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« La Bataille de l’Eau Noire » : éclatante victoire citoyenne !

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Cinquante plus tard, Pierre Guelff, sur le terrain de la « Bataille – citoyenne – de l’Eau Noire » à la frontière belgo-française.
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L’Eau Noire serpente dans Couvin.

En 1978, à Couvin, jolie ville wallonne d’une douzaine de milliers d’habitants traversée par l’Eau Noire, rivière qui lui donne un charme incomparable, située à deux ou trois kilomètres à peine de la France, non loin des sources de l’Oise et du fameux 50e Parallèle, également en terre belge, le ministre des Travaux publics projetait l’édification d’un immense barrage dans la splendide vallée, en amont de la cité. La remarquable vallée aurait donc été engloutie par cette construction.

Ce barrage démentiel devait être érigé sur un terrain inadéquat, et il fit aussitôt penser à la rupture du barrage de Malpasset, en 1959, en amont de Fréjus, qui fit 423 morts et disparus emportés par 50 millions de m³ d’eau.

Alors, les Couvinois se mobilisèrent et livrèrent une bataille homérique qui finit par emporter le… projet !

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Un remarquable documentaire de Benjamin Hennot (ARTE, youtube…)

Cette action citoyenne démontra que la force d’un mouvement populaire peut vaincre les politiciens et lobbyistes associés. Ses actions étaient des chahuts, chaulages, occupations, corsos fleuris, billets de banque convertis en tracts, création de Radio Eau Noire, première radio libre de Belgique, qui émettait clandestinement depuis la forêt environnante…

Ce mouvement composé de fermiers, ouvriers, fonctionnaires, commerçants, hommes, femmes, jeunes, personnes âgées, tous au-delà de leurs éventuelles convictions politiques, religieuses, idéologiques, toutes classes sociales et culturelles confondues, luttèrent durant neuf mois.

« Une lutte inventive, humoristique et furieusement déterminée, mais surtout non violente », comme le rappelle un documentaire diffusé quarante ans plus tard sur ARTE (29 avril 2018, 18h), visible sur Youtube, et thème d’une chronique dans le « SoirMag » (8 août 2018).

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Désobéissance et paradis

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ft150 4désobéissance 1ftLittérature sans Frontières est une chronique de Pierre Guelff.

Voici, tout d’abord, quelques réflexions pour une première chronique consacrée à l’essai « L’impératif de la désobéissance » du philosophe et écrivain Jean-Marie Muller aux Éditions du « Passager clandestin », ensuite, dans cette même rubrique, un lien avec le roman « La traversée du paradis » d’Antoine Rault chez Albin Michel, lien qui, en somme, corrobore les propos du premier ouvrage abordé.

Ainsi, la désobéissance civile est devenue un impératif éthique et peut certainement contribuer à  rétablir la démocratie fortement mise à mal sous toutes les latitudes depuis quelques années.

Plutôt que de longs discours, j’ai extrait plusieurs passages significatifs de Jean-Marie Muller : « Si nous ne sommes pas responsables de tout le bien que nous ne faisons pas, nous sommes entièrement responsables du mal que nous faisons. »

d5359f2d5dCe postulat entraîne, bien entendu, des explications. En voici une première : « Je suis libre en obéissant à la loi lorsque celle-ci garantit une juste égalité des chances pour tous, je ne peux rester libre qu’en lui désobéissant lorsque ce n’est manifestement pas le cas. »

Pour illustrer cela, faut-il rappeler que, lors d’élections, le citoyen ne donne pas sa voix à un candidat, car ce serait abdiquer, se soumettre, promettre l’obéissance, mais il prête sa voix à celui qu’il veut élire, d’où, son droit démocratique d’avoir droit au chapitre et de se faire entendre.

À ce propos, l’auteur dit : « C’est en acquérant le pouvoir de dire non à l’État que le citoyen à l’autonomie qui fait de lui un homme moralement responsable de ses actes. »

Mais, il y a un critère décisif, qui est mien aussi : « Les campagnes de désobéissance civile sont essentiellement non-violentes ».

Dans les premiers chapitres de son essai, Jean-Marie Muller analyse les écrits et actes de quelques pionniers dans le genre, dont Étienne La Boétie qui, au XVIe siècle, écrivait : « L’habitude de servitude éteint le désir naturel, originel et primordial de liberté. » et  de prôner l’union des dissidents pour faire chuter les tyrans. Même constatation pour Henry David Thoreau au XIXe siècle : « La plupart des hommes servent l’État avec leur corps et non avec leur conscience. » D’où, « désobéir à une loi injuste, ce n’est pas seulement exercer un droit ou accomplir un devoir, c’est essentiellement affirmer sa liberté. »

Quasiment à la même époque, Léon Tolstoï sortait de ses gongs : « Partout où il y aura le pouvoir des uns sur les autres, c’est-à-dire le peuple, il n’y aura pas de liberté mais souvent de l’oppression. Mais, ce qui fait la force de tsars, de gouvernements et de tous ceux qui collaborent à leurs basses œuvres, c’est l’obéissance des individus à accepter de mettre eux-mêmes en œuvre la violence dirigée contre eux. Je m’indigne de voir, soulignait l’écrivain, les hommes obéir à des lois dont ils ne reconnaissent ni la sagesse ni la justice. Ils savent pourtant qu’elles sont enfantées par la cupidité, par la fourberie, par la lutte des partis. La défense de la patrie n’est qu’un prétexte pour mieux maintenir le peuple dans l’obéissance. Mais, les soldats qui marchent contre les grévistes appartiennent au même peuple que les ouvriers. Pourquoi, donc, ces soldats marchent-ils contre eux-mêmes ? Parce qu’ils sont hypnotisés par le conditionnement patriotique et religieux auquel ils sont soumis dès leur enfance… »

