en ajoutant: Prélature de l’Opus Dei. Vous trouverez là les informations que vous cherchez. Avec les salutations respectueuses. » (photo ci-contre)
Bien, je ne vais pas ergoter sur le fait que www@vatican.va n’est pas un site mais une adresse email, et, bien entendu, j’avais consulté le site internet de l’Opus Dei en long et en large, mais c’était l’occasion d’y retourner avec la précision fournie par la nonciature, à savoir « Prélature de l’Opus Dei ».
Qu’y trouve-t-on ? En français, des biographies de Josemaria Escriva de Balaguer, des déclarations à l’occasion de sa future canonisation, puis les programmes au sujet de celle-ci, différents discours aux Rencontres internationales de 2002, 2004, 2005, 2006…, des audiences générales de Benoît XVI, une impressionnante liste de 122 associations internationales de fidèles, avec en 45e place celle des « Coopérateurs de l’Opus Dei ».
Voici le contenu, mot à mot, de ce qu’en dit le Vatican :
« Sont Coopérateurs de l’Opus Dei, les femmes et les hommes qui, sans être des fidèles de la Prélature de l’Opus Dei, constituent une association propre et inséparable de celle-ci. Avec les fidèles de la Prélature, les Coopérateurs collaborent par la prière, le travail et l’aide économique à la réalisation d’activités éducatives, d’assistance, de promotion culturelle et sociale, contribuant au bien commun de la société. Parmi les Coopérateurs de l’Opus Dei figurent aussi des non-catholiques, des non-chrétiens et des non-croyants, qui partagent les objectifs de promotion humaine et sociale auxquels tendent les initiatives apostoliques, ouvertes à tous, que promeuvent les fidèles (laïcs et prêtres) de la Prélature, avec tant d’autres citoyens. Les Coopérateurs bénéficient de la prière de l’Opus Dei. En outre, s’ils le désirent, ils peuvent bénéficier de la formation offerte par la Prélature pour approfondir le message de Jésus et leur vie spirituelle et donner un témoignage personnel — sans former de groupes — cohérent avec la vocation chrétienne. Cette formation invite les Coopérateurs catholiques à recourir à la prière, aux sacrements, à l’intercession de la Vierge, en démontrant par les œuvres leur amour de l’Église, du Successeur de Pierre et des évêques. Un point essentiel de l’esprit de l’Opus Dei, présent dans la formation, est la sanctification du travail professionnel et des devoirs familiaux et sociaux, c’est-à-dire l’identification au Christ dans le quotidien. Les Coopérateurs collaborent aussi personnellement avec d’autres initiatives apostoliques dans leurs diocèses respectifs. »
Les Coopérateurs de l’Opus Dei sont présents, comme l’Œuvre, dans 63 pays ainsi répartis: Afrique (7), Amérique du Nord (11), Amérique du Sud (11), Asie (8), Europe (22), Moyen-Orient (2), Océanie (2).
Suivent l’adresse internet de l’Opus Dei, celle de la curie de la prélature à Rome avec téléphone, fax et email.
Réponse de la Conférence épiscopale belge à l’interpellation de Pierre Guelff.
La deuxième réponse (photo ci-contre) que j’ai reçue a le grand mérite d’être personnalisée par rapport à ma demande. Elle émane du Père Tommy Scholtes, de la Compagnie de Jésus, donc jésuite, l’attaché de presse et porte-parole de la Conférence épiscopale de Belgique, c’est-à-dire l’archevêque, sept évêques et trois vicaires généraux.
Je vous livre également cette réaction :
« L’Opus Dei est effectivement une Prélature personnelle de l’Église catholique. Elle est donc clairement dans l’Église. Sa spiritualité basée principalement sur les Évangiles et les Écrits du fondateur canonisé par le pape Jean-Paul II vise la sanctification des fidèles par une vie religieuse profonde et rigoureuse.
Cependant, si même des personnes sont parfois contactées par l’Opus Dei, personne n’a une quelconque obligation morale d’y entrer ou d’en sortir. Il en va de même pour toute association de fidèles reconnue par l’Église.
Même si des questions ont été posées ci et là sur l’Opus Dei, questions fondées sur des expériences personnelles malheureuses, l’Opus Dei ne peut être considérée comme « sectaire », et cela ne met pas non plus en cause la canonisation faite par le pape.
Mais il est sûr que tout le monde ne se sentira pas nécessairement à l’aise avec l’Opus Dei. C’est la diversité de l’Église où certains aimeront d’avantage tel type de spiritualité que telle autre. Mais c’est toujours la liberté des personnes qui doit primer. »
Un non-événement éditorial ?
