
Cinq chroniques consacrées au 50e anniversaire de Mai 68 : Slogans, Radio Barricades, Che Guevara, L’« autre » Mai 68 : pacifisme libertaire, désobéissance civile, activisme non violent, Les « enfants » de Mai 68, la presse alternative, Mai 68 perçu dans les médias cinquante ans plus tard…[1] Aujourd’hui, « Che Guevara entre espérance et mythe »

Pourquoi, plus de cinq décennies après son exécution en Bolivie, Che Guevara[2] suscite encore la nostalgie du modèle de combattant contre l’impérialisme et de la défense des opprimés, alors que, même son compagnon de révolution, Régis Debray, emprisonné et torturé, déclara que c’était « parce qu’il a une belle gueule » mais, surtout, « qu’il est mort avant de devenir un dictateur » ?
Chandails, tee-shirts, macarons, drapeaux, même dans des stades de foot !, autocollants, tasses, verres, cendriers, sculptures, timbres, briquets et autres gadgets à son effigie, des tonnes de livres, des milliers d’heures de reportages, des millions de posters (voir ci-contre), continuent d’être diffusés de cette icône du mouvement révolutionnaire mondial.
Lui qui fuyait comme la peste la société capitaliste, doit se retourner dans le mausolée érigé à Santa Clara.

Che Guevara était un Argentin, brillant intellectuel, empli d’une idéologie magnifique à l’égard des peuples opprimés, mais qui n’hésitait pas à user de la violence pour asseoir sa vision d’un monde plus juste et plus humain. Médecin des guérilleros qui soignait les civils, sa priorité était politique et son romantisme cruel, dit-on, les aléas de sa vie familiale et sentimentale en seraient la preuve. Passionné du jeu d’échecs, son opération avec des « rebelles » congolais fut avortée, et, de cette courte existence, j’ai gardé quelques-unes de ses citations[3]. Une de 1953 : « J’ai juré de ne jamais m’arrêter avant de voir le poulpe capitaliste exterminé », une autre de 1959 : « La diplomatie est l’art de ne pas allier les actes à la parole », celle de 1967, le jour de son anniversaire : « 39 ans, c’est l’âge qui donne à réfléchir ».
Che Guevara[4] eut beaucoup d’estime pour les peuples du Tiers Monde, comme on disait à l’époque. Ceux qui luttaient pour leur indépendance. Il effectua deux visites en Algérie, en 1963, un an après son indépendance, et une autre en 1965. Il y félicita les combattants du Front de Libération Nationale (FLN) pour leur victoire sur, je le cite, « les impérialistes français ». Il considérait même Alger comme la « Mecque des révolutionnaires »[5].
Larbi Adouane, auteur algérien (Kabylie), avait 21 ans en mai 1968, après avoir vécu les affres de la guerre d’Algérie, entre autres.

Entre 1969 et 1971, dans le cadre de la coopération technique à but humaniste, j’ai côtoyé Larbi Adouane, en Algérie, là, où, personnellement, j’ai rencontré l’un ou l’autre maquisard(s), dont des compagnons du Che lors de la révolution cubaine. Il se souvient de cette période :
- Qu’est devenu le slogan « Il est interdit d’interdire » ? Durant 1968, je faisais ma terminale à Alger, à l’École Nationale d’Ingénieurs et Techniciens. Parmi mes cours, il y avait l’initiation à la philosophie avec un professeur coopérant français de gauche. Je ne pouvais donc pas ignorer cette période qui secouait la France, une partie de l’Europe avec des répercussions universelles.