Traversée du paradis

traverséeFTAh ! Quel fameux lien à réaliser avec  le roman « La traversée du paradis » d’Antoine Rault, dont voici des extraits de la présentation par Albin Michel :

« 1920. À l’heure où Lénine et les Bolcheviks font régner la Terreur rouge, l’espion français Charles Hirscheim, devenu l’espion Gustav Lerner, est envoyé en mission en Russie. Il s’y fait passer pour un communiste. (…) L’auteur dresse le portrait de toute une époque : celle de l’Europe des années vingt bouleversée par la guerre et la Révolution communiste. »

Alors, quel peut être ce fameux lien ?

Notre lectrice, Marie, explique :

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Marie, lectrice pour « Fréquence Terre ».

« Tout d’abord, je tiens à dire que cet ouvrage est remarquablement écrit. L’histoire, en tant que telle, n’a, à première vue, aucun rapport avec votre rubrique consacrée à la désobéissance civile.

Cependant, une conséquence de la situation d’amnésie dans laquelle est plongé le personnage principal du roman peut, effectivement, se rapprocher de l’une des constatations de Tolstoï sur les horreurs d’une guerre engendrées délibérément et au détriment du peuple. Peuple dont ils se moquent éperdument en lui donnant des ordres formels et absurdes, d’ailleurs.

De plus, autre constat, c’est le fait d’être considéré comme un pion, un « autre », sans parler pour autant de marginalité, dès que vous sortez des rangs et ce, parce que ledit peuple paraît littéralement hypnotisé par le pouvoir qui, à ses yeux, reflète un certain prestige.

Ainsi, il n’y a aucun respect de la vie d’autrui de la part de l’appareil étatique et beaucoup de citoyens ne s’en rendent même pas ou plus compte… »

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HOUTEN aux Pays-Bas, le paradis du vélo (rediffusion)

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© http://www.developpement-durable.gouv.fr

Bienvenue dans la cité qui rend l’automobile inutile ! Ce pourrait-être la devise de la ville de Houten, aux Pays Bas. En quelques années, elle est devenu le paradis du vélo.

Houten, 45000 habitants, est une ville dite « nouvelle » située à 50 km au sud-est d’Amsterdam. Ici, les modes de déplacements, l’aménagement du territoire, le fonctionnement de la commune… tout a été pensé pour inscrire le développement de la ville dans une démarche éco-responsable.

Dans les années 1970, Houten n’était encore qu’un village de 4000 âmes. Et comme beaucoup de bourgades à l’époque, il a fallu penser à s’étendre pour accueillir de nouveaux habitants.

Dès le début de l’extension de la ville, Houten a été pensé en fonction de déplacements en transports collectifs, ou de déplacements en vélo ou à pied… Très compacte, la ville s’étend le long d’un ovale de 3km sur 2km, cintrée d’un périphérique.

Elle est divisée en plusieurs quartiers résidentiels qui s’organisent autour de deux centres villes. Tous les services, les commerces, les établissements publics, sont à quelques pas ou quelques tours de roue.

L’utilisation de la voiture est donc quasiment inutile. D’autant que les chaussées sont adaptées avant tout aux déplacements doux. La voiture n’y est nulle part prioritaire. Pour passer d’un quartier à un autre, les automobilistes doivent obligatoirement passer par le périphérique, ce qui rallonge considérablement le temps de parcours.

A l’intérieur de la cité, ce sont les pistes cyclables qui constituent l’essentiel du maillage routier… Des pistes bordées d’espaces verts. Le réseau cycliste est séparé de celui pour automobiles. Les deux sont clairement repérables grâce à leur enrobé de couleurs différentes. Et lorsque les deux réseaux doivent se croiser, le vélo reste prioritaire.

Les deux roues motorisées sont tolérés sur ces pistes. Mais leur vitesse y est régulée grâce à des ralentisseurs appelés « drempel », sortes de double dos d’âne à l’envers.

Cette structure originale de la circulation fait de Houten une ville très sûre pour le piéton. La sécurité des enfants y est privilégiée… Ils peuvent sans souci jouer hors de leur maison sans crainte. Et l’accès à leur école est facilité par l’implantation des établissements à proximité des pistes cyclables.

Pour aller faire leurs courses, les habitants d’Houten ont majoritairement recours au vélo. Ils font d’ailleurs les 2/3 de leurs achats sur place… Une proportion qui atteint les 100% pour les denrées alimentaires. La voiture ne redevient utile que pour 50% des autres achats.

Les déplacements doux sont plus intensifs à Houten que dans le reste des Pays Bas. 44% des déplacements personnels de moins de 7,5 km se font en vélo et 23% se font à pied.

Les habitants de Houten circulent 25% moins en voiture que dans le reste du pays, et aux heures de pointes, il y a 50 voitures en circulation pour 100 logements au lieu des 65 à 70 voitures en moyenne ailleurs.

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© http://www.developpement-durable.gouv.fr

En octobre 2008, la ville a d’ailleurs été nommée ville du vélo des Pays-Bas.

La voiture reste tout de même nécessaire pour aller travailler à l’extérieur de la ville. Mais là encore, les habitants privilégient les transports en commun. Les parcs de stationnement pour vélos étant omniprésents à Houten, comme partout ailleurs dans le pays, les deux roues restent le véhicule préféré pour aller travailler… Arrivé à la gare, il n’y a plus que 10 minutes de train pour rejoindre Utrecht, la métropole de 530000 habitants, située à 8 kilomètres.

