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Baromètre des villes cyclables : les villes ont encore des efforts à faire

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© IBikeStrasbourg

Les villes françaises ont encore des efforts significatifs à faire pour favoriser les déplacements à vélo de leurs habitants. C’est ce qui ressort du dernier baromètre des villes cyclables publié par la Fédération française des Usagers de la Bicyclette (FUB). 316 communes de France métropolitaine et d’outre-mer ont été passées au crible des habitants via le site de la fédération. Les résultats 2017 du classement mettent en avant les difficultés des citadins à se déplacer à vélo confortablement et en sécurité. Au final, seulement 21 villes ont obtenu une note supérieure à la moyenne.

Vélos FUB
© FUB

Au palmarès des villes de plus de 200 000 habitants les plus vélo-compatibles, c’est Strasbourg qui se trouve sur la première marche du podium. Avec une note moyenne de 4,10 sur 6, la capitale alsacienne obtient de très bons résultats sur la plupart des critères testés, que ce soit sur la disponibilité des vélos en libre-service, la qualité du réseau de pistes cyclables, ou la possibilité de faire réparer son vélo facilement. 8% des Strasbourgeois circulent à vélo dans la ville qui dispose de 600 kilomètres de pistes cyclables, 6 000 vélos en libre-service, des parkings dédiés et des rues où les vélos sont prioritaires sur les voitures.

Avec une note de 3,91 sur 6, Grenoble s’adjuge la tête du classement des villes de 100 à 200 000 habitants. Les Grenoblois saluent les efforts importants faits par leur municipalité pour favoriser les vélos et affirment que circuler à bicyclette en ville est agréable. Notons encore que c’est La Rochelle qui est distinguée parmi les villes moyennes de 50 à 100 000 habitants. Là encore, la place faite à la petite reine depuis de nombreuses années est saluée par les Rochelais.

Au-delà du palmarès, les Français restent relativement critiques sur le développement de la politique en faveur du deux roues dans la cité. Et ce sont principalement les enfants et les seniors qui se sentent exclus de la mobilité à vélo. Une mobilité pourtant essentielle à leur autonomie et à leur santé.

Pour développer un réseau cyclable performant pour tous, la FUB demande la création d’un fond national vélo doté de 200 M € par an. Il s’agit d’aider les villes à investir dans leur réseau d’itinéraires cyclables. La fédération s’appuie sur les exemples de villes où la politique cyclable fonctionne comme à Nantes, ou à Chambéry.

Les Français ayant participé à l’enquête suggèrent aussi que le vélo peut sauver le train régional. Pour augmenter la fréquentation des TER, et éviter que les lignes les moins utilisées soient fermées, il faut favoriser le rabattement à vélo vers les gares. La France ne compte que 30 000 places de stationnement vélo en gare contre 440 000 aux Pays-Bas où la symbiose train-vélo a transformé le transport en commun en un système « porte-à-porte ». La gare de Grenoble notamment montre la voie aux autres communes françaises avec des ses silos à vélo ultramodernes.

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Rond-point cyclable à Eindhoven (Pays-Bas) © Cyclable.com

Le vélo est un enjeu majeur pour répondre aux crises sanitaires, souligne encore la FUB. Il est un outil de lutte contre la pollution, le bruit, ou la sédentarité. Il peut également favoriser l’insertion sociale, la recherche d’emploi par une mobilité retrouvée, et permettre de gagner un peu de pouvoir d’achat.

La Fédération française des Usagers de la Bicyclette souhaite que la future loi d’orientation des mobilités donne une impulsion nationale aux politiques cyclables locales. Le Plan vélo, annoncé par la ministre des Transports, doit en particulier inciter les villes françaises à investir enfin sérieusement dans les infrastructures cyclables… Pour permettre aux Français de choisir librement de se déplacer à vélo en toute sécurité pour sa santé, son portefeuille et l’environnement.

Pour aller plus loin :

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=sTOIr2uWsPM]

Brevet de l’IRD : le sentiment d’injustice du peuple Wayana de Guyane

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Tapo Aloïke © France Libertés

Les droits des peuples autochtones ignorés ! C’est en ces termes que la Fondation France Libertés a réagi le mois dernier après la décision de l’Office européen des brevets de reconnaitre un brevet déposé par l’IRD, l’Institut de Recherche pour le Développement. Ce brevet porte sur les propriétés antipaludiques de la plante Quassia Amara (aussi appelée Couachi), identifiées en Guyane grâce à l’apport de savoirs traditionnels.

  • Tapo Aloïke est un autochtone Wayana de Guyane. Actuellement étudiant en philosophie à Toulouse, il est allé à Munich, en Allemagne, pour témoigner devant l’Office européen des brevets et faire valoir les droits de son peuple. Sans succès. L’office lui a refusé le droit de prendre la parole.

Au micro de Fréquence terre, Tapo Aloïke témoigne du combat de son peuple. L’étudiant a le sentiment d’avoir été exclu du débat.

« Je ne dirai pas que c’est humiliant, mais c’est un peu réducteur. Cela a été un choc. On a refusé d’entendre la communauté amérindienne, son avis, ses positions, ses choix, ses décisions. Cela m’a un peu touché. Je n’ai pas ressenti de haine mais un sentiment d’injustice et de négligence. Une sorte de mépris. J’ai l’impression qu’on n’était pas considéré au niveau des instances européennes. »

Quel est le sens du témoignage que vous vouliez porter ?

« C’était un message de constat. Il y a eu pendant des années une forme d’injustice. Aujourd’hui, c’est quelque chose qui persiste. On est attaqué par la société qui prend une place énorme dans notre manière de vivre, dans notre monde, qui amène à un certain effacement de notre identité comme peuple amérindien. Nous sommes victimes de l’exploration de l’Amérique. Que nous soyons considérés et qu’on arrête cette forme de pillage de nos savoirs, de nos terres, de nos richesses ! »

En quoi la Quassia Amara est-elle symbolique pour les Wayana ?