Site Saint Josémaria Escriva.
Il est évident, que je ne pouvais pas m’arrêter à ces derniers propos et j’ai constaté qu’il existait un site internet entièrement dévolu à « Saint Josémaria Escriva, fondateur de l’Opus Dei » (photo ci-contre). J’y ai lu plusieurs questions « délicates » – et leurs réponses, que je ne m’autorise pas à commenter, n’étant pas historien – ayant trait au passé du canonisé : son attitude face à la Seconde République, celle à l’égard de Franco durant la guerre et le Coup d’État du 18 juillet, les raisons de se cacher , les suites de dénonciations à un « Tribunal du Communisme et de la Franc-Maçonnerie », ses virulents propos au sujet d’Hitler…, et puis, de nombreux témoignages de fidèles : « Il m’a appris à travailler avec amour », « Sa vertu préférée ? La sincérité. », etc.
Sigle de l’Opus Dei.
En revanche, ce qui m’a paru essentiel dans le présent reportage, c’est la réaction officielle de l’Opus Dei-même (sigle ci-contre) par rapport à l’ouvrage de Maria del Carmen Tapia.
Son titre est sans la moindre ambiguïté : « Au cœur de l’Opus Dei » : réédition d’un ancien témoignage amplement démenti »
À savoir :
« Un quart de siècle après sa parution en Espagne, Albin Michel choisit d’éditer en français le livre-témoignage de Carmen Tapia sous le titre « Au cœur de l’Opus Dei ». Présenté comme « un témoignage accablant » et inédit, cette traduction s’apparente davantage à un non-événement éditorial.
Publié pour la première fois en 1992, ce témoignage affichait une ambition claire : s’opposer à la béatification imminente du fondateur de l’Opus Dei. 25 ans après sa sortie de l’institution, Carmen Tapia y relatait ses souvenirs de 18 années passées en son sein, dans les années 50-60.
Les contre-vérités et distorsions de la réalité qui émaillent l’ouvrage ont été largement et formellement démenties par nombre de témoins oculaires. Le Saint-Siège a lui-même procédé à une enquête approfondie à l’occasion de la béatification (1992) puis de la canonisation (2002) de Josémaria Escriva.
En 2001, l’auteure elle-même, apprenant la prochaine canonisation de Mgr Escriva, revenait sur ses propos. Elle exprimait sa joie et sa conviction de la sainteté du fondateur, précisant même avoir été exaucée à de nombreuses reprises après l’avoir prié (déclaration à l’agence ANSA, 23/12/2001).
Pour Béatrice de la Coste, porte-parole de l’Opus Dei en France, « la publication, aujourd’hui, de cet ouvrage, laisse perplexe. Les raisons d’une polémique n’existent plus ; Carmen Tapa a de plus déclaré que ce serait une « grave erreur » d’utiliser ses propos contre saint Josémaria.
Communiqué officiel de l’Opus Dei concernant le livre « Au cœur de l’Opus Dei » de Maria del Carmen Tapia.
La prélature de l’Opus Dei travaille en pleine harmonie avec les évêques et le Saint-Père au service de l’Église. Elle compte actuellement plus de 90 000 membres dans le monde. Comme le précise Béatrice de La Coste « L’idéal de vie proposé dans l’Opus Dei ne peut être bien vécu que dans une grande liberté intérieure. Les quelques personnes qui désirent quitter l’institution le font avec la même liberté qu’elles ont eue pour y entrer et y vivre. » (Photo ci-contre)
Conclusion
Façade de l’immeuble de l’association satellite de l’Opus Dei à Paris et son graffiti « énigmatique ».
En regardant de plus près une photo que j’avais prise de l’immeuble de l’Association parisienne satellite de l’Opus Dei, je constate qu’un graffiti en trois mots avait été inscrit, en rouge et en grandes majuscules, sur la façade : « Consumer ! Pauvre Consommez ! »
Assurément, un message énigmatique qui l’est tout autant que l’Œuvre de Dieu. C’est une évidence à la lumière de tout ce qui entoure le témoignage de Maria del Carmen Tapia, me semble-t-il.
Il n’est jamais trop tard, tant qu’on est conscient, de formuler officiellement ses dernières volontés en vue de son inévitable décès et de la destination de ses restes. Une fois n’est pas coutume, afin d’illustrer de manière concrète la présente rubrique, je vais vous entretenir de mes démarches en ce sens et démontrer qu’il n’est pas toujours aisé de faire admettre son choix, surtout dans la toute dernière étape de sa mort.