En dehors du coté « paradis du vélo », Houten est aussi une ville où il fait apparemment bon vivre. Avec plus du tiers de la population qui a moins de 20 ans, Houten est une ville jeune. Mais elle sait aussi offrir des services pour les plus âgés et les personnes seules. La variété des commerces, bureaux, entreprises fait l’objet d’une attention toute particulière de la part de la municipalité qui a opté également pour un habitat fait de maisons et de petits immeubles collectifs peu élevés.

La mixité sociale y est privilégiée et un effort particulier a été fait pour que habitat, travail et circulation ne soient pas séparés, mais harmonieusement liés.

Avec la nature au cœur de la ville, le silence pour environnement, la mixité sociale et la convivialité pour moteur, Houten est sans doute un des exemples à suivre pour les villes décidées à se convertir aux déplacements doux…

Pour aller plus loin :

 

 

 

POUR des lectures citoyennes : « Toutes les familles n’ont-elles pas leurs exilés ? » 

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Une FT DegrooteIl me paraît opportun de revenir sur « Nocturne pour Stanislas » d’Annie Degroote, roman paru aux « Presses de la Cité[1] » et dont il a déjà été question dans notre chronique « Littérature sans Frontières », car, c’est vraiment un livre à mettre entre toutes les mains, mais plus particulièrement entre celles de ceux que des préjugés récurrents ou occasionnels sur les réfugiés, sur ceux « qui viennent manger notre pain et salir nos femmes », sur « les feignants de grévistes », sur les nostalgiques de « régimes forts »… Assurément, une similitude avec de récentes ou actuelles situations.

Pour rappel à nos auditeurs et lecteurs, Hania, née en 1978, une passionnée de dessin de mode, c’est Anne-Sophie Koslowski, une Française de Douai aux origines polonaises. De famille ouvrière, brillante étudiante, une mère dépressive, un père passif ou désabusé… Durant plus de 300 pages, Annie Degroote emmène le lecteur à découvrir le grand-père Stanislas, partie intégrante, ô combien marquante, des origines de Hania.

L’auteure évoque, entre sagas familiales, le parcours de ces jeunes déracinés de leurs pays venus trimer dans les mines du Nord de la France tant la boucherie de 1914-18, la « Der des Ders », avait fait de victimes ! Puis, ceux qui, pourtant, s’étaient fondus plus ou moins harmonieusement dans le paysage français (« Les mineurs, ces esclaves du travail, mais des seigneurs, fiers de descendre. C’est pénible, mais ce n’est pas une punition. Et cette fierté se propage à leurs enfants… »), furent considérés comme des parias et la chasse aux « syndicalistes rouges » s’organisa pour aboutir à l’expulsion de milliers de travailleurs, renvoyés manu militari dans leurs pays d’origine par trains entiers !

Sigle POUR et FT 1L’Histoire repasse toujours les plats, dit-on. Qu’en pense Annie Degroote, interviewée pour « POUR » (http://www.pour.press) et que je relaie sur « Fréquence Terre » ?

• Vous précisez que l’histoire est un roman, l’intrigue et les personnages totalement fictifs, mais que les faits historiques concernant les mineurs et l’émigration polonaise sont, eux, bien réels. Cependant, vous remerciez une personne qui vous « emmena sur les pas d’une partie de son enfance…« , vous signalez avoir récolté des témoignages et effectué des repérages pour vous « pénétrer de certaines atmosphères« , dès lors, à l’instar  de Gérard De Cortanze (« Le Soir« , janvier 2018), dont il a aussi été question dans « Fréquence Terre »,  ne peut-on pas dire que « tous les livres sont autobiographiques » ou, du moins, les romans (il s’agissait d’eux dans l’interview) en ont une part ?

• Mes personnages sont fictifs, certes, mais le sont-ils vraiment ? Ils sont «  dessinés » à partir de témoignages, de repérages, de récits, d’histoires d’archives, et en ce sens, oui, un roman, ce roman est en quelque sorte autobiographique, surtout qu’au travers de nos personnages, nous mettons beaucoup de nous mêmes, de ceux qui nous ont marqués… Le personnage de Wanda par exemple, est très proche  de ma mère… qui n’était pourtant pas Polonaise. Certains romans sont davantage autobiographiques,  comme dans «  Les amants de la petite reine », mais tous ont une grande part de vérité, à la fois historique et humaine. J’essaie toujours de pénétrer au plus profond de l’âme humaine.

• D’où vous vient cette écriture récurrente de rendre hommage à l’histoire des gens du Nord de la France (région où la paupérisation est très forte : récemment, à Roubaix, 45% des habitants vivaient avec moins de 977 euros/mois), d’y développer les rapports (souvent conflictuels, et pour cause !) entre nantis et prolétaires, la quête d’identité, l’exil… ?

• Dès mon premier roman, j’ai découvert une Histoire du Nord très forte. Je vais donc fréquemment à la rencontre des gens du Nord, au travers des siècles, de leurs ancêtres qui sont leurs  racines. J’aime montrer leur courage, leur entraide. C’est une terre qui a souffert, qui souffre encore, mais s’est toujours relevée, comme le Phénix. Mon histoire personnelle m’a certainement influencée dans mon désir de parler des rapports entre nantis et prolétaires, entre personnes qui sont parfois aux antipodes. J’aime parler des ces amours interdits par les codes de la société, et l’exil, oui, m’a toujours touché. Toutes les familles n’ont-elles pas leurs exilés ? 

