Comment faire tomber un dictateur (3/3)… quand on est sans armes de Srdja Popovic (Payot)
« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
« Voici le livre des révolutions possibles. Il s’appuie sur une expérience acquise dans près de cinquante pays. Il prend la voix exceptionnelle de Srdja Popovic, apôtre de la lutte non violente, qui fit tomber Milosevic, fut de toutes les « révolutions fleuries » et a été considéré comme l’architecte secret du printemps arabe. »
Assurément, « Comment faire tomber un dictateur » quand on est seul, tout petit et sans armes de Srdja Popovic (Petite Biblio Payot), méritait bien trois passages sur antenne et le site. Voici la troisième des trois chroniques sur cet activisme pacifiste qui réconcilie avec l’action politique !
Avant de fournir des statistiques très intéressantes, Popovic évoque encore quelques aspects du sujet et cite Benjamin Franklin : « Il y a trois types de gens : ceux que l’on ne peut pas faire bouger, ceux que l’on peut faire bouger, et ceux qui bougent. »
Il explique aussi : « Généralement, pour les citoyens ce qui compte davantage que les droits civiques, la liberté religieuse ou de réunion, c’est du respect, de la dignité, ils veulent que leurs familles soient en sécurité, percevoir un salaire honorable pour un travail honnête. »

Il ajoute : « La non-violence est plus efficace que la violence, parce qu’elle permet à tous, où qu’ils se trouvent et si frêles soient-ils, de se confondre à l’’ennemi’. Il y a beaucoup de corollaires pour y parvenir : il faut être aimable, susciter la sympathie des masses, avoir une vision pour demain sur les plans éducatifs, culturels, environnementaux, ne pas crier victoire trop rapidement à l’image des activistes égyptiens qui crurent que la démocratie s’installerait d’office à la chute de Moubarak, il faut également se protéger des provocateurs tentant de ruiner ou d’intoxiquer leur action, le mouvement doit résider dans l’unité pas comme les « Femen » car on ne sait plus très bien si leurs manifestations concernent les droits des femmes, la laïcité ou autre chose. »

Quant aux statistiques encourageantes, il s’agit de l’étude d’Erica Chenoweth et de Maria Stephan réalisée en 2011 à l’université de Columbia qui démontre qu’entre 1900 et 2006, il y eut 323 conflits d’envergure, que 26% ont « réussi » par les armes et 53% par la non-violence. Que sur les 35 dernières années et les différentes transitions sociales de la dictature à la démocratie, sur 67 cas divers, dans 50 de ces cas ce furent des luttes non violentes qui ont été la clef du pouvoir.
Mais, ne crions pas victoire trop vite, alerte Popovic :
« Il ne faudrait pas que les chaussures d’un ancien dictateur semblent très confortables aux nouveaux occupants du pouvoir ! »
https://www.ted.com/talks/srdja_popovic_how_to_topple_a_dictator?language=fr
Musique : refrain de « La Marseillaise de la Paix », Chanson Plus Biflusée – C.J. Rouget de Lisle. Origine : chorale d’orphelins de Cempuis – Oise -, 1892, dirigée par le pédagogue libertaire Paul Robin (1837-1912). Youtube, 2018.

Comment faire tomber un dictateur (2/3)… quand on est tout petit… de Srdja Popovic (Payot)
« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
« Voici le livre des révolutions possibles. Il s’appuie sur une expérience acquise dans près de cinquante pays. Il prend la voix exceptionnelle de Srdja Popovic, apôtre de la lutte non violente, qui fit tomber Milosevic, fut de toutes les « révolutions fleuries » et a été considéré comme l’architecte secret du printemps arabe. »
Assurément, « Comment faire tomber un dictateur » quand on est seul, tout petit et sans armes de Srdja Popovic (Petite Biblio Payot), méritait bien trois passages sur antenne et le site. Voici la deuxième des trois chroniques sur cet activisme pacifiste qui réconcilie avec l’action politique !