« C’est une plante qui est assez importante. C’est la plante qui a des vertus curatives, en particulier antipaludique, qui est utilisée par toutes les communautés amérindiennes, que ce soit en Amérique du Sud ou centrale, et pas seulement spécifique aux Amérindiens de Guyane. Pour notre communauté, cela fait partie du patrimoine, des connaissances et de la richesse des traditions amérindiennes. Le fait d’avoir une exclusivité sur cette plante, pour nous c’est un affront qui aurait pu être arrangé par notre participation à l’OEB. On le prend encore plus mal. Il y a une sorte de mépris. On refuse de reconnaitre notre participation à la découverte de cette plante, même si nous en tant qu’Amérindien, on a utilisé cette plante de manière générale pour ses vertus. Mais on avait bien connaissance, et découvert de manière constatable, que cette plante avait bien des propriétés curatives. »

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La Quassia Amara, aussi appelée Couachi

Avec ce brevet de l’IRD, quel est le sentiment de votre communauté ?

« La communauté amérindienne de Guyane a un sentiment d’injustice. On se méfie maintenant des Européens qui viennent faire des recherches, parce qu’on ne nous témoigne pas de respect ni de reconnaissance, ni de considération. On n’a plus envie de faire d’efforts. Nous offrons des choses, nous avons une certaine générosité, mais il n’y a pas de retour, ni de reconnaissance. »

Quelles sont les conséquences de ce brevet pour votre peuple ?

« Le brevet va changer des choses dans le sens strict. L’IRD, qui possède ce brevet, peut interdire l’utilisation de la plante. De manière juridique, l’IRD privatise cette plante. Nous, les peuples autochtones, nous n’avons plus, en théorie, le droit d’utiliser cette plante. Nous n’avons pas de retours. Il n’y a pas eu de consentement. On veut bien partager nos savoirs, c’est un plaisir. Mais nous vivons dans un monde où tout n’est qu’intérêt du modèle occidental. Il faut savoir que nous sommes particulièrement en difficultés par rapport à notre insertion dans ce monde que nous ne maîtrisons pas. Notre contribution à améliorer ce monde par le biais de notre connaissance, par ce partage-là, n’est pas récompensé. Ce monde ne nous renvoie pas d’ascenseur en retour pour que nous puissions mieux nous adapter. »

Tapo Aloïke et sa communauté souhaite simplement une reconnaissance de leurs droits et de leurs apports à la recherche. Pour que la richesse de leurs terres bénéficie directement au développement des peuples autochtones et de la Guyane.

Pour aller plus loin :

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=e0uo6ScwCpU]

Nocturne pour Stanislas d’Annie Degroote (Presses de la Cité)

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ft150 3« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

 nocturne pour stanislas150Natif d’une petite cité ardennaise où Guillaume Apollinaire vécut ses premières expériences amoureuses avec une jeune fille du bourg, la citation de l’illustre poète qui débute le roman « Nocturne pour Stanislas » d’Annie Degroote, auteure majeure aux « Presses de la Cité », fut une sorte de prélude à son récit empreint d’une grande sensibilité sur fond de saga familiale, d’exil et de rapports tourmentés :

« Les masques sont silencieux

Et la musique est si lointaine

Qu’elle semble venir des cieux… »

Hania, née en 1978, une passionnée de dessin de mode, c’est Anne-Sophie Koslowski, une Française de Douai aux origines polonaises. De famille ouvrière, brillante étudiante, une mère dépressive, un père passif ou désabusé, mais une grand-mère, Wanda, qui est un véritable trésor ne souhaitant que le bonheur de sa petite-fille.

C’est cette personne âgée, sage, apaisante, joyeuse et tendre, aux yeux emplis d’amour, des yeux qui, pourtant avaient côtoyé les ténèbres, lui avais dit : « Tu as besoin de vivre hors du cercle familial, de suivre ta voie, ton destin, tu as l’âme d’une artiste… »

Cette fameuse âme slave se retrouva à Lille et, un soir, elle fut invitée à écouter du Chopin chez une certaine Wilhelmine Berriez, veuve septuagénaire, habitante d’une vaste maison appelée le « Château ».

Quand Michal, le pianiste, interpréta Chopin, Hania se rappela les paroles de sa grand-mère : « Les anges existent, ils nous parlent par la musique ».

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Annie Degroote.

Alors, durant plus de 300 pages, Annie Degroote emmène le lecteur à découvrir le grand-père Stanislas, partie intégrante, ô combien marquante, des origines de Hania.

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La sépulture de Chopin au Père-²Lachaise est toujours fleurie depuis des décennies… (Photo Guelff).

Ce livre est absolument superbe, à l’instar d’une nocturne de Chopin et, comment ne pas accueillir avec bienveillance les propos de Wilhelmine qui déclare à Hania : « Du haut de mes 73 ans, avec mes modestes moyens, je tente de lutter contre ces frontières que sont les barrières sociales. À nous d’abolir aussi celle de l’âge… c’est déjà assez désolant de vieillir, non ? Que l’on ne vienne pas me dire le contraire ! J’aime unir jeunes et aînés, sans cette frontière absurde et invalidante. Ce sont de très jeunes musiciens, Chopin, Mozart et les autres… qui ont réuni les peuples, toutes générations confondues. La spiritualité, la culture, l’art transcendent les frontières. »

Mais, au fond, pourquoi Wilhelmine tenait-elle tant à chaperonner Hania ?

