Accueil Blog Page 119

« Le Marié de la Saint-Jean » d’Yves Viollier (Presses de la Cité)

0

ft150 2« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

 Trois frères cantonais ont des prénoms qui rappellent le chemin de vie de leurs parents : Zhida, le personnage principal du roman « Le Marié de la Saint-Jean » d’Yves Viollier (Presses de la Cité), signifie « le premier objectif est atteint », Zhiqiang, « le second objectif » et Zicheng, « ceux qui ont un but finissent toujours par l’atteindre ».

51If0scW9aL. SX195Et, Zhida, le « chintoque », comme il est écrit dans le texte, exilé en France pour études, tombe amoureux de la rousse Gabrielle, alors que son père veut la marier à Rosa, la fille de sa maîtresse.

Avouez que les quarante premières pages (sur 300), ici résumées, attirent déjà l’attention sur une situation surprenante, voire exceptionnelle, qui campe un aspect sociétal majeur, celui de l’intégration doublé de relations générationnelles traditionnelles.

Mais, ce roman est aussi une saga qui secoue les tripes de colère ou de tristesse, quand elle explique que deux des trois frères, alors âgés de 6 et 8 ans, furent littéralement séquestrés durant trois ans dans un séminaire de France où les avait envoyé leur père afin qu’ils acquièrent la culture française. Je cite, ce « salaud de Pingouin, nom donné au pion, déculotta Zhida devant une cinquantaine d’élèves afin de frapper ses petites fesses nues », alors que, durant ce temps, son père, en tant que médecin réputé, côtoyait la haute société à Phnom Penh, où la famille s’était réfugiée, la mère étant complètement soumise à ce despote.

Despote qui trouva refuge à Hong Kong face à la menace des Khmers rouges, elle restant sur place et disparaissant même lors des exactions commises au nom d’une prétendue idéologie égalitaire.

Le livre est un récit des trois jours de 1977 du mariage en Vendée de Gabrielle et de Zhida, de plongées dans le passé du jeune chinois, de rencontres entre les deux familles, de déclarations fortes, émouvantes et tellement réconfortantes dans notre société contemporaine passablement déboussolée.
Gabrielle à Zhida : « Tu apportes un nouveau sang. On va renouveler la vieille souche ! », Auguste, le père de la jeune femme : « Je vais devenir beau-père, mais l’important est que le gendre soit bon ! » et le père de Zhida, en son nom et celui de la maman disparue : « Nous sommes très heureux et très émus, Zhida. Et c’est donc avec beaucoup de satisfaction que, ta mère et moi, nous vous félicitons pour votre choix… Nous vous souhaitons une vie merveilleuse… »

 Sigle FTdéfinitif 3002 2

 

À la rencontre du « grand magicien ensorceleur »  

0
DSC02497ft
Le squelette peintre (1896).

ft150 1Ostende, la « Reine des Plages », à quelques dizaines de kilomètres de la frontière française, et son musée Mu.Zee devraient attirer les 250.000 Français résidant en Belgique, ainsi que tous les vacanciers venus de l’Hexagone.
En effet, jusqu’au 16 juin 2019, s’y tient une remarquable exposition consacrée au peintre, graveur et anarchiste James Ensor[1], décrit par  Henri Storck, cinéaste et documentariste de renom, comme étant « le peintre splendide, le grand magicien ensorceleur. »

DSC02504ft
L’étonnement du masque Wouse (1889).

Ensor appréciait la cité balnéaire au point d’en faire sa muse et source d’inspiration, mais, aussi, l’impétueuse Mer du Nord, les festivités carnavalesques et les masques.

Sur place, les explications donnent un éclairage surprenant de cet artiste aux œuvres internationalement connues au point d’être exposées, parfois de manière itinérante, à New York, Chicago, Los Angeles, Utrecht, Tokyo, Bâle, Liège, Copenhague, Anvers, Londres… : « Il voulait être original et continuer à innover pour produire des œuvres qui ravissent le spectateur. Son objectif final était de partager cet état de béatitude qu’il ressentait devant la beauté de la mer, ou quand inspiré par le nacre d’un coquillage, il peignait des scènes religieuses, des paysages ou des natures mortes. »

DSC02505ft
Squelettes se disputant un pendu (1891).

Et, pourquoi ces tableaux représentant de nombreux masques ? La mère de l’artiste tenait une boutique de souvenirs et vendit toute sa vie des fleurs, des coquillages, des vases chinois et des masques. Ce fut pour le peintre une source d’inspiration. Mais, derrière ces masques se cache aussi une symbolique très forte :

« Si le masque joue un rôle mineur dans la peinture occidentale, il va tenir le premier rôle dans l’œuvre d’Ensor à partir de 1888, jusqu’à devenir sa marque de fabrique. C’est sa contribution la plus marquante à l’art moderne. L’ambiguïté du masque devient dans son œuvre un instrument pour démasquer la nature humaine. »

[1] Léon Spilliaert, autre peintre aimant Ostende, est associé à Ensor lors de cette exposition.

Sigle FTdéfinitif 3002 1

Programme Cachalots 2018 : Premier témoignage exclusif de François SARANO!