Ce mode d’activisme pacifique inspira d’autres actions que celles de faire tomber des Milosevic, Moubarak, Ben Ali… et, avant eux, Salazar et consorts. Ainsi, très récemment en Belgique, le collectif « Flashmob Justice Fiscale» a fait bouger les lignes avec ses inspirations, comme le décrit la « RTBF », « RTL », « POUR » (merci pour l’autorisation de reproduction des documents), « Le Soir »[1]… : « C’est par des actions qui rendent le pouvoir en place ridicule, par l’absurde, qu’on peut pousser le gouvernement à réagir et il est inutile d’être violent, car il y a toujours plus fort que soi…», expliqua un membre de ce collectif citoyen.


Ainsi, pour protester contre l’évasion fiscale, estimée à l’équivalent du financement annuel d’un hôpital de 350 lits, un magasin du géant du meuble à emporter fut envahi pacifiquement par les manifestants habillés en personnel soignant mimant des scènes hospitalières dans le rayon literie. Une sensibilisation du public fut, bien entendu, opérée et les médias, en nombre, relatèrent cette action à Ikea.
Comme le dit Popovic : « Si vous avez des fusils-mitrailleurs, des tanks, si détruisez le mobilier urbain, des vitrines… d’un côté, et des manifestants pacifistes souriants, sans armes, avec des pancartes, drapeaux et fleurs, de l’autre côté, pas de longue interrogation aux yeux des gens et des médias pour savoir qui est la Belle et la Bête ! »
Et, aussi étonnant que cela puisse être, le « dérisionnisme » fonctionne bien parmi d’autres actions comme celle décrite ci avant, du moins, pour les activistes qui ont le cran de mener pareille opération.

« La seule chose capable de venir à bout de la peur, c’est le rire, car l’humour ne vous fait pas seulement glousser : il vous fait réfléchir, conseille Popovic. Et rien, dans la formation des forces de l’ordre ne les a préparées à gérer des gens rigolos. Un exemple, en Pologne, du temps de Solidarnosc. Las d’écouter le JT du soir manipulé par des journalistes lisant les infos provenant de lui sur un prompteur, les gens pouvaient, bien sûr, ne pas regarder ce JT à l’eau de rose. Mais, seul dans son salon, quel impact ? Alors, des activistes non violents eurent une idée géniale : à 19h30, les gens plaçaient leur téléviseur dans une brouette ou une poussette et se promenaient dans les rues ! C’était clair et net.
Les journaux d’opposition se régalèrent de cette info citoyenne et les forces de l’ordre dépourvues face à Monsieur et Madame Tout-le-Monde, parfois accompagnés de leurs enfants, se promenant avec leur TV.
Cette action citoyenne, « dérisionniste », parmi tant d’autres, participa à une prise de conscience collective du peuple de la désobéissance civile.
Quelques mois plus tard, l’opposition parvint à instituer des élections semi-libres, puis, un an plus tard, elle était au pouvoir ! »
Notre troisième chronique évoquera d’autres corollaires de succès et, surtout, de surprenantes et encourageantes statistiques.
https://www.ted.com/talks/srdja_popovic_how_to_topple_a_dictator?language=fr
Musique : refrain de « La Marseillaise de la Paix », Chanson Plus Biflusée – C.J. Rouget de Lisle. Origine : chorale d’orphelins de Cempuis – Oise -, 1892, dirigée par le pédagogue libertaire Paul Robin (1837-1912). Youtube, 2018.
[1] Respectivement, reportages télévisés RTBF et RTL et site de POUR en octobre 2017 et du « Soir » en janvier 2018.