• « Nocturne pour Stanislas » ne se veut-il pas une sorte de mise au point « engagée » au moment où tant de gens rejettent les migrants et demandeurs d’asile et que l’extrême droite « cartonne » dans ledit Nord de la France, lui qui, naguère, était considéré comme un bastion de la Gauche ?

• Je ne me dis pas : je vais écrire un roman «  engagé ». Peut-être le suis-je sans avoir jamais écrit ce mot. Je crois que dès que l’on écrit, il y a un engagement, une mise à nu. Le roman est sans doute le reflet de mes révoltes, mes incompréhensions concernant l’intolérance, le refus de l’autre. Cocteau disait : «  Écrire est un acte d’amour » Au travers de ce roman, je montre, je crois, que «  l’autre «  pourrait être «  soi ». 

nocturne pour stanislas150• Croyez-vous que des mouvements citoyens prônant la solidarité, la désobéissance civile…, finiront pas dicter ou, à long terme, modifier le comportement d’un monde politique par trop scotché aux lobbyistes, multinationales, adeptes de la particratie…, selon maints commentaires et sondages, ou bien s’agit-il de situations isolées comme, naguère, le Larzac et, plus près de nous, mais avec des variantes (actions parfois violentes) Notre-Dame-des-Landes et le projet d’aérodrome ?

• Les mouvements prônant la solidarité, mais aussi la santé de notre planète sont importants à notre époque, plus que jamais. Espérons qu’ils puissent influencer nos politiques, leur faire prendre conscience de l’urgence à changer notre monde. Que l’on puisse trouver plus d’entraide, d’union et de respect de l’autre, respect pour notre terre aussi. 

• Considérez-vous vos ouvrages comme autant d’actions « militantes » allant, justement, dans le sens de ces mouvements citoyens ? Votre prochain sujet ?

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Annie De Groote.

• Je n’ai pas la prétention de faire des actions militantes avec mes romans. Ils sont le fruit, hors mon imaginaire, de ce qui me touche et si je peux à mon tour transmettre ces idées, ces pensées qui me tiennent au coeur, ces émotions, j’en serai heureuse. J’aime l’idée d’une chaîne humaine … Nous sommes là aussi pour vivre et transmettre à notre tour ce qui nous a été donné de beau. Dans mon prochain ouvrage, je repars vers le XVIe siècle et les guerres de religion, avec un héros qui tentera de prôner la tolérance au sein de sa famille et de sa région …

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[1] Collection Terre de France, 2017.

São Paulo : quand près de 11 millions d’habitants ont failli être privé d’eau

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Rafael_Neddermeyer / Pixabay

11 millions d’habitants sans eau ! C’est ce qu’a failli vivre la ville brésilienne de São Paulo en 2014.

Une pénurie d’eau aux conséquences plus que préoccupantes…. Le réchauffement climatique et la main de l’homme en sont sans doute en grande partie responsable.

« Et puis un jour, l’eau s’est arrêtée », c’est le titre d’une grande enquête publiée par Bastamag, dans le cadre d’une série de reportages en partenariat avec France Libertés.

Nous sommes au sud du Brésil, dans une région de la côte atlantique. Que s’est-il passé au cœur de l’été 2014 à São Paulo ?

« São Paulo a connu en 2014 une crise sans précédent, une énorme pénurie d’eau qui a amené la ville a couper l’eau pendant parfois plusieurs jours à ses habitants. Des camions d’approvisionnement en eau étaient obligés de passer régulièrement pour que les habitants puissent continuer à vivre. Il y a des kits de survie qui ont été distribués pour savoir comment rationner l’eau et comment la préserver. C’était une crise de l’eau comme le Brésil n’en avait jamais connue avant. »

Alors comment expliquer cette méga pénurie d’eau ? Pourquoi en est-on arrivé là ?

« On peut parler de quatre facteurs qui, combinés, ont menés à cette pénurie d’eau. D’abord le manque de précipitations. On a connu une baisse du régime des pluies qui a provoqué une baisse du niveau des réserves d’eau qui alimentent la ville. Donc, sans précipitation et sans niveau adéquat des réserves d’eau, l’approvisionnement en eau était insuffisant. Le second facteur, c’est la déforestation de l’Amazonie, même si cela paraît un peu plus lointain, puisque là on est dans le nord-ouest du Brésil. Les milliers d’hectares qui disparaissent chaque année, pour faire place à des productions de soja ou faire paître le bétail, ont perturbé le cycle de l’eau. La coupe des arbres fait baisser le niveau d’évapotranspiration et cela perturbe les fleuves aériens de vapeur d’eau qui règnent dans la forêt amazonienne. Toutes les vapeurs d’eau qui sont créées par l’évapotranspiration des arbres se dispersent jusqu’au sud du pays sous forme de nuages. Ce sont ces fleuves aériens, créés au Nord, qui alimentent en pluies le sud du pays. »

Autre cause de cette pénurie d’eau, la gestion de la ressource.