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1968-2018 : Mai 68 et Bruxelles : « Toujours les mêmes qui s’en tirent ! » (3/5)

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ft150 2Cinq chroniques consacrées au 50e anniversaire de Mai 68 : Slogans, Radio Barricades, Che Guevara, Mai 68 et Bruxelles, L’« autre »  Mai 68 : pacifisme libertaire, désobéissance civile, activisme non violent, Les « enfants » de Mai 68, la presse alternative, Mai 68 perçu dans les médias cinquante ans plus tard…[1]

Loin de moi l’idée de polémiquer avec des autorités bruxelloises qui décidèrent de célébrer Mai 68 à travers de nombreux événements dans la capitale de l’Europe, en cette année 2018, mais ma réaction (reprise par le magazine « POUR ») fut assez cinglante :

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La réaction de notre chroniqueur également publiée dans le magazine « POUR ».

« Lorsque débutèrent, en France, les événements de Mai 68, plusieurs ouvriers – dont moi -, certains étant membres de la FGTB et/ou du PSB, avons interpellé ces syndicat et parti socialistes afin, entre autres, de pouvoir aussi mener un combat pour que soit prise en considération notre condition ouvrière assez semblable à celle de nos camarades de l’Hexagone. Nous fûmes, tout simplement (?),  muselés et cadenassés, certains étant même menacés (cela reste du témoignage verbal, donc je n’ai aucune preuve tangible) de licenciement. Certes, il y eut à Bruxelles un « Mai 68 », mais lequel ? Celui de l’intelligentsia qui discourait à l’ULB, une vague perturbation estudiantine à la RTBF et puis, quoi sur le front du monde du travail ? Rien, ou, alors, vraiment pas grand-chose. »

2018-Année de la Contestation

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Karine Lalieux (PS), échevine de la Culture à la Ville de Bruxelles (Photo : prise d’écran facebook).

 La réponse officielle me parvint de la part de Karine Lalieux, échevine de la Culture : « Ne vous méprenez pas, il ne s’agit pas pour moi de célébrer les événements de Mai 68, mais plutôt de les interroger et, plus encore, de nous interroger collectivement sur la contestation aujourd’hui. L’année thématique s’intitule en effet « 2018-Année de la Contestation. »

Pour corroborer mon vécu, je me suis appuyé sur divers témoignages. Celui de Marie-Christine, une Wallonne de 65 ans : « Mai 68, j’avais 15 ans, élevée chez les sœurs, j’ai dit à mon papa que nous les jeunes allions balayer tous les vieux débris. La main de mon géniteur resta quelques temps sur ma joue. »

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Ouvrage dont il a été question dans notre rubrique « Littérature sans Frontières ».

Dans son ouvrage « Laisse tomber les filles » publié chez Albin Michel, Gérard de Cortanze, évoque mai 68 et a consacré exactement une phrase à la Belgique : « En Belgique, l’Université de Bruxelles, sur laquelle flottent des drapeaux rouge et noir, s’est déclarée université libre. »

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Paul Couturiau, écrivain établi en France, réalisait ses études à Bruxelles en mai 68.

Paul Couturiau, écrivain belge domicilié en France, faisait ses études secondaires dans la capitale belge en cette période et sa déclaration ne souffre pas la moindre contestation, je pense : « Bruxelles et Mai 68 ne me semblent pas aller de pair. »

Impérialisme artistique

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Calicots de Roger Somville en mai 68 à l’Université Libre de Bruxelles (photo reproduite avec l’autorisation de Maxime Tondeur Rouges.Flammes.blogspot.be, que nous remercions).

 Que l’on évoquait l’Université Libre de Bruxelles, le peintre Roger Somville fut l’une des figures marquantes de cet événement puisque c’est lui qui, sur des draps de lit, fit les calicots. Il s’en expliqua[2] : « En une heure, j’ai aussi peint à l’acrylique un grand drap intitulé « Grosses têtes de l’université et divers gros oiseaux »… On me rapporta qu’un écrivain s’en était insurgé : « Somville fait de l’impérialisme artistique » 

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Jean Solaz au micro de « Fréquence Terre ».

Jean Solaz, jeune espagnol sous Franco, grand-père fusillé à Valence, s’exila en Algérie, puis à Paris, Genève, pour aboutir à Bruxelles et y tenir, durant des décennies, une librairie-galerie[3] ouvrant la porte aux artistes, dont Schuiten, Geluck et Somville. Une complicité allait naître entre l’exilé espagnol et l’auteur des calicots du Mai 68 bruxellois. Il lui rend hommage et rétablit les choses face à l’attaque dont il fit l’objet :

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Une oeuvre de Roger Somville (1923 – 2014). Ce peintre engagé est exposé au Musée d’Art Moderne de Bruxelles et à celui d’Anvers, à l’Ermitage de Leningrad, au Musée Pouchkine de Moscou, à Mexico, Paris, La Havane…

« Cette réflexion me semble tout à fait aberrante. Impérialisme culturel, ça ne veut rien dire. Je suis un peu interloqué. Roger Somville, c’était l’impérialisme de la Femme, de la liberté des autres, surtout… J’adore son trait, ses couleurs, ses mouvements énergiques de l’homme qui se bat ! »

Alors, Mai 68 à Bruxelles ? Des philosophes et sociologues du cru évoquèrent « une entreprise de libération des consciences et des modes d’expression, une atmosphère d’opposition à la guerre du Vietnam, à la dictature des colonels en Grèce, à un besoin de révolution… »[4] ; pour ma part, j’ai continué à percevoir 1,27 euro de l’heure à raison de 43 heures par semaine en usine et sur chantier, sans parler des heures supplémentaires du week-end pour mettre un peu de beurre sur mes tartines.

Toujours la même histoire

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Affiche de Mai 68 (Internet).

Dans son ouvrage, Gérard de Cortanze cite un père qui a connu des sévices, en 1938, et qui dit à son fils revenant du Quartier Latin : « Ce sont les fils de bourgeois qui font ta fameuse révolution. Quand elle sera finie, ils vous laisseront tous tomber, retourneront à leurs études, à leurs voitures de sport, dans leur appartement du 5e arrondissement, et partiront en vacances pendant que les autres, les fils d’ouvriers, profiteront de ces mêmes vacances pour travailler et payer leurs études. Le bec dans l’eau. Toujours la même histoire. Toujours les mêmes qui s’en tirent. Toujours les mêmes qui y laissent leur peau.