Je suis devenu militant de l’organisation JFLN où j’animais une revue interne, qui fut vite censurée et interdite, mais ma passion première devint la lecture : Rousseau, Marx, Dostoeïvski… Je croyais dur comme fer au socialisme, les effigies de Lénine, Mao et de Che Guevara se succédèrent sur ma veste… Le socialisme me donna des ailes, la misère sociale, les inégalités, les injustices….seraient vaincues …
Pour les événements de Mai 68, ce fut, pour moi, un élan d’espérance de la jeunesse pour abattre les dogmes, les frontières, les inégalités de toutes natures. Après cinquante années, quel bilan peut-on tirer ? Il paraît triste : la jeunesse semble avoir cessé de rêver ! C’est vrai que le monde est en plein bouleversement et la jeunesse est à la recherche de nouveaux repères !
Pour terminer cette chronique, je cite encore cette phrase du Che retrouvée dans son journal personnel et écrite peu avant sa mort : « Je n’ai pas eu le courage de tirer sur deux soldats dans un camion ». Peut-être que c’est l’un d’eux qui l’a abattu dans le maquis bolivien en 1967. Et, est-il mort debout, comme il ne cessait de le répéter : « L’homme doit marcher la tête haute, le front vers le soleil, dont la brûlure est l’empreinte de la dignité » ?
La prochaine chronique sera consacrée à Mai 68 et Bruxelles.

[1] « Night in white satin », Moody Blues, 1967, « Éloïse », Barry Ryan, 1968, « San Francisco », Scott Mc Kenzie.
[2] Extrait de « Hasta Siempre – Comandante Che Guevara » de Nathalie Cardone, 1997.
[3] « La chronique de Che Guevara », remarquable ouvrage (photo de couverture et dans le montage au début de la présente chronique) des Éditions Chroniques, Paris, 2013.
[4] Extrait de « Hasta Siempre – Comandante Che Guevara » de Joan Baez, .
[5] Afrika.com, 2012.








« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
Enfant de l’après-Seconde Guerre mondiale, je suis, donc, un baby-boomer qui, au fil du temps et des aléas de la vie, s’est parfaitement retrouvé dans des personnages et des situations du roman « Laisse tomber les filles » de Gérard De Cortanze, publié chez Albin Michel.
Un nouveau monde prenait naissance. Entre parents et ados, « c’était une véritable guerre de générations qui s’engageait » et certains éditoriaux tiraient à volonté sur cette jeunesse, qu’elle qualifiait de dépravée : « Salut les voyous ! », « Les blousons noirs envahissent la France »… Pourtant, nous écoutions Peter, Paul and Mary, Nina Simone, Jean Ferrat, censuré par le pouvoir, Léo Ferré et autres qui chantaient des hymnes à la paix, contre les guerres et les racismes, alors que certains découvraient le rock d’Elvis, de Vince Taylor, de Gene Vincent ou étaient des fans inconditionnels de Johnny, des « Chaussettes Noires » et de Sylvie, voire de Paul Anka, de Joan Baez, que tous revêtaient des jeans, gars comme filles, achetaient des 45 tours, et, surtout, que cette jeunesse en avait marre des interdictions, des restrictions, des brimades et des lois datant de Mathusalem et Napoléon qui brimaient le peuple.


« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
Si comparaison n’est pas raison, le personnage principal, Bernard Bertin, du roman « Ce feu qui me dévore » de Paul Couturiau paru dans la collection « Terres de France » aux Presses de la Cité, me fait fortement penser à Meursault dans « L’Étranger », le mythique livre d’Albert Camus.





Dans le vaste débat sociétal au sujet de l’égalité entre les hommes et les femmes, ces dernières ont eu bien du mal à être admises dans différentes sociétés philosophiques, alors que, autres exemples significatifs, elles ne peuvent pas espérer une place dans la hiérarchie de l’Église catholique romaine, et, au niveau de l’emploi, les statistiques sont claires : à travail et compétences égaux, les femmes perçoivent un salaire moindre que les hommes. Au moins 20%, selon de récentes sources.
C’est certainement à cela que pensèrent les organisateurs de la remarquable exposition « Les Femmes frappent à la porte du Temple » qui se tient jusqu’au 14 avril 2018 au Musée belge de la Franc-Maçonnerie
Assurément, le but de cette exposition ne fait que corroborer une déclaration du généticien Albert Jacquard : « La fraternité a pour résultat de diminuer les inégalités tout en préservant ce qui est précieux dans la différence. »


De « La vie en rose » d’Edith Piaf à « Noire ou bleue » d’Isabelle Fable (Éditions Audace), d’une chanson mythique à un recueil de nouvelles qui « secouent », il y a une sensibilité, une écoute et une observation de l’âme humaine à fleur de peau, tant chez l’interprète que chez l’auteure.