Ainsi, de manière officielle tant auprès de mes proches, que des services communaux, de mon médecin traitant, d’un laboratoire d’anatomie universitaire, de la Fondation Métamorphose[1] (dont il sera question ci-après, justement, dans la difficulté de dernière étape)…, j’ai fourni les documents en bonne et due forme afin de signifier, dans l’ordre : mon refus d’acharnement thérapeutique, mon souhait d’euthanasie selon la loi belge dont je dépends (mais pas encore en vigueur en France), du don de mon corps à la science et, au terme de tout ceci, de l’humusation[2].
Humusation ? Si tout un chacun connaît les termes inhumation, crémation, dispersion des cendres, columbarium…, celui d’humusation est inconnu de la quasi-totalité de la population. J’en ai fait l’expérience auprès de médecins et d’autorités, pas du tout au courant de la signification de ce terme.
Alors, grâce à l’aimable autorisation des animateurs de la Fondation Métamorphose, plutôt que de longs discours, voici un questions-réponses pour éclairer notre lanterne… même celle des morts, si je puis me permettre cette petite diversion dans un sujet aussi sérieux. Bien que…
En effet, une lanterne des morts est une tour maçonnée comportant des ouvertures vers son sommet où, au crépuscule, l’on hissait une lampe allumée supposée servir de guide aux défunts. Celle que j’ai vue à Sarlat, dans le Périgord, date du XIIe siècle et est classée comme monument historique. Et, dans la problématique de l’humusation, croyez-moi, on a bien besoin d’être guidé !
La lanterne des morts de Sarlat (Photo Père Igor, CC-BY-SA)– Quel est le principe de base qui guide les partisans de l’humusation ?
– Protéger la terre coûte que coûte. Aujourd’hui, même si on a été écologique toute sa vie, d’office on pollue la terre lorsqu’on la quitte. Car les deux pratiques funéraires autorisées chez nous, c’est-à-dire en Belgique et en France, l’inhumation et la crémation, sont deux procédés extrêmement polluants. Les pratiques d’ensevelissement actuelles abîment la terre. Et beaucoup de personnes l’ignorent. C’est pour cela que nous avons créé la Fondation Métamorphose. Afin de rendre légale une pratique pour une après mort 100% écologique: l’humusation, ou le retour à la Mère Nature. Nous proposons une nouvelle option pour prendre soin de nos défunts dans le plus grand respect des êtres vivants et de la terre. Parce que nous pensons aussi aux générations futures.
Parce que nous avons la volonté de rester écologiques après notre passage sur terre.
Parce que les cycles de la nature nous montrent comment renaître.
Parce que nos corps sont un potentiel de vie et de fertilité extraordinaires.
– Vous évoquez un enjeu crucial, quel est-il ?
– L’enjeu climatique est crucial pour l’avenir de l’humanité tout entière, on le sait. Si nous n’agissons pas, la terre va devenir une planète morte. Suicidaire pour l’avenir des êtres humains mais aussi catastrophique pour la vie sur la Terre. Il est fondamental pour évoluer et survivre à la crise en tous sens qui agite notre planète, de changer notre façon d’agir et de voir le monde. Et la vie et sa fin en font partie.
– Comment, selon la « Fondation Métamorphose » ?
– Au-delà de la vision habituelle de l’écologie qui vise à réduire l’impact de notre empreinte négative sur l’environnement. Dans l’esprit C2C, ce qui signifie « du berceau au berceau », en augmentant notre empreinte positive sur l’environnement, pas seulement en termes d’écologie, mais du point de vue sociétal en entier. Au rythme actuel d’émissions de gaz à effet de serre, le dérèglement climatique est susceptible de provoquer le déclin de l’humanité, d’ici quelques décennies. La protection de l’environnement demeure la meilleure arme pour lutter contre les gaz à effet de serre, pour protéger la biodiversité, et améliorer la qualité des sols et des océans. Réduire son empreinte écologique, c’est ce que permet, entre-autres, cette nouvelle pratique funéraire, l’humusation, basée sur la permaculture. Pour un départ vers une nouvelle vie.
– Votre analyse de la situation écologique de la planète est juste et, depuis une douzaine d’années, « Fréquence Terre » et ses radios partenaires, soit un potentiel de quelque 500 000 auditeurs, œuvrent pour informer et conscientiser au maximum les citoyens face à ce défi planétaire. Ceci étant précisé, venons-en à l’humusation et à votre projet de Jardin-Forêt.
