A l’instar du climat ou de la biodiversité, le phénomène de la désertification est sous le regard des Nations Unies. Elle a sa Cop, sa conférence des parties. Et la 13e du nom s’est achevé le 16 septembre dernier, à Ordos, en Chine. Ordos, une ville érigée en plein milieu du désert mongol.
Avec Justine Richer, chargée du programme Eau, bien commun à la Fondation France Libertés.
Cette Cop 13 tient ses origines du sommet de Rio en 1992. La lutte contre la désertification est alors devenue une des priorités des Nations Unies.
« Suite à ce sommet sur les questions environnementales mondiales, trois conventions ont été développées. L’une sur la diversité biologique, une sur le changement climatique, celle que l’on connaît le plus et qui a donné lieu notamment à la Cop 21 de Paris en 2015. Et il y a la convention des nations Unies sur la lutte contre la désertification. C’est vraiment en enjeu très important dans la mesure où la désertification touche plus d’un milliard et demi de personnes dans le monde. Et on estime que douze millions de terres arables disparaissent chaque année. Cela touche principalement l’Afrique et l’Asie. »
Qu’est-ce qui provoque, non pas cette avancée des déserts, mais bien cette désertification ?
« Contrairement aux idées reçues, la désertification ne correspond pas nécessairement à l’avancée du désert, mais véritablement à la dégradation des terres. C’est lié à la perte de biodiversité et cela contribue au changement climatique global. En fait, on a une altération de la végétation qui disparaît, avec les racines. Les sols deviennent beaucoup moins poreux, puisqu’il n’y a plus de racines qui s’y enfoncent. Donc l’eau de pluie ne s’y infiltre plus. Elle ruisselle sur la surface, ce qui va encore plus dégrader le sol. L’eau n’est plus stockée. On a donc une modification du régime hydrique et des échanges avec l’atmosphère. Le sol n’est plus protégé et est complètement soumis à l’érosion mécanique des pluies ou l’érosion à cause du vent. Le sol est complètement fragilisé. »
Le réchauffement climatique est-il le principal facteur à cette désertification ?
« Cela y participe, mais on estime que les principaux facteurs sont anthropiques. Les ressources naturelles, à la base renouvelables, sont surexploitées et n’ont plus le temps de se régénérer. Le sol est complètement appauvri. Ce sont les activités humaines comme le surpâturage, le déboisement, la monoculture, pas adaptées au milieu environnemental, qui exercent une pression sur les ressources. Il y a aussi l’extension urbaine ou le tourisme qui ont un effet. »

La désertification a un impact sur les sols, la végétation. Est-ce que cela a aussi un impact sur les populations ?
« Absolument. C’est un cercle vicieux. On a une baisse de la végétation, donc une baisse de la matière organique, donc des sols moins fertiles. La conséquence est l’appauvrissement des terres et donc une production agricole insuffisante. Or, on parle de cultures soit vivrières, soit destinées au commerce. Il va y avoir de larges conséquences socio-économiques sur les populations et une augmentation de la pauvreté. Ce sont généralement des populations très vulnérables, à la variabilité climatique, à la variabilité des prix agricoles. Cela peut alimenter des tensions sociales et arriver à des situations de migrations. »
Quel est l’impact du cycle de l’eau sur le phénomène ?
« L’enjeu de désertification est souvent étudié sous l’angle du sol. On prend moins en compte le cycle de l’eau, alors que c’est essentiel pour lutter contre la désertification et pour permettre au sol de rester stable ou de se restaurer. Les sécheresses, qui sont une insuffisance de pluie, participent grandement au processus de désertification et l’accélèrent. Selon le dernier rapport du Giec, nous allons avoir une recrudescence de ces sécheresses et donc une progression de la désertification. Lutter contre cette désertification passe beaucoup par restaurer la végétation pour augmenter l’évapotranspiration, et ensuite remettre en place un cycle de l’eau comme un cercle vertueux. Les racines vont permettre à l’eau de s’infiltrer le sol qui va pouvoir stocker l’eau. Sur le long terme, cela permet d’avoir un sol régénéré. C’est un enjeu international de climat et de développement dans lequel le cycle de l’eau peut être une solution. »
La semaine prochaine nous verrons avec vous quelles sont les actions possibles pour lutter contre cette désertification.
Pour aller plus loin :
- La lutte contre la désertification passe par la préservation du cycle de l’eau
- Convention des Nations-Unies pour la lutte contre la désertification
- Un webdoc pour le climat
[youtube https://www.youtube.com/watch?v=53aexmSceRk]



En voyant l’état désastreux de notre environnement, je me suis dit qu’Albert Camus était un fameux visionnaire quand, en 1947, il y a donc juste soixante-dix ans, dans son « Carnet V », il écrivait déjà :
On peut envisager le jour où la silencieuse création naturelle sera tout entière remplacée par la création humaine, hideuse et fulgurante (…), bruissante d’usines et de trains, définitive enfin et triomphante dans la course de l’histoire, ayant achevé sa tâche sur cette terre qui était peut-être de démontrer que tout ce qu’elle pouvait faire de grandiose et d’ahurissant pendant des milliers d’années ne valait pas le parfum fugitif de la rose sauvage, la vallée d’oliviers, le chien favori. »


« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
Tout comme la présentation de ce « Frère et sœur » d’Esther Gerritsen paru chez Albin Michel, proposée de manière inaccoutumée dans la présente rubrique : l’avis autorisé d’une lectrice :


Jusqu’au 11 mars 2018, se tient une étonnante et époustouflante exposition à la Maison du Roi, musée situé sur la Grand Place de Bruxelles et consacrée à l’illustre Charles Baudelaire (1821-1867) sous le titre « Pauvre Belgique ! »
« Tous les Belges, sans exception, ont le crâne vide. Dois-je remercier Dieu de m’avoir fait Français et non Belge ? Peuple siffleur, signe de crétinisme. Bruxelles est un trou, une grotesque capitale. La capitale des singes. Allez en Belgique et vous deviendrez moins sévères pour votre pays. Ce peuple ne se bat pas pour des idées, il ne les aime pas. L’aspect de la femelle belge repousse toute idée de plaisir. » (La totalité des citations de ce reportage au musée est reprise dans le podcast ci-dessous).


Au 8e Festival culturel du Tibet organisé dans la capitale de l’Europe au profit de projets éducatifs dans cette partie de l’Himalaya, une jeune exilée tibétaine de 20 ans accepta de parler au micro de « Fréquence Terre ». Ayant quitté sa terre natale à l’âge de 8 ans, elle transita par l’Inde avant d’aboutir en Europe pour y suivre des études. Déjà dépouillée de sa culture et de sa personnalité, elle y est admise comme une… Chinoise ! Si ce courageux témoignage est le reflet d’un drame humain, il démontre à suffisance que la lutte citoyenne pour un « Tibet libre » n’est pas une simple vue de l’esprit et qu’il serait grand temps que les décideurs et politiques occidentaux agissent pour éviter que soit radiée de l’humanité la culture tibétaine, sans parler, bien sûr, de s’opposer à la répression qui s’abat depuis des décennies sur six millions d’habitants.
« À l’âge de 8 ans, certes, je voyais la cohabitation entre les Chinois et les Tibétains, après, j’ai su qu’il y avait l’oppression. Si on possédait une photo du Dalaï-Lama, on risquait jusqu’à quinze ans de prison. C’est en Inde, que j’ai appris que nous ne pouvions pas avoir une liberté d’expression et une culture à nous. »
« J’ai accepté de vous témoigner, car cela me fait de la peine de ne pouvoir dire qui je suis réellement dans la vie courante. À côté de mon lieu de naissance, il est indiqué « Chine » au lieu de « Tibet »… »


Une fois n’est pas coutume, il est question d’une nouvelle avec l’ouvrage « Un proviseur dans la tourmente » de Larbi Adouane publié chez Edilivre, dont on signale la confiance mise dans un sujet très délicat, même si on regrette quelques coquilles, ce qui n’enlève rien au fond d’un récit poignant, bouleversant, révoltant parfois, d’une histoire inspirée d’un fait réel qui se déroula en pleine « décennie noire », celle des années ’90, dans cette belle terre de Kabylie.
Un atypique proviseur d’un établissement scolaire d’une ville côtière algérienne, deviendra, malgré lui, la plaque tournante d’une situation qui, brusquement, passa de la sérénité au drame.
À fortiori, quand le proviseur tomba des nues face à la rumeur qui enflait et faisait de lui le coupable du drame.


Fabuleuse « Grande Librairie » (France 5) animée par François Busnel et consacrée à l’insoumission, la vraie, pas celle de salonnards, et à la désobéissance civile… avec, sur le plateau, Orsenna, Onfray, Gros, Adimi…, et deux intenses moments d’émotion : quand un reportage nous montra de jeunes syriens tout à la fois résistants à la dictature et sauvant 15 000 livres pour en faire une bibliothèque clandestine (hélas, découverte et détruite !) et, quand vint s’exprimer Asli Erdogan, auteure et icône de la résistance aux prises avec le pouvoir turc.
J’ai retenu trois phrases de cette remarquable émission qui fait honneur au service public : « Le livre n’est pas une marchandise, mais un supplément d’âme » et « Un homme qui lit en vaut deux ».
L’objecteur de conscience que je suis resté depuis 1969 et l’amateur de livres que je suis depuis que je sais lire, était aussi ravi d’entendre : « Les livres sont une source d’instruction massive ! »
Non, le titre de cette chronique « Comment vivre 100 ans » n’est pas une blague de potache ou une affirmation d’un quelconque gourou scotché à une groupe pharmaceutique vantant « le » produit qui rend centenaire… à coups de centaines d’euros la boîte de dix pilules !
Il s’agit de la très sérieuse « Méthode japonaise pour vivre 100 ans », une enquête sociologique menée par Junko Takahashi, journaliste dans des médias japonais, à la BCC, à CNN, à la RAI, à Discovery Channel…, dont le livre vient de paraître à la non moins sérieuse maison d’édition française, Albin Michel.
Le tout en 300 pages de témoignages et d’avis autorisés (gérontologue, personnel de centres pour personnes âgées…) rehaussées de photos de centenaires élégants, optimistes en l’avenir, heureux de vivre.