« On peut parler de la gestion de la société Sabesp, qui est chargée de la distribution et de l’assainissement de la région de São Paulo. Malheureusement, la société n’avait lancé aucun projet sur la durabilité et n’a fait que réagir à la pénurie d’eau via des coupures. Les fleuves aux abords de São Paulo sont extrêmement pollués par des rejets. L’eau est inutilisable par les habitants. Et la société a préféré verser des dividendes à ses actionnaires plutôt que d’investir sur le long terme pour la gestion de l’eau pour la région. On peut parler enfin de l’inaction des pouvoirs publics. En 2014 on était en plein contexte politique d’élection présidentielle.  En parallèle se jouait la Coupe du monde de football. Donc les yeux du monde entier étaient rivés sur le Brésil, qui avait plutôt intérêt à ce qu’il n’y ait pas trop de vagues. Dans un premier temps, les pouvoirs publics et les politiques de la région ont nié cette pénurie d’eau. Donc la gestion a été très tardive. »

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© Bastamag

Quelles ont été les conséquences de cette pénurie à l’époque ?

« La première conséquence est due à la gestion complètement inégalitaire de l’eau. Cela a exacerbé les tensions dans un territoire où les inégalités sont déjà extrêmement fortes. On a pu voir des débuts d’émeutes, des manifestations. Des entreprises comme Nestlé ou Ford bénéficiaient de tarifs préférentiels sur le prix de l’eau pour la raison qu’elles utilisaient un volume plus grand. C’est typiquement le genre de situations qui augmentaient les tensions et les inégalités. Une autre conséquence liée à cette crise de l’eau, c’était la menace sur l’approvisionnement en électricité, puisque la majorité de la production d’électricité provient de barrages hydroélectriques. »

Est-ce qu’il y a des solutions alternatives qui ont été imaginées et mises en pratique pour éviter que le problème ne se reproduise ?

« Il existe beaucoup de solutions qui pourraient être mises en place et qui, à l’époque, ont été mises en place à l’échelle des communautés en tant que système D, comme la récupération des eaux de pluie, le développement de l’agroécologie. Ensuite, ce sont des solutions qui nécessitent un portage politique comme l’assainissement des fleuves ou la réparation des fuites du réseau. »

A l’époque, on a donc frôlé la catastrophe. Est-ce que cela pourrait se reproduire ?

« Oui. Le meilleur exemple est la déforestation de l’Amazonie qui continue aujourd’hui énormément. Le gouvernement actuel est plutôt enclin à laisser les entreprises couper les arbres pour des projets agro-industriels. Or, les deux tiers de la production de la richesse régionale dépend de la pluviométrie. Donc on marche un peu sur la tête. Cela pourrait tout à fait se reproduire sans changement de paradigme. Cela vaut aussi bien pour la région de Sao Paulo, que pour le pays, que pour le monde. Aujourd’hui, il y a deux milliards de personnes qui manquent d’eau. On estime que deux tiers de la population mondiale pourrait être exposée à des situations de stress hydrique. Donc il faut revoir toute la place de l’eau et sa gestion au sein des sociétés. Il faut que l’on arrive à une gestion démocratique, à une application du droit à l’eau, pour que chacun puisse avoir accès à l’eau. L’eau doit contribuer à la solidarité entre les communautés et ne pas amplifier les inégalités. »

Cette enquête au cœur de São Paulo est à retrouver sur Bastamag, en partenariat avec France Libertés, dans une série de reportages et d’enquêtes sur les enjeux de la gestion de l’eau et des sols dans le contexte du réchauffement climatique.

Pour aller plus loin :

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=7ehSaPwqaeo]

 

 

Paris sera toujours une fête (Folio)

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ft150 2Littérature sans Frontières est une chronique de Pierre Guelff

 51ynvPiQbL. SX195Danielle Mérian, ancienne avocate et toujours militante humaniste, s’était fait remarquer au lendemain de l’attentat du Bataclan, lorsque, sur place, elle encourageait les gens à lire ou relire « Paris est une fête » d’Ernest Hemingway. C’est elle qui, avec toute sa sensibilité, préfaça le « Paris sera toujours une fête », un petit livre de 120 pages publié chez Folio et qui regroupe, outre des propos de l’écrivain et journaliste américain, ceux de Victor Hugo, Guillaume Apollinaire, Louis Aragon, Jacques Prévert, François Villon, Montaigne, Émile Zola, Patrick Modiano, entre autres.

Ce Paris à l’âme des poètes, certes, mais sait aussi être insouciante et grave, libre et village, monumentale et secrète.

« Paris est mon village natal, explique Danielle Mérian,  et c’est la plus belle ville du monde. Je ne peux vivre ailleurs. Quelle chance d’avoir pu ne pas quitter une ville de rêve, sauf un an pendant l’occupation allemande », faisant ainsi implicitement référence aux migrants qui doivent abandonner leur pays, leur ville, leurs habitudes.

Elle habite à la Bastille après la place des Victoires et passé toute son enfance au Quartier latin. Elle aime Paris la nuit quand ses monuments, ses ponts, ses places sont illuminés, et la « Tour Eiffel qui pétille comme du champagne ».

Partout, tout est histoire et l’histoire nous explique notre présent. Celui des massacres de janvier et de novembre 2015, la place de la République et les jeunes de Nuit Debout qui rêvaient d’un monde démocratique et solidaire. Un monde qu’ils  construisaient peut-être, espère l’auteure.

« Mais Paris est debout sera toujours Paris », conclut-elle.

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Otoktonia : sauver la Terre par la coopération (rediffusion)

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© Otoktonia

Sauver la Terre par la coopération. C’est l’objet d’un jeu lancé par la Fédération Léo Lagrange, la Fondation France Libertés et Les petits citoyens.

Otoktonia, c’est son nom, va permettre aux participants de découvrir les peuples autochtones de la planète et leurs savoirs traditionnels, de prendre conscience des menaces qui pèsent sur eux et de se familiariser avec les actions à mener pour les aider à lutter contre ces menaces.