La prochaine chronique sera consacrée à L’« autre » Mai 68.

[1] « Night in white satin », Moody Blues, 1967, « Éloïse », Barry Ryan, 1968, « San Francisco », Scott Mc Kenzie.

[2] Site de l’ULB, Espace libre, 2003.

[3] Galerie Gavillan, Place Dumon 9-1150 Bruxelles, www.facebook.com/GavilanExpo/

[4] « La Libre Belgique », avril 2008.

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« La Nuit de l’usine » ou la revanche des perdants d’Eduardo Sacheri (Éd. Héloïse d’Ormesson)

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ft150 1Littérature sans Frontières est une chronique de Pierre Guelff.

 DSC01738Avec « La Nuit de l’usine » d’Eduardo Sacheri paru aux Éditions Héloïse d’Ormesson, voici un roman touchant, révoltant, poignant, parfois sur fond de misère sociale ou, contraste saisissant, d’opulence et d’affairisme, le tout souvent teinté d’un humour décapant. Ce livre de près de 440 pages m’a beaucoup plu, car on y est littéralement scotché de la première à la dernière page. Pas une page ne lasse le lecteur, car l’histoire contée se déroule à un rythme soutenu.

Pourtant, le décor et les principaux personnages, la « bande des sept tocards », comme précise l’auteur, sont, pour la plupart, sans grande particularité et se fondent comme le commun des mortels dans le quotidien de la petite cité argentine d’O’Connor, abandonnée et oubliée des autorités depuis la fermeture définitive d’une usine. Seuls les pauvres et les ratés restent sur place : « Trop bêtes ou trop fainéants », disent les femmes. Ceux qui ont réussi, surtout les jeunes qui ont fui ce village éteint et triste, habitent la capitale, ou La Plata, ou Rosario. Ils sont devenus médecins, avocats, comptables et ne reviennent plus à O’Connor.

Mais, brusquement, à cause d’un banquier véreux et d’un nanti sans scrupule qui, tous deux, sont de mèche pour les spolier de leurs économies qu’ils grappillèrent ci et là pour relancer une exploitation agro-alimentaire, ces tocards du village, mus par le désespoir, se mobilisent. Et de quelle manière !

« Être un salaud et se croire quelqu’un de bien. Comme ça, tu fais ce que tu veux. Tu baises tout le monde et tu dors du sommeil du juste ! » dit l’un de la bande à un comparse en parlant de Manzi, le nanti complice du banquier véreux. Alors, une machination explosive se met en branle de manière minutieuse par le groupe. Elle sait  que Manzi a placé le produit des  détournements empilé en liasses de dollars et de pesos dans une cache sous terre, en pleine nature et les sept volés mettent au point un programme pour récupérer leur argent, malgré les alarmes, contrôles, failles dans leur préparation…

Durant 440 pages, on suit, pas à pas, la mise en place de récupération de leurs avoirs par ce commando hors norme, avec sa naïveté, ses maladresses, mais, aussi, la lente montée d’angoisse de Manzi.

Mot d’ordre du groupe : « Si on ne fait rien, on se fera davantage bouffer. Si on fait quelque chose et ça tournera mal, ils nous boufferont aussi. Donc… »

Donc, il faut garder le secret de l’attaque de la chambre forte creusée au milieu de nulle part, mais placée sous haute surveillance et, inutile de préciser que la tâche n’est pas aisée…

En d’autres termes, un fantastique ouvrage d’un combat prolétarien contre des nantis malhonnêtes !

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Un brevet biopirate légalisé en Guyane : « Un déni du droit »

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Le 21 février dernier, l’Office européen des brevets a validé un brevet considéré comme biopirate. Déposé par l’IRD, l’Institut de recherche pour le développement, ce brevet porte sur les propriétés antipaludiques d’une plante de Guyane française, la Quassia Amara utilisée par les populations autochtones dans leurs remèdes traditionnels ancestraux pour lutter contre le paludisme. L’IRD a choisi de breveter la molécule extraite à son seul bénéfice.

Un cas flagrant de biopiraterie selon les associations, dont France Libertés, qui ont fait opposition à la demande de brevet devant l’Office européen des brevets. Sans succès.

  • Avec Leandro Varison, juriste spécialisé Droits des peuples à la Fondation France Libertés.

Comment interpréter la décision de l’Office européen des brevets ?

« C’est un déni de droit. Cela montre à quel point l’Office européen des brevets a une posture encore hermétique à l’adoption et au respect des droits des peuples autochtones, malgré tous les développements de ces droits à l’échelon international et dans différents pays. L’Office européen des brevets continue encore à être fermer à l’avancée de ces droits. »

En quoi les pratiques de l’IRD, l’Institut de recherche pour le développement, sont-elles condamnables ?

« L’IRD a envoyé en Guyane des chercheurs pour sonder auprès des populations locales quels étaient les remèdes traditionnels qu’elles utilisaient. Des recettes que les chercheurs ont collectés ressortaient des références à une plante, la Quassia Amara, qui est utilisée par la population native de Guyane pour traiter le paludisme. A partir des remèdes traditionnels des communautés guyanaises, ils ont procédé à des recherches pour identifier quelle était la substance que contient cette plante qui permet de lutter contre le paludisme. L’IRD dit, « nous avons trouvé cette molécule, non pas grâce aux savoirs autochtones, mais parce que les chercheurs se sont impliqués dans la recherche. » Dans ce cas, pourquoi ont-ils envoyé des chercheurs en Guyane pour recueillir des recettes traditionnelles ? Les chercheurs eux-mêmes, dans des articles scientifiques qu’ils ont publiés, reconnaissent tout à fait l’apport des savoirs autochtones au développement de la recherche. Ce que nie, par la suite, l’IRD. »

Lors de l’audience devant l’OEB, Tapo Aloïke, le représentant des communautés amérindiennes Wayana de Guyane n’a pas été autorisé à témoigner. Comment l’interprétez-vous ?