– La pratique de l’humusation comprend aussi un espace de mémoire et de recueillement, appelé le Jardin-Forêt, dans lequel les amis et la famille du défunt pourront le saluer, selon le rite qui leur conviendra. Le Jardin-Forêt c’est le lieu ou le défunt va reposer, un lieu de recueillement fleuri et boisé. Le jour de la cérémonie, un hommage pourra avoir lieu et être rendu là, en présence de sa famille et de ses amis et connaissances.
Un retour à la nature comme ultime volonté.
– Vous évoquez la pratique de l’humusation, concrètement en quoi cela consiste-t-il ?
– Le corps du défunt sera placé au milieu d’un compost d’environ 3 m³ dans lequel il sera transformé en humus sain et vivant. Selon les croyances et traditions du défunt et de sa famille, une croix ou une stèle en bois sera implantée pendant cette phase capitale de transformation. Bien entendu, ce seront des fleurs naturelles, que l’on trouvera lors des cérémonies, et au Jardin-Forêt, pas des fleurs en plastique ou couvertes de pesticides ou d’insecticides. La permaculture permet tout cela très facilement, avec une profusion de fleurs été comme hiver. Il s’agit d’un processus contrôlé de transformation des corps par les micro-organismes dans un compost composé de broyats de bois d’élagage, qui transforme, en 12 mois, les dépouilles mortelles en Humus sain et fertile. La transformation se fera hors sol, le corps étant déposé dans un compost et recouvert d’une couche de matières végétales broyées que les Humusateurs ajusteront pour en faire une sorte de « monument vivant« . En une année, l’humusation du défunt, réalisée sur un terrain réservé et sécurisé qui aura pour nom “Jardin-Forêt de la Métamorphose”, produira +/- 1,5 m³ de « super-compost ».
– L’humusation, contrairement à l’enterrement ne nécessite:
Pas de cercueil.
Pas de frais de concession dans un cimetière pendant 5, 10, ou 25 ans.
Pas de frais de pierre tombale, ni de caveau.
Pas de frais d’embaumement, ni l’ajout de produits chimiques nocifs.
Pas de charge d’entretien régulier de la tombe pour les proches.
Et ne provoque pas de pollution des nappes phréatiques par la cadavérine, la putrescine, les résidus de médicaments, les pesticides, les perturbateurs endocriniens….
L’humusation, contrairement à l’incinération ne génère:
Pas de rejets toxiques dans l’atmosphère, ni dans les égouts.
Pas de consommation déraisonnée d’énergie fossile (+/- 200 l d’équivalent mazout/personne).
Pas de location de columbarium.
Pas de détérioration des couches fertiles du sol lors la dispersion des cendres.
Au contraire, l’humusation crée un humus riche, utilisable pour améliorer les terres. Un processus de remise à la terre doux, respectueux de la personne et durable.
Un geste écologique extraordinaire après sa mort : participer à l’éclosion de la nature (Photo : Fondation Métamorphose)
– Hélas, trois fois hélas, il y a un problème majeur !
– L’obstacle à lever, c’est la loi. Sans modification de la loi, seules l’inhumation et l’incinération sont autorisées.
– Il faudrait, donc, une mobilisation citoyenne pour faire modifier cette loi et la « Fondation Métamorphose » s’y emploie. Ça, c’est pour la Belgique. Et en France ? La problématique est la même, selon Alexandre Vella, dans un article paru il y a quelques mois sous le titre « Comment mourir en France sans pourrir la planète »[3] : « Les deux seules pratiques autorisées en France à ce jour sont l’inhumation et la crémation. »
Et de préciser que l’Association Française d’Information Funéraire (AFIF) a calculé qu’une crémation rejette environ 160 kg de gaz à effet de serre, 39 kg pour une inhumation, mais qu’au bout d’une cinquantaine d’années ce chiffre passe à 170 kg. Une autre catastrophe écologique, est le nombre important de problèmes de santé relevés aux abords des 150 crématoriums français.
Donc, la décision en faveur d’une législation de l’humusation est entre les mains des politiques.
Pour ma part, j’ai reçu des autorités communales de mon domicile la réponse suivante : « La problématique que vous soulevez relève d’une compétence régionale. » Et de spécifier qu’il avait été demandé au chef du département de la Population-État civil de tenter, j’ai bien dit tenter, de prendre des renseignements auprès de l’Association des Villes et Communes de la Région de Bruxelles-Capitale.
Il va de soi que, si ma lanterne devait être éclairée en ce domaine, les auditeurs de « Fréquence Terre » et de nos radios partenaires seraient mis au courant. C’est le cas de le dire.