  • Avec Marion Véber, chargée de mission Droits des peuples à la Fondation France Libertés.

C’est un jeu coopératif. La Fondation avait déjà publié Equilibro sur la place de l’eau sur la planète. Pourquoi passer par le jeu, et le jeu coopératif,  pour faire de la sensibilisation aux intérêts de ces peuples ? Qu’est-ce qui a motivé la démarche ?

« On l’avait fait avec Equilibro et on a trouvé que c’était un bel outil pour toucher un public différent des actions que l’on mène habituellement. La Fondation agit plus généralement dans de actions de sensibilisation du grand public adulte, ou du plaidoyer envers les institutions. A travers le jeu, c’est une façon d’élargir le public et d’amener la question des peuples autochtones, peu débattue en France, auprès d’un public large, y compris des enfants. Cela permet qu’enfants et adultes s’emparent de cette question et activent leur curiosité pour ces peuples. »

Quels peuples allons-nous découvrir ?

« On a choisi huit peuples répartis sur l’intégralité de la planète. Les Munduruku, qui vivent en Amazonie brésilienne, les Matuche, les Pygmées, les Massaï, les Mentawai en Indonésie, les Jummas du Bangladesh, les Inuits et les Kanaks pour la France. »

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© Otoktonia

Comment se déroule le jeu ? Le joueur incarne un citoyen, un membre, de ces peuples ?

« C’est un jeu coopératif. Les petits citoyens font face à une planète surmenée par les menaces, telles que le changement climatique, la déforestation, la discrimination. Ils vont faire appel aux peuples autochtones. Chaque joueur incarne un petit citoyen en alliance avec un peuple. Il y a une double dynamique. A la fois, les joueurs jouent sur un plateau de jeu central qui représente la planète. Leur objectif est de faire en sorte qu’il n’y a ait pas trop de menaces sur Terre pour qu’elle soit vivable, pour les écosystèmes et pour les habitants. Il y a un jeu d’échange qui se créé avec la mise en place de stratégies entre les joueurs. L’autre volet c’est que chaque joueur a devant lui un plateau qui représente son peuple autochtone. Au-delà de nettoyer les menaces, les joueurs vont aussi en apprendre le plus possible sur leur peuple, ce qui va les renforcer dans le jeu. On découvre que les peuples autochtones ne sont pas juste des victimes de toutes ces menaces, mais que ce sont bien des acteurs à part entière et qu’ils ont des moyens d’action. Ces peuples ont énormément de choses à nous apprendre et c’est en mettant en avant tous leurs savoirs traditionnels et leurs modes de vie que l’on peut trouver des solutions pour lutter contre les nombreux défis auxquels on fait face. »

Au cours du jeu, on va donc pouvoir découvrir les peuples et leurs savoirs traditionnels, les menaces qui pèsent sur eux, et les actions à entreprendre pour les protéger ?

« On n’est pas dans un jeu purement éducatif, mais il est globalement très ludique. On va tirer des leçons par le jeu. Quand on tombe sur la case discriminations, on a une action de moins. On s’aperçoit que la discrimination donne moins de chances à certaines personnes. On n’est pas obligé d’avoir des effets de questions-réponses à la Trivial Poursuite, mais on est plus  dans de l’apprentissage en vivant le jeu. Avec le coté coopératif, soit tous les joueurs gagent, soit ils perdent tous ensemble. Cela donne envie de rejouer, soit parce qu’on a perdu et qu’on essaie de gagner, et on sera dans du  coopératif plus intensif, soit parce qu’on a gagné mais que l’on cherchera à avoir de meilleurs conditions de victoires dépendantes du nombre de savoirs traditionnels acquis. Plus on apprend sur son peuple, plus on est renforcé dans le jeu. »

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© Otoktonia

C’est un jeu qui s’adresse à toute la famille. Comment faire pour être pédagogique et didactique pour les plus jeunes, sans être trop simpliste pour les adultes ?

« C’était un grand défi. On a fait en sorte d’être au plus près de la réalité des peuples tout en ayant un langage le plus compréhensible pour les enfants. On peut d’abord jouer sans être obligé de lire tous les explicatifs. On peut jouer et s’arrêter sur une illustration pour comprendre ce qu’elle représente, et venir aux explications sans y être forcé. Avec le site internet, il y a des éléments pour les animateurs ou les adultes pour approfondir une question. A travers ce jeu on donne à voir toutes les actions que mène France Libertés, comme l’extractivisme, ou la biopiraterie. »

Pour aller plus loin :

 

 

 

 

« Mains qui créent sont mains qui pensent »  

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ft150 1pour logo 300x113 1 300x113De manière récurrente, on entend encore dire que le terme « profession » signifie travailleur intellectuel, tel un professeur, alors que le mot « métier » s’adresse au travailleur manuel, à l’ouvrier ou à l’artisan, par exemple. Fausse affirmation, bien sûr, comme s’il ne fallait pas penser pour exercer un métier, en somme !  Dans le cadre des « Journées européennes des Métiers d’Art 2018 », « Fréquence Terre-RFI », en partenariat avec le magazine « POUR », a été à l’écoute de Pascal Mulpas[1], Maître restaurateur d’oeuvres d’art, et d’Arnaud Étienne[2], tailleur de pierre et ébéniste, formé durant une décennie à l’école du Compagnonnage. Leurs témoignages sont la preuve qu’au-delà de l’excellence à manier les outils, un véritable devoir de transmettre leur immense savoir les habite.