Comment faire tomber un dictateur (1/3)… quand on est seul… de Srdja Popovic (Payot)
« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
« Voici le livre des révolutions possibles. Il s’appuie sur une expérience acquise dans près de cinquante pays. Il prend la voix exceptionnelle de Srdja Popovic, apôtre de la lutte non violente, qui fit tomber Milosevic, fut de toutes les « révolutions fleuries » et a été considéré comme l’architecte secret du printemps arabe. »
Assurément, « Comment faire tomber un dictateur » quand on est seul, tout petit et sans armes de Srdja Popovic (Petite Biblio Payot), méritait bien trois passages sur antenne et sur le site de « Fréquence Terre ». Voici la première des trois chroniques sur cet activisme pacifiste qui réconcilie avec l’action politique !

Srdja Popovic et ses amis ont donc mené sous le nom « Otpor ! », ce qui signifie « Résistance », une action déterminante pour venir à bout du dictateur Milosevic. Son symbole graphique est un poing fermé.
Popovic explique : « Prendre les armes contre un dictateur n’est pas une façon intelligente de l’affronter. Être non violent ne signifie pas pour autant que tu ne mènes pas un dur combat. Même la plus petite créature peut changer le cours de l’avenir. »
N’oublions pas qu’il sait de quoi il retourne compte tenu d’une indéniable expérience sur le terrain et qu’il était entouré et conseillé par des activistes aussi déterminés :
« Le premier pas pour renverser un dictateur, explique-t-il, consiste à s’assurer que tout le monde comprend que la vie sous une dictature n’a rien de normal. Chaque tyran s’appuie sur des piliers économiques, et ils sont des cibles bien plus faciles à atteindre que des bases militaires. Les dictatures sont toujours concoctées avec les mêmes ingrédients : corruption, népotisme, mauvaise gestion, injustices sociales, violence et peur. Les activistes non violents doivent cependant laisser derrière eux la colère, le ressentiment et la rage au profit du « dérisionnisme », par exemple. Les forts et les puissants supportent mal la plaisanterie et l’humour peut les pousser à des réactions maladroites. »
Sreja Popovic énumère quelques conditions de base de la réussite d’un mouvement non violent :
« Croire que le changement peut survenir, voir grand et commencer petit, avoir une vision pour demain, retourner l’oppression contre elle-même, bâtir le mouvement lentement et dans l’unité, car diviser pour régner est une pratique bien connue des dictateurs et pouvoirs totalitaires. L’identité du groupe est donc indispensable. Les militants écolos du monde entier éteindront toujours la lumière quand ils quittent la maison, recycleront les plastiques et ne jetteront rien dans la rue. »
Une prochaine chronique abordera quelques exemples concrets non seulement pour faire tomber des régimes totalitaires, mais aussi dans la société et ses multinationales et lobbys omniprésents.
https://www.ted.com/talks/srdja_popovic_how_to_topple_a_dictator?language=fr
Musique : refrain de « La Marseillaise de la Paix », Chanson Plus Biflusée – C.J. Rouget de Lisle. Origine : chorale d’orphelins de Cempuis – Oise -, 1892, dirigée par le pédagogue libertaire Paul Robin (1837-1912). Youtube, 2018.

En plein débat sociétal : Histoire d’une femme libre

« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
À l’heure où le débat sociétal fait parfois rage, la lecture ou relecture de « Lou, histoire d’une femme libre » de Françoise Giroud paru chez Fayard en 2002, n’est pas vaine. Jugez-en.
Lou (1861-1937), d’une grande beauté et d’une intelligence supérieure, a fait dire à l’auteure ceci : « Jamais femme – que l’on a dite « féministe » n’a eu meilleur rapport de tendresse avec les hommes. À condition qu’ils ne la touchent pas. »
D’aucuns firent la morale à Lou. Elle répliqua : « Je ne puis vivre selon un idéal, mais je puis certainement vivre ma propre vie, et je le ferai quoi qu’il advienne. »
Hypothèse de Françoise Giroud : Lou aurait été victime d’un inceste en milieu familial dans son jeune âge, elle souffrait peut-être d’un début d’anorexie, mais, à l’âge de 35 ans, elle connut un changement radical. Elle n’exclut plus la sexualité masculine, semble s’en délecter, est enceinte, tombe d’un arbre, n’aura pas d’enfant. Accident ? Avortement provoqué ? Le mystère restera entier. Tout comme une seconde grossesse interrompue.
Lou part à la campagne avec tel homme, promet à un autre de l’épouser, fait tourner les uns et les autres en bourrique. Quand elle quitte Nietzsche, elle le laisse ruiné, quand elle congédie Rée, elle sait qu’elle le tue, quand elle abandonne Rilke, elle le poignarde.
Freud était ébloui par Lou : « Créature radieuse et intellectuellement étincelante », dit-il à celle qui devint son élève et s’établit même comme psychanaliste.
« Souvent, une femme libre est cruelle, spécifia Françoise Giroud. Ni modèle, ni exemple, Lou Andreas-Salomé, fut simplement pionnière dans l’art d’être soi », conclut l’auteure.