Néanmoins, il faut qu’ils sachent qu’il y a dix-neuf maires pour Bruxelles et une soixantaine de ministres et de secrétaires d’État fédéraux, régionaux, communautaires en Belgique, ce qui laisse deviner des décisions s’apparentant à ce que l’on nomme souvent un « train de sénateur ». Quant à la France, toujours en rade au niveau de la législation sur l’euthanasie, par exemple, je pense que, vue depuis Bruxelles, le monde politique de l’Hexagone est surtout braqué sur les élections présidentielles de l’an prochain.
Mais, grâce à l’inlassable travail d’organisations prônant l’humusation et à diverses pétitions, restons optimistes. Ne dit-on pas que « tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir » ?
[1] Fondation Métamorphose : metamorphoseproject.wordpress.com et sur Facebook.
Les chroniques « Ardennes françaises mystérieuses, sacrées et insolites » sont inspirées de l’ouvrage et d’émissions de Pierre Guelff aux Éditions Jourdan, à la RTBF et TV5 Monde « Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées ». Musique du générique : « Le Réveil ardennais. »(youtube)
Quatre légendes pour le prix d’une dans cette commune de quelque 300 habitants !
Sabbats et Apocalypse
Dans les bois d’Écordal, une statue de pierre représentant un saint « inconnu » était vénérée. Un jour, un étranger à la région jeta son dévolu sur une fille du pays. Elle l’emmena devant la statue et demanda au saint s’il approuvait la future union. La réponse fusa : « Non ! ».
Le garçon s’éclipsa aussitôt et on apprit qu’il s’agissait d’un voyou qui faisait beaucoup de ravages dans la vallée mosane.
En pleine nuit d’été et lorsque la lune brillait, une sorte de brouillard s’élevait d’un pré (Jacques ?) d’Écordal et enveloppait le passant. Alors, celui-ci voyait sa silhouette. S’il s’arrêtait, elle s’arrêtait, s’il marchait, elle marchait, s’il se courbait, elle se courbait…
Dans un autre pré (Jean-Leroy ?), l’herbe était toujours verte, quelle que soit la saison et formait un cercle de treize mètres de diamètre. C’était le signe du sabbat, paraît-il.
À dire vrai, le nombre treize possède bien d’autres « symboles » : dès l’Antiquité, il est considéré comme de mauvais augure. À la Cène, les convives étaient treize à table, la Kabbale dénombra treize esprits malfaisants, le treizième chapitre de l’Apocalypse est celui de l’Antéchrist et du Malin…
Néanmoins, durant l’Antiquité il était aussi question que le treizième membre d’un groupe était considéré comme puissant, à l’instar de Zeus, alors que la Mort, treizième arcane majeure du Tarot signifie un recommencement…
L’armée du roi Henri IV serait venue détruire le château de Momby le jour du mariage de la fille du châtelain et n’aurait pas hésité à incendier
toutes les fermes des environs. Seul un bouc (« saint et divin pour certains, satanique pour d’autres ») parvint à s’enfuir de l’immense brasier. Depuis cette époque de la Guerre de religion, il paraît que le bouc danse sur un air de violon joué au milieu du bois par un musicien totalement invisible. Totalement ?
« Quand apparaissent le brouillard et la nuit, ceux qui apercevaient l’animal s’enfuyaient et étaient retrouvés noyés dans des marais. »
Alchimie de couleurs
Ce qui est certain, à côté de ces légendes, c’est qu’à Écordal se situe le dernier « Moulin à Couleurs ».
« Depuis 150 ans, les techniques utilisées pour fabriquer des pigments naturels n’ont pas changé », selon le quotidien L’Union-L’Ardennais.
On extrait de la terre dans des carrières de crêtes régionales, on la chauffe durant une dizaine d’heures, elle devient rouge puis, par la magie de variations de températures et l’ajout d’autres terres, on obtient une palette de 85 teintes. « Pénétrer dans cette fabrique est un voyage au pays des couleurs. »
Particularités signalées par le journal régional d’information : les pigments d’Écordal colorent des appâts de pêche aux plus grandes marques de cosmétiques, tout en étant utilisés sur un plan artistique (rénovation du Château de Versailles, des fresques de la Villa Demoiselle à Reims, du Château de Sedan, de vitraux…), décors de films, coloration de savons, parfums, maquillages, peinture à l’eau, à l’huile, cire, gélatine, béton teinté, pavés colorés, enduits de façades…
Cette entreprise serait donc la dernière fabrique de terres colorantes naturelles en France.
« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
L’imposant ouvrage d’un millier de pages et de centaines de références « Les Enfants de Salomon » d’Hugues Berton et de Christelle Imbert publié aux Éditions Dervy, méritait, selon moi, plusieurs chroniques. La présente est la deuxième et conforte le lecteur dans ce que le Compagnonnage est bien un « réseau de transmission des savoirs et des identités par le métier », véritable école de savoir-faire et de savoir être visant, aussi, ce qui est un aspect majeur, le perfectionnement moral et spirituel de ses membres.