« Mains qui créent sont mains qui pensent », est la devise d’André Colpin[3], artisan papetier et Maître graveur à Bergerac, Compagnon du Devoir et du Tour de France sous le nom de « Liégeois la main royale ». Je la partage volontiers en souvenir d’un passé ouvrier, étant devenu « passant » via les médias, entre autres, et une bonne occasion de surenchérir avec cette autre citation compagnonnique qui m’est chère : « La main est la prolongation de l’esprit » et, de la sorte, donner successivement la parole à Pascal Mulpas, puis à Arnaud Étienne.

 Un supplément d’âme

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Pascal Mulpas, Maître restaurateur de tableaux des XVe et XVIe siècles.

 Voici quelques extraits de l’interview de Pascal Mulpas ([4]) :

« Restaurateur en œuvres d’art spécialisé en restauration de tableaux, je transmets mon savoir-faire à de jeunes stagiaires qui viennent se former dans la restauration de tableaux des XVe et XVIe siècles.

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Travail de restauration.

L’important est de transmettre son savoir aux jeunes générations pour qu’elles puissent reprendre le flambeau. Mais, la maîtrise cela s’apprend, jusqu’au moment où on atteint une autonomie. C’est cela la transmission, le Compagnonnage, c’est l’accompagnement par de praticiens et des techniques, celles-ci passant par la maîtrise de la main et de l’œil.

L’importance dans la restauration est le regard humain qui transmet à la main. Nos métiers ont encore cette sensibilité de donner un ordre à la main, ce qui ne sera jamais le cas avec une machine ou un ordinateur. Chez l’artisan, il y a une poésie, un supplément d’âme… »

Des valeurs humanistes

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Arnaud Étienne, Compagnon tailleur de pierre et ébéniste, interviewé par Pierre Guelff.

 Extraits de l’entretien que nous avons eu avec Arnaud Étienne, tailleur de pierre et ébéniste :

« Au-delà d’apprendre un métier, ce que j’ai appris dans le Compagnonnage, c’est d’abord une vie en communauté. On forme un homme ou une femme autour ou grâce à un métier.

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Harmonieuse oeuvre composée de différents matériaux.

Il y a l’apprentissage manuel des techniques de base et, à côté de cela, on a tous une culture à acquérir. Celle-ci nous vient de voyages, d’année en année, de ville en ville, d’entreprise en entreprise, en France, à l’étranger, et on côtoie des personnes différentes, des cultures différentes, des façons de travailler différentes, c’est tout ça qui permet de créer une encyclopédie du savoir du métier, culturel et humain.

Au sein du Compagnonnage, nous essayons d’apprendre des valeurs humanistes par le métier. Devenir un Homme ou une Femme ! Quelqu’un qui a des valeurs.

Ensuite, notre devoir de Compagnon est de transmettre ce savoir. Un métier ne nous appartient pas. On le prend, on l’utilise, on le bonifie et ensuite on le transmet aux générations futures, comme le fit mon grand-père qui m’a transmis l’amour des métiers du bois, de la pierre et du métal… »

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[1] www.espace14emeart.eu

[2] www.a-etienne.com

[3] https://www.artmajeur.com/andrecolpin/

[4] La totalité des interviews : podcast ci-dessous.

L’amour peut-il effacer les cicatrices ?

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ft1509782226399182 j 2Avec « La délivrance d’Ella Soler » de François Fourrier paru chez Albin Michel, il s’agit d’un roman initiatique qui évoque d’inqualifiables tortures, viols et autres violences faites aux femmes, parfois même à de très jeunes filles. Cet ouvrage est, selon l’auteur, le « récit mythique d’une vocation » et il évoque le jour de l’indépendance de l’Algérie, le 5 juillet 1962, des représailles aux drames de la guerre et une impossible résilience.

L’éditeur précise encore : « Dans le sillage des grands écrivains médecins, François Fourrier nous entraîne, des contrées lointaines du Hoggar aux rives du lac Léman, au cœur de la vérité des êtres. »

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Marie-Paule, collaboratrice à « Fréquence Terre » et lectrice attentive.

Collaboratrice à « Fréquence Terre », Marie-Paule a lu ce roman et nous livre son avis :

« Je ne savais pas que la violence faite aux femmes décrite par l’auteur, pouvait être aussi marquante. Hélas, elle semble se retrouver dans toutes les guerres… François Fourrier raconte l’impossible résilience d’Ella, le personnage principal qui n’accède pas au bonheur, tel qu’on le conçoit aujourd’hui dans la société.

Cependant, elle poursuit sa vie malgré les tortures endurées, alors qu’elle aurait pu mettre fin à son existence. Donc, selon moi, il y eut quand même résilience… »

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Forum social mondial : un autre monde est possible

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© FSM

Le 13e Forum social mondial s’est tenu à la mi-mars à Salvador de Bahia, au Brésil. De nombreux mouvements sociaux brésiliens et internationaux et des ONG sont venus débattre et travailler pendant 5 jours autour des thématiques telles que la lutte contre le racisme, l’affirmation des droits de la femme ou la préservation de l’environnement. 60 000 personnes issues de 120 pays différents ont défendu une idée : un autre monde est possible.

France Libertés était présente à Salvador de Bahia pour débattre des violations des droits des peuples autochtones. La violation du droit à l’eau par les industries extractives était également au cœur des interventions de la Fondation.

Le Forum mondial s’est présenté, dès 2001, comme une alternative sociale au Forum économique mondial de Davos, avec l’idée de présenter les alternatives au monde libéral.