L’eau en musiques (rediffusion)
Précieuse, menacée, rare, protégée, convoitée, recherchée, l’eau est depuis toujours l’objet de toutes les attentions. Source de vie comme source de conflit, elle peut susciter de la passion, mais peut aussi inspirer des artistes .
C’est ainsi qu’elle a beaucoup été mise en musique . Des grands compositeurs classiques aux musiciens contemporains en passant par les comptines pour enfants, elle a beaucoup été jouée, chantée, célébrée .
Dès 1961, Brassens y trouva d’abord matière à compter fleurette à sa belle .
Cette eau de la claire fontaine, les Wriggles préfèrent, eux, en 2002, en caresser la source .
En 1979, c’est Nicole Rieu qui chantait son désespoir de n’être qu’une goutte d’eau dont le ras le bol l’incitait à quitter son lit .
En 2004, dans un album posthume, Claude Nougaro, lui, magnifie cette eau, folle mais pas farouche, qui cascade sur les pierres.
- « Eau Douce«
Henri Dès se fait lui plus pédagogique en prônant la préservation de ce trésor en or.
Alors que dans un univers plus baroque, le groupe angevin Zel nous compte un marivaudage au fil de l’eau .
Mais déjà, en 1733, cette eau était célébrée par Haendeldans son oeuvre la plus célèbre.
- La « Water Music ».
1968-2018 : Cohn-Bendit : « Mai 68 ? Un fantasme ! » (« Le Soir ») (1/5)
Cinq chroniques consacrées au 50e anniversaire de Mai 68 : Slogans, Radio Barricades, Che Guevara, L’« autre » Mai 68 : pacifisme libertaire, désobéissance civile, activisme non violent, Les « enfants » de Mai 68, la presse alternative, Mai 68 perçu dans les médias cinquante ans plus tard…[1]

Même si Daniel Cohn-Bendit, figure marquante des événements de Mai 68, déclara en 2018 au quotidien « Le Soir »[2] qu’il s’agissait d’un « fantasme », alors que dix ans plus tôt dans le remarquable documentaire « 68 » de Patrick Rotman[3], il expliquait que « Mai 68 était le début d’une nouvelle sensibilité sociale, d’une aspiration des individus et de la société civile à une autonomie politique et culturelle », il est indéniable, selon moi, qu’il y eut des répercussions sociétales planétaires et générationnelles de cette période des sixties.
Période où paix, amour et musique déferlent en Californie, où la révolte juvénile prend son envol, alors qu’à 10.000 kilomètres de là, le napalm fait des ravages au Vietnam où 500.000 américains jeunes combattent le communisme du Vietcong.