« La participation des peuples autochtones dans les affaires qui les concernent est un droit acté dans la sphère internationale depuis des années. Aujourd’hui, dans n’importe quelle instance internationale, il n’y en a pas une seule qui n’accueille pas l’avis des peuples autochtones avant de prendre une décision. La présence d’un représentant autochtone lors de l’audience aurait permis aux examinateurs de poser des questions très précises permettant d’éclairer la démarche de l’IRD et la nouveauté du brevet en question. Or, d’après les règles de procédure de l’OEB, Tapo Aloïke aurait très bien pu prendre la parole. Mais l’IRB a commencé l’audience en refusant le droit de parole à Tapo Aloïke. La seule excuse était « il y a beaucoup de choses à discuter, si on écoute en plus le représentant autochtone, cela va rallonger la procédure. » Ce qui ne veut rien dire. Mais l’OEB a donné raison à l’IRB. C’est révoltant qu’aujourd’hui, en 2018, un représentant autochtone ne soit pas autorisé à parler. C’est étonnant qu’une instance internationale ne respecte pas le droit international des peuples autochtones. »

Office européen des brevets

Quelles peuvent-être les conséquences, pour les peuples autochtones, de la décision de l’OEB ?

« Il y a une conséquence très pratique. C’est le fait que les propriétés de la plante appartiennent maintenant à l’IRD. Si les peuples autochtones souhaitent développer et exploiter leurs savoirs traditionnels concernant la plante, la Quassia Amara (Quassi en Guyane), ils ne le peuvent plus. S’ils essaient de le faire, ils deviennent des contrefacteurs. Les peuples qui sont les détenteurs d’un savoir traditionnels et qui ont découvert les propriétés antipaludiques de cette plante ne peuvent plus le faire. S’ils le font, il doivent demander l’autorisation à l’IRD et payer si l’IRD le demande. Cela a des connaissances plus importantes. C’est le manque de reconnaissance totale et le mépris des populations autochtones. En Guyane c’est un grand enjeu. La reconnaissance des peuples autochtones veut dire que ce ne sont pas des êtres du passé, qu’ils contribuent au développement de l’humanité, y compris la science occidentale. Là, l’IRD est en train de nier tout cet apport de connaissances traditionnelles des peuples autochtones. »

Au-delà de ce cas, comment concilier recherche scientifique et respect du patrimoine et des pratiques ancestrales ?

« Il y a plusieurs exemples dans le monde. Les pays du continent américain nous fournissent de très bons exemples. Au Canada, au Pérou, au Brésil, on voit très bien comment le fait d’associer les communautés autochtones dans tous les étages de la recherche produit de bons résultats. Ce qui m’étonne le plus, c’est que l’IRD, au lieu prendre ce cas pour changer ses pratiques, pour intégrer les communautés autochtones, pour demander leur avis, pour établir de bons rapports avec elles, elle reste fermée. C’est dommage pour l’IRD, c’est dommage pour la recherche française, c’est dommage pour les peuples autochtones. »

 

Fin février, l’IRD a répondu sur son site à France libertés en récusant « vivement les accusations de biopiraterie formulées à son encontre » et affirme qu’elle s’est engagée en mars 2016 « à partager sans restriction les éventuels avantages découlant d’une licence de brevet, selon les modalités qui seront définies par les autorités compétentes en Guyane française, en application du protocole de Nagoya. »

 

Pour aller plus loin :

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=CKwXkrYVdtc]

 

A la reconquête de l’eau dans le Beaujolais (rediffusion)

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Bruno Ducluzaux est ingénieur hydrogéologue. Depuis plus de 10 ans, il porte son attention sur la problématique de la qualité des eaux souterraines.

Et c’est dans le beaujolais, non loin de Villefranche-sur-Saône, au nord de Lyon, que l’essentiel de ses préoccupations sont concentrées. Là bas, il piste toutes les pollutions qui menacent les eaux captées le long de la Saône, et qui sont sensées alimenter le réseau d’eau potable des communes environnantes.

Si les pouvoirs publics annoncent que l’eau potable de la Région est d’excellente qualité, Bruno Ducluzaux, lui affirme le contraire. Pour lui, les eaux de captages et les nappes souterraines subissent de multiples pollutions. Un peu partout dans le département, la qualité de l’eau potable laisserait à désirer.

« L’eau captée est polluée par les pesticides, les HAP et les perturbateurs endocriniens des cours d’eau. De plus, l’autre partie de l’eau provient des versants, sur lesquels des zones industrielles ont été installées dans les années 1970. »

Cette contamination est due, notamment, aux endroits où l’eau est captée, comme par exemple à Villefranche-sur-Saône.

Les analyses officielles laisse penser que les rhodaniens boivent une eau d’excellente qualité. Mais ce ne serait qu’un leurre, d’après Bruno Ducluzaux. Pour lui, les mesures effectuées prennent pour base des seuils de détection des polluants trop élevés.

« D’après la DDASS, 98 % de la population boit une eau qui contient du tétrachloréthylène. D’après les pouvoirs publics, l’eau est d’excellente qualité à Lyon, et il n’y a aucun problème sanitaire dans le Beaujolais. Aucune amélioration n’est possible, car les décideurs nient les problèmes. »

Pour limiter ces pollutions, Bruno Ducluzaux préconise des solutions simples et peu onéreuses à mettre en place.

« Actions immédiates : boucher les drains pour empêcher l’eau des rivières d’arriver directement dans les captages, mettre en place des barrières hydrauliques pour empêcher les polluants industriels d’arriver dans les captages, supprimer les rejets d’eaux usées en amont des captages.