« Les deux sont intrinsèquement liés. A l’origine, le Forum social mondial (FSM) s’est constitué en réaction au Forum économique mondial de Davos, qui est l’incarnation de la globalisation capitaliste et financière que nous connaissons depuis les années 1980. C’est dans cet esprit qu’est né dans les années 2000 le Forum alternatif mondial afin de proposer une alternative crédible et forte au paradigme néolibéral qui est dominant. Le Forum social propose des espaces de dialogue et d’échanges ouverts, accessibles à tous. Le FSM est porté et créé par la société civile internationale et qu’elle se nourrit de ses composantes qui sont très diverses, contrairement au Forum de Davos. »

Que retenir de cette édition 2018 ?

« C’était une édition profondément brésilienne. Il est intéressant de voir que le choix du Brésil est très symbolique. L’organisation de ce Forum a marqué son retour dans les pays du Sud. La précédente édition avait eu lieu à Montréal en 2016. C’est un retour aux sources, puisque le Brésil est le berceau du Forum social mondial. Il a été créé à Porte Alegre en 2001, et par la suite, plusieurs autres éditions se sont déroulées sur le sol brésilien. Cela a permis à ce Forum de s’inscrire dans une mémoire très importante du mouvement altermondialiste. Les forums brésiliens représentent l’âge d’or de ce mouvement. C’est très important pour l’altermondialisme qui est régulièrement d’être en perte de vitesse. Le choix du Brésil n’est pas anodin, puisque le pays se trouve en période préélectorale puisque dans quelques mois, en octobre 2018, aura lieu l’élection présidentielle. La société civile brésilienne se trouve dans un contexte de fort bouillonnement politique et social. »

Ce Forum mondial de Salvador de Bahia, a eu très peu d’échos dans les médias.

« En France, on en a relativement parlé. Sur place, un seul journaliste français, de l’hebdomadaire Politis, était présent. Mais, malgré la très faible présence des journalistes français sur place, le Forum social a néanmoins fait irruption dans les médias français suite à l’assassinat le 14 mars de la militante Marielle Franco, une jeune conseillère municipale de Rio, militante pour les droits humains qui dénonçait les exactions commises par les forces de police dans sa ville. C’était une femme noire, issue des quartiers populaires de Rio, et lesbienne. Elle cristallisait la plupart des thèmes qui sont très fortement ressortis du FSM. Par ce biais, les luttes du FSM ont fait irruption dans la paysage médiatique français ; Il est aussi important de se rappeler que la France n’est pas le reflet du reste du monde. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas vraiment parlé du FSM dans notre pays que cela n’a pas été le cas ailleurs. On peut citer par exemple un journaliste du Guardian qui était présent aux deux Forum, le Forum social mondial et le Forum alternatif mondial de l’eau. C’est l’un des quotidiens les plus influents et lus du monde. Enfin, à l’échelle du Brésil, le Forum a été extrêmement couvert par les médias locaux. »

Logo FAME 2018
© FAME

La Fondation France Libertés était présente à ce Forum sur la question de la violation des droits des peuples autochtones. Mais elle a également participé au Forum alternatif mondial de l’eau (FAME), qui se tenait dans la foulée du Forum social du 17 au 22 mars, et en parallèle du Forum mondial de l’eau, plus institutionnel, avec la volonté de réaffirmer que l’eau est un droit, mais pas une marchandise. Il est encore nécessaire de rappeler que le droit à l’eau n’est toujours pas effectif dans le monde ?

« Exactement. C’est pour cela que la Fondation France Liberté a organisé, lors du Forum alternatif mondial de l’eau, un évènement autogéré sur ce thème. Nous avons essayé de déterminer quels sont les facteurs qui, aujourd’hui, bloquent l’application effective du droit à l’eau, qui est un droit reconnu dans les textes internationaux et notamment dans les textes onusiens. Un évènement comme le Forum alternatif permet de mettre en lumière ces facteurs puisque le Forum propose des espaces ouverts de dialogues et d’échanges auxquels participent beaucoup d’acteurs du monde de l’eau qui recherchent des solutions pour plus de démocratie. »

Quelles sont les alternatives qui ont été mises en lumière lors de ce Forum ? Et sont-elles porteuses d’espoirs ?

« Oui, c’est très porteur d’espoirs. Il faut rappeler de la raison d’être de ce Forum alternatif mondial de l’eau, c’est de rendre visible et de stimuler la mobilisation sociale autour de la question de l’eau. Le Forum propose des espaces de discussion pour que tous les participants, quelque soient leurs origines, leurs horizons, puissent mutualiser leurs idées, leurs pratiques, leurs expériences, des projets, des contacts, afin de faire avancer la question de l’eau et du droit à l’eau. France Libertés a organiser plusieurs évènements et notamment un sur la non-effectivité du droit à l’eau aujourd’hui dans le monde. Ce qui est intéressant, c’est que le Forum alternatif mondial de l’eau permet de dénoncer les fausses solutions proposées par l’autre Forum, le Forum « officiel », c’est-à-dire le recours au marché pour protéger la nature et l’eau, l’idée que la pollution peut être tolérée dans la mesure où, par la suite, l’entreprise s’engage à réparer les dégâts commis. Ces solutions sont totalement contre-productives. Bien souvent les dégâts liées aux pollutions sont irréversibles et irréparables. Et cela pose un souci éthique de penser la nature via sa valeur marchande. »

France Libertés est également intervenu sur la question des activités extractives qui font peser un lourd tribu sur le droit à l’eau, notamment en Amérique du sud. Nous y reviendrons prochainement avec le cas du peuple Krenak au Brésil.

Pour aller plus loin :

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=aLiBKPrr5Eg]