Les autorités américaines évoquent une « action de pacification ». L’indignation face à de tels propos pour expliquer l’horreur est mondiale.
Alors, par milliers, de jeunes américains brûlent leur carnet militaire, désertent, refusent l’incorporation…
« On veut la paix ! » clament-ils, soutenus par le boxeur Cassius Clay qui est aussitôt dépossédé de son titre de champion du monde et écope de cinq années de prison.
Comme une traînée de poudre, les jeunes radicaux blancs s’associent au « Black Power », dont les actions sont musclées, aux quatre coins du monde, la jeunesse brandit le « Petit livre rouge » de Mao ou le poster de Che Guevara, comme un signe universel de ralliement mais, dans le fond, la plupart ne connaît même pas le leader chinois et l’ami de Fidel Castro, ou, alors, si peu.
La répression ne tarde pas : à Londres, dans l’Espagne franquiste, en Allemagne, à Rome, au Japon, à Paris, à Prague…, on se bat grenades, coups de matraques et tirs contre pavés, barricades, slogans…
Une « Internationale de la jeunesse » s’écrie : « La révolution frappe à nos portes. Ce n’est qu’un début, poursuivons le combat ! Le fascisme ne passera pas ! Halte à l’autoritarisme ! »

La classe ouvrière, scandalisée par la répression face aux multiples victimes et à sa propre exploitation dans les usines et sur les chantiers, entre en grève en France. Sept millions de personnes arrêtent le travail, même le Festival de Cannes et les Folies Bergères mettent la clé sous le paillasson. Jean Ferrat soutient publiquement les contestataires, puis c’est le monde rural qui entre dans les événements.[4]
« Radio Barricades », surnom donné à « Europe 1 », retransmet les événements en direct au grand dam des autorités.
Soudain, en ce mois de Mai 68, la parole se libère à tous les niveaux, dans toutes les couches sociales, les murs prennent la parole et sont assez explicites à l’égard des patrons, des politiques, des autorités religieuses…
Le général de Gaulle, président de la République française, en convient : « Les événements nous montrent la nécessité d’une mutation de la société »
Néanmoins, la répression se poursuit, des bâtiments et voitures sont incendiés par des ultras, la guerre civile se profile dans une France coupée en deux : les pro et les contre de Gaulle. Brusquement, celui-ci disparaît des radars. Le jeudi 30 mai 1968, au retour de Baden-Baden où il a été prendre le pouls de l’armée, il déclare : « Je ne me retire pas ! »
Des négociations s’engagent entre gouvernement, patronat, syndicats, il y a les « Accords de Grenelle », mais 300.000 personnes descendent dans les rues de Paris pour réclamer un « gouvernement populaire ». Un million de gaullistes répliquent aux Champs-Élysées. Mai 68 s’achève.
Le travail reprend, les Folies Bergères reprennent le spectacle, les banderoles sont décrochées, les murs nettoyés des centaines de graffiti : « Sous les pavés, la plage », « Il est interdit d’interdire », « L’imagination prend le maquis », « Ni robot, ni esclave », « Ni maître, ni Dieu. Dieu, c’est moi », « Nous voulons vivre », « Révolution, je t’aime ! », « Tout le pouvoir aux conseils ouvriers », « Professeurs, vous nous faites vieillir » et, comme une prémonition : « Céder un peu, c’est capituler beaucoup ».[5]
Si Mai 68 marquent la société, les mentalités, des comportements, les rêves des « grands soirs » s’achèvent : après Martin Luther King qui a été assassiné en avril, c’est au tour de Robert Kennedy d’être abattu en juin 1968, lui qui évoquait l’arrêt de la Guerre du Vietnam, les Soviétiques écrasent le peuple de Prague en août de la même année, des policiers tirent sur la foule à Mexico : 300 morts en octobre 1968…
Alors, terminons cette première chronique consacrée à Mai 68 en revenant sur le « fantasme » décrit par Cohn-Bendit en ce 50e anniversaire. Il s’explique : « fantasme de ceux qui voient en Mai 68 la révolution et l’espoir de changer le monde et de ceux qui depuis cette époque évoquent une déstructuration sociétale ».
Il conclut : « Aujourd’hui, le problème est que l’on ne voit plus d’alternative au capitalisme. »
Pour notre part, on constatera, au fil des chroniques, que l’espoir né il y a cinquante ans n’a pas été vain et n’est pas mort. Ne fut-ce que sur une prise de conscience de la dégradation de notre environnement et des mesures alternatives crédibles proposées, tout comme l’activisme pacifiste qui reprend force et vigueur en maints endroits de la planète, entre autres.