Mystère, ésotérisme, spiritualité peuvent également lui être associés et il y a lieu de spécifier que la Franc-Maçonnerie Opérative, sans en être son héritière, repose sur des concepts, symboles et rituels ayant pour but le perfectionnement de l’être et de l’humanité. Disons que Compagnonnage et Franc-Maçonnerie Opérative sont de lointains cousins.
Mais, dans cette chronique-ci, il est quand même bon de rappeler que le terme « franc » est attaché à la pierre travaillée et « maçon » à celui qui la travaille. Il est encore question de groupements ou guildes, certains itinérants au fil du temps.
Alors, églises, cathédrales, châteaux, ponts… furent érigés par ces Bâtisseurs exceptionnels avec l’aide précieuse de confréries et communautés de métiers, certains ayant des femmes pour membres ce qui, on s’en doute, n’agréa pas toujours différents pouvoirs, dont l’Église qui jeta un regard plus que suspicieux ! D’où, parfois, une certaine « clandestinité » pour perpétuer et développer ces associations et leurs symboliques destinées, entre autres, « à la transformation intérieure de l’être », ce qui dérangea Rome y voyant une concurrence !
Mais, des magistrats, des seigneurs, des rois… acceptèrent le principe de communautés de métiers qui s’organisèrent en rédigeant des statuts émettant diverses règles : celle de prêter serment de garder loyalement le métier, de ne pas dévoiler les secrets du métier, de se porter mutuellement assistance, d’établir une période d’apprentissage pour les apprentis, les compagnons et les maîtres, d’établir l’art du Trait, les marques – que l’on retrouve encore sur des poutres ou piliers d’édifices anciens -, le fonctionnement de loges (lieux de réunion, de formation, de stockage des matériaux…), de proposer une symbolique omniprésente à tous les degrés, des dispositions confraternelles entre sœurs et frères affilés à une même guilde, etc.
Que j’évoque des symboles, à la page 77 de ce livre, on peut voir un compas (représentation de l’esprit) recouvrant une équerre (représentation de la matière) photographiés dans la Chapelle des Âmes du Purgatoire de Roquebrune-sur-Argens (photo ci-contre). En d’autres termes, cela signifie qu’il s’agit du grade d’un Maître, celui dont l’esprit maîtrise la matière.
« Quand la nuit porte conseil » : citations, proverbes, paroles de vie, coutumes, légendes, croyances populaires du monde entier… proposés par Pierre Guelff.
La soif de Connaissance ne semble pas diminuer dans notre société hyper-matérialiste et la source d’ouvrages traitant du sujet n’est pas tarie. Loin de là. Et, ce qui ne fait que renforcer ce sentiment, c’est le nombre croissant de titres dévolus à la gent féminine, trop souvent, par le passé, laissée de côté.
À l’image de l’égyptologue Champollion, certains avaient cependant compris la force et la nécessité de cette connaissance « au féminin » : « On peut apprécier le degré de civilisation des peuples d’après l’état plus ou moins supportable des femmes dans l’organisation sociale. »
Dans le même ordre d’idée, Mozart avait l’intention de fonder un nouvel ordre initiatique constitué de femmes et d’hommes. Hélas, il décéda avant de le créer.
La Connaissance initiatique gagne, donc, à être partagée et transmise autant chez les hommes que chez les femmes, tous gardant leurs éventuelles spécificités, bien entendu, voire être associées, ce qui serait mieux, selon mains auteurs que MdV Éditeur publie et qui, ces derniers temps, vient de sortir quatre ouvrages assez explicites sur la question. (*)
(*) « Le cheminement de l’apprenti franc-maçon – Interprétation psychologique et symbolique» d’Olivier Pouclet.
« Le tableau de loge féminin » de Mathilde Fontaine.
« Les lieux initiatiques de la maîtrise » de Percy John Harvey.
Les chroniques « Ardennes françaises mystérieuses, sacrées et insolites » sont inspirées de l’ouvrage et d’émissions de Pierre Guelff aux Éditions Jourdan, à la RTBF et TV5 Monde « Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées ». Musique du générique : « Le Réveil ardennais. »(youtube)
Un peu en dehors de Douzy, ce village du Pays des Trois Cantons, à la Route de Mouzon on trouve un tout petit aérodrome. Particularité : il est l’un des tout premiers à avoir connu la fameuse épopée de l’aviation.