Actions de long terme : abandonner les captages près des rivières, en aval des zones industrielles et des rejets des réseaux d’eaux usées, créer de nouveaux captages dans des zones moins polluées avec une protection de la totalité des bassins d’alimentation : territoires sans industries polluantes, avec une agriculture sans pesticides, ni nitrates. »

Un « Collectif beaujolais des usagers de l’eau » a vu le jour, afin d’informer largement les riverains et de porter ces constats à la connaissance des pouvoirs publics.

Pour aller plus loin:

100 mots pour contrer la rumeur

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ft150Littérature sans Frontières est une chronique de Pierre Guelff.

1518496264 9782130794998 v100Pour présenter cette chronique intitulée « 100 mots pour contrer la rumeur », je paraphrase quelque peu le titre de l’ouvrage « Les 100 mots de la franc-maçonnerie » d’Alain Bauer, ancien Grand maître du Grand Orient de France, et de Roger Dachez, président de l’Institut maçonnique de France, essai réédité dans la célèbre collection « Que sais-je ? » des « Presses Universitaires de France ».

Ils l’ont signé en commun et cheminent vraiment à l’essentiel en expliquant le vocabulaire propre à cette philosophie non dogmatique discrète et, de la sorte, cassent maintes rumeurs, dont la tristement et récurrente théorie du « complot judéo-maçonnique ».

Ainsi, pour contrecarrer tous les fantasmes, descriptions simplistes et erronées, approches réductrices, les avis hostiles, les portraits contradictoires…, rien de tel qu’une attitude pédagogique pour expliquer que la franc-maçonnerie est « un univers de valeurs et de culture où il appartient à chacun de se construire et, ce faisant de contribuer à édifier la cité humaine. »

Si cet ouvrage s’adresse principalement aux profanes, je pense que certains francs-maçons peuvent aussi y relire, disons, leurs classiques, ne fût-ce que pour leur rappeler, si besoin est, qu’en 2017, on célébrait non pas le 300e anniversaire de la franc-maçonnerie, mais le 300e anniversaire de la franc-maçonnerie spéculative, car, exemple parmi d’autres, ses trois grades symboliques (apprenti, compagnon et maître) « sont des héritages directs de la tradition opérative ».

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Alain Bauer et Roger Dachez (Photos France 5 et Babelio)

Alain Bauer et Roger Dachez le rappellent de manière explicite : « La franc-maçonnerie, de même qu’elle emprunte aux ouvriers des cathédrales la symbolique de leurs outils, s’est inspirée de l’Ordre du Temple – dont elle ne dérive en rien – pour faire revivre les valeurs chevaleresques. En effet, de même qu’ils ont voulu être les ouvriers de l’esprit, les francs-maçons spéculatifs ont très tôt souhaité devenir aussi des chevaliers de l’idéal. » Mais, insistent les auteurs, « ne confondons pas le modèle et l’origine ».

Autre précision notoire, la symbolique maçonnique a également emprunté des apports significatifs à l’alchimie : « Le travail alchimique est une allégorie de l’Initiation ». Pierre philosophale, athanor, cabinet de réflexion, quelques hauts grades, rites… convergent vers la transformation fondamentale dans la quête spirituelle et l’édification d’une société humaine. Et puis, ajoutent les auteurs, « la face spirituelle et mystique des Lumières s’est aussi exprimée dans la franc-maçonnerie ».

Puisqu’il est question d’Initiation, pour Alain Bauer et Roger Dachez il s’agit « d’un engagement intellectuel et moral, parfois, une voie spirituelle, d’où l’émergence du concept de spiritualité maçonnique ou laïque. Tout le contraire de la certitude dogmatique et de la soumission religieuse. » Pour d’aucuns, cette expérience humaine, dont la vérité est inscrite dans le cœur de chaque maçon, est le seul et véritable secret maçonnique et le fondement de la fraternité.

Je termine cette chronique par cette mise au point de la part des auteurs : « La fraternité vécue au quotidien par les Sœurs et les Frères est pour eux une valeur humaine qu’ils mettent en pratique, sans pour autant ignorer les fausses sœurs et les faux frères et les quelques crapules qui se glissent dans leurs rangs et n’y ont pas leur place. »  République des petits copains et affairistes y compris. Cela méritait aussi d’être spécifié.

Musique : La Flûte enchantée de Mozart, Orchestre symphonique Joseph-François Perrault de Montréal, 1011, youtube.

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Le droit à l’eau de retour dans le débat public

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Le droit à l’eau et à l’assainissement sera-t-il un jour un droit effectif pour tous ? Il y a un an, en février 2017, une proposition de loi portée par plusieurs associations était débattue par les parlementaires. La discussion s’est interrompue alors que le texte était sur le bureau des sénateurs. La fin de session parlementaire et les élections présidentielles et législatives ont stoppé l’examen du projet de loi.

Mais, 2018 pourrait bien être l’année du droit à l’eau en France. Dans une lettre ouverte, France Libertés, la Coordination Eau bien commun France et la Coalition eau interpellent les parlementaires pour relancer le débat.

Vous reprenez le flambeau de ce combat pour faire reconnaître le droit à l’eau. Avec les associations qui vous soutiennent, qu’attendez de la part des élus par rapport à l’ancienne mandature ?

« Pour nous c’est une continuité. On a l’ambition de faire en sorte que le droit à l’eau soit reconnu en France. On n’a pas réussi à le faire dans le précédent quinquennat. Là, on a fait le choix, avec la quarantaine d’associations engagées sur le sujet, de faire une lettre à l’ensemble des parlementaires pour leur indiquer les priorités qu’il y avait à mettre le droit à l’eau en œuvre dans notre pays. On espère, par ce travail, constituer un petit groupe de parlementaires vraiment engagés sur le sujet pour qu’ils nous aident à construire une proposition de loi pour que, dans un horizon de deux ou trois ans, le droit à l’eau soit validé. »

Le 1er février, le groupe des Insoumis a tenté de faire passer une loi pour faire de l’accès à l’eau un droit inaliénable. Sans succès. Le texte n’a même pas pu être discuté. Ce n’est pas vraiment de bon augure pour votre démarche ?