La prochaine chronique sera consacrée au mythe Che Guevara.
[1] « Night in white satin », Moody Blues, 1967, « Éloïse », Barry Ryan, 1968, « San Francisco », Scott Mc Kenzie.
[2] Le 6 janvier 2018.
[3] VIV Productions avec la participation de France 2, Histoire, TV5 Monde, TSR et RTBF, 2008. Photos : jaquette du DVD.
[4] Jean Ferrat, extrait de « Nuit et Brouillard », 1963.
[5] Léo Ferré, extrait d’ « Il n’y a plus rien », 1973.
Les idées reçues sur les coupures d’eau
L’eau est un besoin vital. Et pourtant, les coupures d’eau ou les réductions de débit d’eau pour impayés continuent. Les distributeurs d’eau poursuivent ces pratiques illégales en s’abritant derrière tout un tas d’idées reçues tout droit sorties d’une discussion de comptoir.
- Avec Justine Loubry, chargée de mission Droit à l’eau en France à la Fondation France Libertés.
Ces idées reçues sur les familles qui ne payent pas leurs factures d’eau, vous les avez recensées, et elles méritent d’être décortiquées. Alors tordons le cou à la première d’entre elle. Les personnes à qui on coupe l’eau sont de mauvais payeurs de mauvaise foi.
« C’est un terme que l’on entend très souvent de la part des distributeurs. Cela signifie que quelqu’un qui ne paie pas est quelqu’un qui ne le veut pas. C’est totalement faux. Pour nous, les gens qui ne paient pas leurs factures n’ont pas les moyens financiers de le faire. Il faut ajouter qu’il y a un facteur interne aux entreprises, des dysfonctionnements. Il y a des usagers qui ne reçoivent jamais de facture d’eau. Ils pensent que, par défaut, leur eau est comprise dans leur loyer. Ils se retrouvent trois ans plus tard avec des factures immenses qu’ils ne sont pas en capacité de payer. Ils demandent un échéancier qui n’est pas accepté. Parfois ils envoient un règlement qui n’est pas pris en compte, des demandes de mensualisation qui ne sont pas prises en compte et qui mènent à des impayés. On s’aperçoit que derrière des factures impayées, on ne voit pas grand-chose d’autre qu’un mauvais payeur, alors qu’au final, il y a un individu, une famille, qui se retrouve sans eau et qui est encore plus vulnérable. »
Autre idée avancée : les distributeurs, comme Véolia par exemple, prétendent qu’ils n’ont pas d’autres moyens pour recouvrer les impayés.
« Selon eux, couper l’eau est la seule manière d’obliger les gens à payer. Pourtant il existe différents moyens de recouvrer ces impayés qui font qu’il n’est pas utile d’utiliser un moyen de pression aussi violent. Un distributeur peut envoyer une lettre de mise en demeure dans laquelle on demande à l’usager de payer sa dette en s’appuyant sur différents principes juridiques. Si, à partir de là, la facture n’est toujours pas réglée, on peut saisir la justice en faisant une injonction qui peut être délivrée par un huissier de justice. Si le paiement n’est toujours pas réglé, on peut faire une saisie sur salaire, sur meuble ou sur compte bancaire. Dans le cas d’une régie publique, on aura recours à un tiers détenteur. Cela permet au Trésor public d’exiger d’un tiers le paiement d’une somme qui est due. Il y a plusieurs solutions qui sont possibles. Mais malgré cela, ce sont les coupures d’eau qui sont énormément pratiquées. »
Et selon les distributeurs, ces solutions seraient moins compliquées pour eux ?
« Oui. Et il y a un business qui se cache derrière cela. Quand on coupe l’eau, au-delà de la coupure d’eau, il y a des frais de coupure qui sont facturés, des frais de remise en eau. La somme de tous ces frais d’interventions est parfois plus élevée que la facture initiale. »