C’est en 1908, que Roger Sommer, pionnier en la matière (et en automobile), fit quelques bonds dits « encourageants » sur une prairie de Douzy à bord d’un biplan de sa propre fabrication.
Un an plus tard, il vola plus d’une heure à une trentaine de mètres d’altitude.
Alors qu’il se dirigeait vers Calais pour tenter la célèbre traversée de la Manche (un vol d’une trentaine de minutes, en principe), le camion de Sommer, qui acheminait l’avion, tomba en panne. C’est Blériot, qui avait eu la même idée, qui entra dans l’Histoire quelques jours plus tard !
Mais, le pilote de Douzy se « vengea » quelque peu contre le sort et il battit le record du monde de durée en vol : deux heures pour 160 kilomètres à quelque 200 mètres d’altitude.
Ensuite, en 1910, il emmena dans son avion douze personnes établissant, de la sorte, le record du poids transporté !
Un musée à Douzy évoque cette époque glorieuse pour l’aviation, dont celle d’un autre pilote ardennais, Henri Louis Brégi, le premier pilote à survoler l’Afrique.
À Douzy (en patois, le village est appelé le « Pays des rallonges » !), où Charlemagne aimait séjourner, on remarque l’église néogothique Saint-Barthélemy et, à ses pieds, un monument commémorant les morts pour la patrie qu’un soldat tout habillé domine de bleu, alors que des obus font office de soutiens à une chaîne d’anneaux…
Église Saint-Barthélemy et le soldat bleu entouré d’obus.
Il y a également, une base de loisirs « Pavillon bleu », une invitation à la pêche, à la baignade, à faire du pédalo, à se lancer sur un toboggan…, alors que, tous les deux ans, au mois de juillet, se déroule le « Douzy’k Festival » (rock) qui attire des milliers de personnes, et que le village accueille le « Centre national de gestion des missions catastrophes naturelles de grande ampleur » (tempête Xynthia, inondations dans le Var…).
Il est parfois surnommé le Prix Nobel de l’Ecologie. Le Prix Goldman récompense chaque année des militants de l’environnement.Des hommes et des femmes engagés dans la défense de la nature.
Ils luttent contre la pollution, les déchets, la déforestation, l’exploitation minière ou les expulsions de peuples autochtones. Tous les ans, 6 lauréats répartis en six zones géographiques sont ainsi distingués. Cette année, le 27ème Prix Goldman récompense notamment la péruvienne Máxima Acuña Chaupe.
Avec Alice Richomme, chargée de mission lutte contre l’extractivisme à la Fondation France Libertés.
« Máxima est une Péruvienne de l’Altiplano andin, de la région de Cajamarca, dans le nord du Pérou. Elle vit à 3000 mètres d’altitude avec sa communauté. Elle pratique une agriculture vivrière depuis 1994 avec son mari. Ses terres sont revendiquées depuis 2011 par le consortium de multinationales Yanacocha qui développe le mégaprojet minier Conga.
Les habitants de cette région sont de culture Quechua. Ils vivent de la terre et entretiennent avec elle un rapport très spirituel. La terre est une entité vivante, la terre mère, et est respectée comme telle. De nombreuses associations qui défendent la terre contre le projet Conga, ont pris comme slogan « défendre la terre et tous ceux qui nous donnent la vie, particulièrement l’eau ». Un des slogans fort est « Oui à l’eau, Non à l’or ». »
Depuis 2011, Maxima s’oppose aux entreprises d’extraction d’or. Sa lutte et la mobilisation des communautés locales sont un symbole fort de la résistance à l’extractivisme. Pourquoi cette mobilisation ? Quel est l’enjeu ?
« Máxima, avec d’autres membres de sa famille et de sa communauté, tente d’empêcher l’installation de l’entreprise Yanacocha, sur ces terres, pour ce qui serait l’une des plus grandes mines à ciel ouvert d’Amérique latine. Le projet nécessiterait de vider cinq lagunes, soit pour récupérer l’or qui est en dessous, soit pour y déverser quotidiennement 90.000 tonnes de déchets miniers accompagnés de substances toxiques pendant 17 ans. La technique utilisée nécessiterait le déversement massif de cyanure dans la nature et utiliserait 11 millions de mètres cubes d’eau chaque année. On se rend compte que le projet menace de détruire le complexe hydrique local, qui canalise les infiltrations d’eau de pluie tout en alimentant les champs et les villages de la région. C’est tout un mode de vie ancestral qui est menacé et tout un équilibre que ces communautés maintiennent de puis très longtemps.