« Ce n’est jamais inintéressant d’avoir une proposition de loi qui arrive à l’assemblée sur le thème de l’eau. Nous avons soutenu la proposition faite par les Insoumis. C’était une proposition très ambitieuse qui proposait une révision constitutionnelle pour la mise en œuvre du droit à l’eau. Il y a eu un vrai débat très intéressant. Derrière ce débat, il ressort que, dès que l’on parle de l’accès à l’eau, tout le monde à une vision particulière. Mais on ne pense pas à protéger ceux qui devraient l’être. On va donc faire le choix de vraiment axer notre proposition sur le droit à l’eau, sans parler de l’accès, pour pouvoir valider que l’eau, c’est la vie. Le fait d’avoir droit à une quantité d’eau pour vivre est quelque chose d’absolument nécessaire. Si on pouvait, dans ce quinquennat, franchir cette première étape de dire, article 1, le droit à l’eau pour tous est garanti par l’Etat., ce serait formidable. Ensuite, il y a la loi Brottes qui va arriver à terme. C’était inscrit dans la loi qu’il y aurait cinq ans d’expérimentation sur la question des tarifications sociales. Le terme arrive en avril prochain. Le gouvernement va être obliger d’enclencher un processus de proposition de loi pour mettre à jour la loi Brottes et la prolonger. Cela va nous permettre de débattre de l’ensemble des sujets sur la question du droit à l’eau en France. »

Les députés et sénateurs sont-ils vraiment mieux disposés à cette évolution du droit ?

« C’est encore très difficile à dire. Ce que l’on sent, c’est qu’il n’y a pas un engouement formidable sur le droit à l’eau, même si un certain nombre de députés sont sensibles à ces questions-là. On a un groupe LREM qui est important avec plus de 300 députés. On a la possibilité de trouver un petit groupe qui soutiennent la proposition de loi. On va regarder avec eux quels sont les sujets sur lesquels on est d’accord pour faire avancer ce que l’on peut faire avancer sur ce quinquennat. La proposition de loi sera sans doute moins ambitieuse que celle que l’on portait durant les cinq dernières années. Mais on le fera au rythme des parlementaires pour franchir des étapes, marche après marche, pour que le droit à l’eau en France soit une réalité. »

Au mois de novembre 2017, le président Emmanuel Macron a annoncé la tenue prochaine d’Assises de l’eau. Vous en attendez quoi ?

« Pour l’instant, on ne sait pas vraiment. On a très peu d’informations sur la façon dont cela va se mettre en œuvre. Pour nous, les Assises de l’eau, c’est une opportunité. C’est quelque chose que l’on réclamait depuis très longtemps en lien avec l’opération « Transparence » menée avec 60 millions de consommateurs pendant plus de cinq ans. Ce que l’on espère, c’est que ce seront des Assises ouvertes où tout le monde pourra parler, où l’on pourra imaginer le droit à l’eau et l’accès à l’eau et à l’assainissement en France dans un horizon de 30 à 50 ans. Il faut imaginer les solutions indispensables pour demain. On est trop habitué en France à mettre des rustines sur une roue de vélo qui est complètement crevée. On va se heurter à des murs, notamment sur la question des investissements et du renouvellement des réseaux. On se heurte aussi à une réalité d’une partie de la population française qui ne peut pas payer son eau et qui doit être aidée. Si les Assises sont prévues comme quelque chose de très ouvert où l’ensemble des acteurs de l’eau auront la parole, y compris les acteurs de la société civile, ce sera très intéressant. Si par contre c’est fait en catimini entre les trois grands opérateurs et les services de l’Etat, c’est quelque chose que l’on dénoncera. Nous, on est prêt à coopérer avec l’Etat et l’ensemble des acteurs pour faire profiter de notre expérience et donner une voix à la société civile qui replace la problématique de l’eau dans une ambition philosophique : l’eau c’est la vie. Et il faut réfléchir à comment on repense la place de l’eau en France, pour le faire bien chez nous et porter une ambition à l’international. Il faut permettre d’imaginer, demain, ne plus avoir 800 millions de personnes qui n’ont pas accès à l’eau et deux milliards de personnes qui n’ont pas accès à des toilettes régulièrement. Il y a de vrais enjeux. »

Pour aller plus loin :

 

Les organisations qui soutiennent cette initiative

Actionaid France
ADEDE
Association de défense de l’environnement et de la nature de l’Yonne (ADENY)
Association de défense des utilisateurs de l’eau de Salernes
Association Eau Bien Commun Côte d’or
Eau Bien Commun Gard
Collectif national droits de l’homme Romeurope
Coordination Eau Bien Commun Auvergne Rhône Alpes (AURA)
Coordination Eau Bien Commun Bourgogne Franche Comté (BFC)
Coordination Eau Bien Commun Provence Alpes Côte d’Azur (PACA)
Coordination Eau Ile-de-France
Coordination Jurassienne Eau et Assainissement-CoJEA
Eau Vive France
Emmaüs International
FNASAT Gens du voyage
Fondation Abbé Pierre
France Amérique Latine
Green Cross International
Hé’EAU ! Association des Usagers de l’eau d’Héricourt et du Pays d’Héricourt
Hydraulique Sans Frontières
Ingénieurs Sans frontières
Intersolidar
La voix des rroms
Ligue des droits de l’homme
Mouvement Utopia
Réseau foi et justice
Réseau Foi et Justice Afrique Europe
Secours islamique France
Toilettes du monde

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=0V9wuOyiG2o]

1968-2018 : Che Guevara entre espérance et mythe (2/5)

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Très belle peinture de José Chapellier, artiste belge, qui rappelle la « mythique » photographie d’Alberto Korda.