A côté des coupures d’eau, les multinationales procèdent fréquemment à des réductions de débit d’eau qui, selon elles, n’empêcheraient pas les familles de vivre dignement.
« Bien entendu, c’est faux. Les conséquences d’une réduction de débit sont similaires à celle d’une coupure d’eau. Une réduction de débit, c’est ce que l’on appelle le lentillage. On pose une petite pastille avec un trou dans la canalisation de l’usager, ce qui va réduire son alimentation en eau. L’usager va juste avoir un petit filet d’eau. Dans ces conditions, il est compliqué de prendre une douche, parce qu’il faut remplir une bassine d’eau, attendre qu’elle se remplisse. Souvent avec une réduction de débit, le chauffe-eau ne fonctionne pas. Il faut faire chauffer l’eau. C’est une procédure qui doit être répétée plusieurs fois par jour, tous les jours, pour laver la vaisselle, le linge ou cuisiner. Le préjudice moral est très grand et la vie de la victime est totalement bouleversée. »
Rappelons aussi que ces réductions sont tout aussi illégales que les coupures.
« Dès le 13 mars 2015, il y a eu la première condamnation pour réduction de débit. Depuis, sept condamnations à ce sujet ont été prononcées. Cela a permis la construction d’une jurisprudence à ce sujet qui fait qu’aujourd’hui, toute récidive de la part d’un distributeur traduit un déni de la législation en vigueur. »
Poussons enfin le raisonnement des distributeurs à l’extrême. L’eau au robinet, ce n’est pas si vital que cela… On peut acheter des bouteilles comme substitution.
« Il faut comprendre que, sans eau, c’est tout un quotidien qui se retrouve bouleversé. On va avoir tendance à se débrouiller autrement, en allant chez le voisin, chez des proches, pour se doucher ou remplir des bidons d’eau, ou en allant acheter des bouteilles. Mais comme on ne peut ni se doucher, ni laver la vaisselle, le linge, ni tirer la chasse d’eau ou boire, il faut acheter beaucoup d’eau. Selon l’OMS, il faut 20 à 50 litres d’eau pour boire et satisfaire ses besoins d’hygiène, par jour et par personne. Cela signifie qu’il faudrait acheter plus de trois packs de bouteilles d’eau de neuf litres par jour, par personne. Et c’est sans compter l’eau nécessaire pour cuisiner par exemple. Cela nécessite un budget conséquent, de pouvoir transporter cette eau, et donc d’être en bonne forme physique et d’être véhiculé. Ce sont des facteurs qu’on ne retrouve pas forcément chez des victimes de coupure d’eau qui sont souvent en situation de précarité. »
Et les coupures d’eau feront l’objet d’un livre publié par la Fondation France Libertés, dans lequel ces idées reçues seront recensées. Il paraitra dans le courant du premier trimestre 2018.
Pour aller plus loin :
- Agir pour rendre le droit à l’eau effectif
- En justice contre les coupures d’eau et réductions de débit
- Que faire en cas de coupure d’eau ?
- « Complément d’enquête » sur les coupures d’eau illégales – France 2, septembre 2017
[youtube https://www.youtube.com/watch?v=_O1NEEYbjIk]
Le Retour de Moby Dick !
A l’occasion de la sortie de son livre » Le retour de Moby Dick », François SARANO nous parle des passionnantes découvertes et des émotions rencontrées lors des rencontres avec les clans de cachalots cotoyés près de l’île MAurice. Anecdotes et émotions garanties …
Pierre Rimbert (Le Monde diplomatique) : L’info pour les pauvres, l’info pour les riches (rediffusion)