La mobilisation est tenace et massive. Il y a des rondes paysannes qui se sont montées pour assurer une présence permanente sur les sites menacés, pour surveiller que le projet ne démarre pas. Dès la fin 2011, des milliers de personnes ont campés à plus de 4000 mètres d’altitude au plus près des sites et des lacs menacés pour les protéger. Plusieurs grèves générales ont paralysé toute la région de Cajamarca. Des conflits locaux ont également éclatés. L’entreprise applique le « diviser pour mieux régner ». Elle va offrir de l’argent à certains membres de la communauté et pas à d’autres pour susciter des jalousies. Elle promet des emplois en échange du soutien inconditionnel au projet. Cela brise des familles, des solidarités entre voisins. Ce sont toutes sortes de pratiques qui s’apparentent au chantage et à la corruption, et visent à briser la solidarité et le sentiment d’appartenance à la communauté. »
Une lutte environnementale, une lutte humaine, qui peut parfois être violente, au prix de la vie de certains militants.
« Cette mobilisation a déjà couté la vie à cinq personnes, suite à la déclaration d’état d’urgence dans la région en 2012. C’était des leaders paysans victimes de la répression violente qui s’abat sur toute forme de contestation du projet. 110 opposants dont des élus locaux sont poursuivis en justice. Il y a une criminalisation de la protestation. Il y a aussi une forte collusion entre l’entreprise et le gouvernement. Les lagunes visées par le projet sont gardés par des policiers mis à disposition par l’état et directement rémunérés par l’entreprise. Ces moyens considérables visent à empêcher toutes mobilisations qui sont désastreuses pour l’entreprise et pour l’image du gouvernement péruvien. Le président avait pourtant fait campagne en 2011 sur le fait qu’il défendrait l’eau plutôt que l’or dans ce genre de conflits environnementaux. C’est une ironie de très mauvais goût.
La répression est particulièrement visible dans le cas de Máxima. L’entreprise a vraiment eu recours à tous les moyens pour l’expulser de ses terres. On lui a volé son bétail, elle a été menacée de mort, on lui a incendié ses biens, torturé ses animaux. Elle a été frappée avec sa fille par des policiers. Elle ne peut plus se déplacer librement ni vendre ses produits agricoles sur le marché, ce qui pose énormément de problèmes financiers à sa famille. »
France Libertés est très en pointe dans le soutien à cette lutte.
« France Libertés soutient la lutte contre le projet Conga depuis plus de 5 ans et avait organisé plusieurs actions pour donner la parole à ces résistants péruviens et mettre en lumière les enjeux de leur combat. En septembre 2013, à Genève, nous avions ainsi organisé un side-event à l’occasion la réunion du 24e Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU. Milton Sanchez, président de la plateforme interinstitutionnelle de Celendín au Pérou (qui regroupe toutes les associations locales qui luttent contre le projet Conga), avait pu présenter l’impact humain du projet minier Conga à Cajamarca et dénoncer les atteintes aux droits fondamentaux. En mai 2014, c’est Máxima Acuña Chaupe qui prenait la parole dans une conférence de presse dans les locaux de France Libertés. Et en février 2014 et mars 2015, plusieurs déclarations de France Libertés aux Nations Unies sont venues appuyer les revendications des communautés de Cajamarca. »
Que peut apporter le Prix Goldman pour Máxima et les siens ?
« C’est très positif puisqu’il va donner de la visibilité à cette lutte et aux violences que subit Máxima au quotidien. Mais l’obtention d’un prix, malgré la notoriété qu’il apporte, ne suffit pas à protéger un défenseur des droits de l’homme et de l’environnement comme elle, étant donné les menaces qui pèsent sur elle et sur ses proches. L’exemple de Berta Caceres, titulaire du prix Goldman en 2015 est frappant. C’était une leader indigène du Honduras qui a été assassinée au mois de mars 2016 suite à sa lutte contre des projets de barrages hydroélectriques. Même si un prix donne davantage de visibilité à une personne, elle ne la protège pas contre la répression et les assassinats. Mais on espère que cela ne se passera pas comme çà pour Máxima. Il faut rester vigilant et ne pas prendre çà pour acquis. »
Et le prix Goldman, c’est aussi 125000 dollars pour le lauréat et sa communauté pour les aider à poursuivre le combat et la mobilisation pour leur région.
C’est avec Stéphane GRANZOTTO, réalisateur du documentaire « Méditerranée, le royaume perdu des requins » que vous allez apprendre comment et pourquoi ce documentaire a été créé, les lieux, et les conditions du tournage, et ceux qui ont participé. Un documentaire à découvrir ou redécouvrir par son « radio making of « !