Photos montage Che PGFFT 1Cinq chroniques consacrées au 50e anniversaire de Mai 68 : Slogans, Radio Barricades, Che Guevara, L’« autre »  Mai 68 : pacifisme libertaire, désobéissance civile, activisme non violent, Les « enfants » de Mai 68, la presse alternative, Mai 68 perçu dans les médias cinquante ans plus tard…[1] Aujourd’hui, « Che Guevara  entre espérance et mythe »

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Déclaration de Régis Debray au sujet du Che (Éditions Chroniques).

Pourquoi, plus de cinq décennies après son exécution en Bolivie, Che Guevara[2] suscite encore la nostalgie du modèle de combattant contre l’impérialisme et de la défense des opprimés, alors que, même son compagnon de révolution, Régis Debray, emprisonné et torturé, déclara que c’était « parce qu’il a une belle gueule » mais, surtout, « qu’il est mort avant de devenir un dictateur » ?

Chandails, tee-shirts, macarons, drapeaux, même dans des stades de foot !, autocollants, tasses, verres, cendriers, sculptures, timbres, briquets et autres gadgets à son effigie, des tonnes de livres, des milliers d’heures de reportages, des millions de posters (voir ci-contre), continuent d’être diffusés de cette icône du mouvement révolutionnaire mondial.

Lui qui fuyait comme la peste la société capitaliste, doit se retourner dans le mausolée érigé à Santa Clara.

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Exceptionnel ouvrage consacré au Che par les Éditions Chroniques, 2013.

Che Guevara était un Argentin, brillant intellectuel, empli d’une idéologie magnifique à l’égard des peuples opprimés, mais qui n’hésitait pas à user de la violence pour asseoir sa vision d’un monde plus juste et plus humain. Médecin des guérilleros qui soignait les civils, sa priorité était politique et son romantisme cruel, dit-on, les aléas de sa vie familiale et sentimentale en seraient la preuve. Passionné du jeu d’échecs, son opération avec des « rebelles » congolais fut avortée, et, de cette courte existence, j’ai gardé quelques-unes de ses citations[3]. Une de 1953 : « J’ai juré de ne jamais m’arrêter avant de voir le poulpe capitaliste exterminé », une autre de 1959 : « La diplomatie est l’art de ne pas allier les actes à la parole », celle de 1967, le jour de son anniversaire : « 39 ans, c’est l’âge qui donne à réfléchir ».

Che Guevara[4] eut beaucoup d’estime pour les peuples du Tiers Monde, comme on disait à l’époque. Ceux qui luttaient pour leur indépendance. Il effectua deux visites en Algérie, en 1963, un an après son indépendance, et une autre en 1965. Il y félicita les combattants du Front de Libération Nationale (FLN) pour leur victoire sur, je le cite, « les impérialistes français ». Il considérait même Alger comme la « Mecque des révolutionnaires »[5].

Larbi Adouane, auteur algérien (Kabylie), avait 21 ans en mai 1968, après avoir vécu les affres de la guerre d’Algérie, entre autres.

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Entre 1969 et 1971, dans le cadre de la coopération technique en Algérie, Pierre Guelff a rencontré l’un ou l’autre compagnon(s) cubain(s) du Che.

Entre 1969 et 1971, dans le cadre de la coopération technique à but humaniste, j’ai côtoyé Larbi Adouane, en Algérie, là, où, personnellement, j’ai rencontré l’un ou l’autre maquisard(s), dont des compagnons du Che lors de la révolution cubaine. Il se souvient de cette période :

  •  Qu’est devenu le slogan « Il est interdit d’interdire » ? Durant 1968, je faisais ma terminale à Alger, à l’École Nationale d’Ingénieurs et Techniciens. Parmi mes cours, il y  avait l’initiation à la philosophie avec un professeur coopérant français de gauche. Je ne pouvais donc pas ignorer cette période qui secouait la France, une partie de l’Europe avec des  répercussions  universelles. 
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Larbi Adouane, auteur algérien.

Je suis devenu militant de l’organisation JFLN où j’animais une revue interne, qui fut vite censurée et interdite, mais ma passion première devint la lecture : Rousseau, Marx, Dostoeïvski… Je croyais dur comme fer au socialisme, les effigies de Lénine, Mao et de Che Guevara se succédèrent sur ma veste… Le socialisme me donna des ailes,  la misère sociale, les inégalités, les injustices….seraient vaincues …

Pour  les événements de Mai 68, ce fut, pour moi, un élan d’espérance de la jeunesse pour abattre les dogmes, les frontières, les inégalités de toutes natures. Après  cinquante années, quel bilan  peut-on tirer ?  Il paraît triste : la jeunesse semble avoir cessé de rêver ! C’est vrai que le monde est en plein bouleversement et la jeunesse est à la recherche de nouveaux repères !

Pour terminer cette chronique, je cite encore cette phrase du Che retrouvée dans son journal personnel et écrite peu avant sa mort : « Je n’ai pas eu le courage de tirer sur deux soldats dans un camion ». Peut-être que c’est l’un d’eux qui l’a abattu dans le maquis bolivien en 1967. Et, est-il mort debout, comme il ne cessait de le répéter : « L’homme doit marcher la tête haute, le front vers le soleil, dont la brûlure est l’empreinte de la dignité » ?

La prochaine chronique sera consacrée à Mai 68 et Bruxelles.

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[1] « Night in white satin », Moody Blues, 1967, « Éloïse », Barry Ryan, 1968, « San Francisco », Scott Mc Kenzie.

[2] Extrait de « Hasta Siempre – Comandante Che Guevara » de Nathalie Cardone, 1997.

[3] « La chronique de Che Guevara »,  remarquable ouvrage (photo de couverture et dans le montage au début de la présente chronique) des Éditions Chroniques, Paris, 2013.

[4] Extrait de « Hasta Siempre –  Comandante Che Guevara » de Joan Baez, .

[5] Afrika.com, 2012.