Attention ! La chronique qui suit va déranger ! Du moins, ceux qui, naïvement, clament encore que « c’est dans le journal, donc c’est vrai ! »
Rencontrer et écouter Pierre Rimbert du « Monde diplomatique »[1] durant plus d’une heure sur le thème de la liberté de la presse (conférence à l’IHECS, école de journalisme et communication, Bruxelles, le 9 novembre 2017), c’est vivre une plongée structurée et implacable qui demande quasiment un engagement immédiat afin que certains décideurs et politiques arrêtent de prendre les citoyens pour des sous-développés intellectuels et culturels !
Première question à Pierre Rimbert : qui possède la presse (en France, et c’est valable pour d’autres pays, bien entendu) ?
– De gros industriels, des milliardaires, de grandes familles. Avec ces dernières, on peut parler de féodalité héréditaire et transnationale.
Pourtant, on dit que la presse va mal ? Dès lors, pourquoi achètent-ils des journaux qui coulent, par exemple ?
– Parce que c’est une accessibilité au pouvoir. Et les patrons de presse savent très bien que les politiques vont venir manger dans leurs mains !
Quelques exemples édifiants

Pierre Rimbert évoque quelques exemples précis pour corroborer cette entrée en matière et poursuivre sur la mainmise de ces patrons de presse à divers niveaux :
- TF1 ne parlera jamais des problèmes de bétonnage défectueux dans les centrales nucléaires, puisque c’est le constructeur Bouyghes qui est également le patron de la première chaîne d’Europe du JT de 20 heures ! Canal+ n’évoquera pas le sort des ouvrières dans certaines usines dont Bolloré est aussi le patron. Quant au Figaro, il ne tarira jamais assez d’éloges sur la vente d’avions construits par Dassault, propriétaire de ce média.
Alors, leur politique est la suivante : on va faire ce qui intéresse les gens, car ça nous rapporte de l’argent ! C’est la censure par l’audience. Ils vont diminuer les budgets pour des reportages d’investigation pour faire place, par exemple, à un Cyril Hanouna, payé quelque 250 millions d’euros !
Et la déontologie journalistique dans tout ça ?
- Eh bien, quand vous êtes propriétaire d’un journal, vous nommez des rédacteurs en chef et des directeurs éditoriaux qui ne vous contrediront pas ! À vrai dire, les médias peuvent à présent se vendre ou s’acheter comme des bottes de poireaux, car l’info est devenue une marchandise !
Et ce n’est pas tout…
- L’info est devenue 64% du copié-collé, 40% des Américains lisent les informations sur Facebook, qui les filtrent, bien sûr, malgré leur slogan : « On distribue les « bons » messages ! », ce qui, à vrai dire, leur fait dix milliards (de dollars) de recettes par semaine ! Et puis, voici certaines rédactions qui confient à des robots l’information. Ils sont basés sur des algorithmes qui mesurent la densité des sujets minute par minute en fonction des recherches opérées par les gens sur les moteurs de recherche !
(re)trouver une info de qualité ?

Si on ne change rien, si on ne refonde pas la presse, adieu, donc, à une information de qualité !
– Je constate que les commentaires de presse sont encore fort prisés par des lecteurs et c’est la preuve que des gens sont intéressés par le véritable travail journalistique. Il faut donc profiter de la masse d’informations et trois interventions sont à envisager :
- Faire savoir ce que je viens de vous dire !
- Soutenir la presse indépendante du « Monde diplomatique » à « POUR » en passant par des radios (« Fréquence Terre ») qui osent faire de la vraie info sans contrainte aucune et qui prônent la liberté d’expression, en somme.
- S’appuyer sur les deux points précédents pour revendiquer que la presse qui est aux mains de « puissants » en tienne compte, eux y compris !
En conclusion (provisoire) : pas question d’une info « banale » pour les pauvres et une info de « qualité » pour les riches !

[1] Membre d’Acrimed (ActioncritiqueMédias) et auteur de « Libération, de Sartre à Rothschild », Liber-Raison d’Agir (2005).