0

Le programme ‘Cachalots’  de l’association LONGITUDE 181  bat son plein.  C’est au retour de la campagne de collecte de données 2018 que François SARANO nous en révèle les premières nouveautés ,et  qui nous emmène dans  un monde  apaisé  avec son talent de conteur.   A ne pas manquer….  pour une  complète relaxation  auditive  !

http://www.longitude181.org

Les yeux brouillés de Franca Rossi (Le Livre de Papier)

0

« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

 ft150 4D’emblée, Franca Rossi, auteure de l’essai « Les yeux brouillés » paru aux Éditions « Le Livre de Papier », met les choses au point : « Loin de moi l’idée d’exhiber de manière impudique une réalité à laquelle j’ai été confrontée pendant plus de quarante ans. Le propos de mon récit cible spécifiquement les moqueries envers la différence physique, car c’est cet aspect-là que je connais le mieux. Nombreux sont celles et ceux qui m’ont raconté, les yeux brouillés de larmes, ce qu’ils ont dû endurer et les phrases assassines, dont ils se souviennent mot à mot. »

thumbnail682.5a8ee82da720aEn une centaine de pages abondamment illustrées de photos, de dessins et de citations dans la deuxième partie de l’ouvrage réservée à quelques exemples, tels Fernandel, Toulouse-Lautrec, Sartre, Gagarine…, Franca Rossi invite le lecteur à ne laisser aucune place au mépris, à réagir de manière civique face aux moqueries, aux comportements et propos discriminatoires, même par l’humour conseille-t-elle, car « s’il ne fait pas de miracles, il peut réaliser des merveilles. »

Et pourtant, à découvrir certains témoignages poignants, révoltants, touchants ou choquants, il peut parfois paraître difficile de manier la plaisanterie. Cependant, quand on a terminé la lecture de cet essai, on se dit que l’auteure a vraiment su distiller matière à affronter l’humiliation, la cruauté, la souffrance morale et psychologique, la singularité, la solitude qui en résulte parfois.

32780112 215348419260107 1972779582582947840 n
Franca Rossi.

Dans maints cas, la personne dont l’intégrité physique ou mentale est diminuée congénitalement ou sous l’effet d’un accident ou de l’âge, ne changera pas ou peu dans son handicap, mais c’est le regard des autres qui se transformera. Et ça, cela s’appelle tout simplement de l’humanisme et non une compassion de façade ou de l’hypocrisie.

Pour les besoins de la présente chronique, j’ai relevé un seul propos  dans les différents chapitres dévolus aux roux et rousses, loucheurs et loucheuses, boiteux et boiteuses, nains et naines…, qui, bien évidemment, corrobore le travail de recherche et de synthèse de l’auteure qui, rappelons-le, est aussi basé sur une expérience personnelle : « Il est possible d’apprendre de ses défauts, d’en faire des forces ou de lutter contre eux. »

https://www.publier-un-livre.com/fr/le-livre-en-papier/682-les-yeux-brouilles

Sigle FTdéfinitif 3002 4

 

Vous avez dit concertation ? (rediffusion)

1
© Grand Ensemble
© Grand Ensemble
© Grand Ensemble

La construction d’une nouvelle école, l’implantation d’un centre commercial, d’un écoquartier, ou d’une base de loisir, les projets d’aménagement du territoire passent de plus en plus par la consultation des citoyens. On sonde, on interroge, on expose les maquettes, on ouvre le débat à la population…

Mais ces grandes concertations populaires ne seraient-elles pas, parfois, que de la poudre aux yeux ?
A Vaulx en Velin, dans le Rhône, dans le quartier de la Soie, un grand centre de vie, entendez par cela un nouveau pôle de loisirs et de commerce, baptisé « Carré de Soie », a vu le jour il y a 4 ans, après plusieurs années de réunions consultatives. Un projet sensé s’adapter aux attentes des habitants. En vain ! Les espaces sortis de terre ne reflétèrent alors que très peu les souhaits exprimés.

C’est pour décrypter ce processus de décision que la réalisatrice Béatrice Dubell a reconstitué les différentes réunions en les faisant rejouer par les habitants eux-mêmes.

Militants associatifs, mères de famille, retraités, ouvriers, mais aussi pouvoirs publics et promoteurs privés ont été rejoués par ceux là même qui ont eu à subir le simulacre de concertation.
Au final, une peinture très juste et acide de ces réunions prétextes à de grandes campagnes de communication. C’est ce langage dominant qu’à voulu décortiquer Béatrice Dubell, la réalisatrice de « Déconcertation« , en mettant en lumière des réalités sociales.

Laure Pupier a participé au film. Habitante du quartier, elle a du incarner la puissance privée, le promoteur en charge de réaliser le nouveau centre…

[youtube]http://youtu.be/KhVp59vVf2M[/youtube]

« Déconcertation » fait partie d’une série de mini fictions mises en œuvre par l’association Grand Ensemble, un atelier de cinéma populaire, dont l’objectif est de témoigner de la vie de la société au travers des actions, des combats, des tranches de vie.

« Déconcertation » et les autres réalisations sont à suivre sur  le site de l’association Grand Ensemble qui prépare un autre film autour de la guerre d’Algérie dans la mémoire populaire lyonnaise.

  • Pour en savoir plus :

Déconcertation, naissance du documentaire

Des habitants face à une implacable mécanique

« Les robots vont-ils remplacer les journalistes ? » (1/4) : Et la démocratie ? Et la conscience ?

0

ft150 141ZNI9r0yPL. SX339 BO1204203200 FTjpg« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff en partenariat avec « POUR » (une lecture citoyenne !).

Dans « Les robots vont-ils remplacer les journalistes ? » de Damien Desbordes (Éditions Plein Jour), pas question de SF mais de IA avec cet essai. SF comme Science Fiction et IA comme Intelligence Artificielle. On pourrait ajouter au titre les écrivains et écrivaines, d’ailleurs.

Ceci dit, les multinationales du numérique et de la robotique lancées à fond les manettes ne s’arrêtent pas en chemin et lorgnent tout autant du côté politique. Alors, certains, et nous en sommes à « Fréquence Terre » et « POUR », s’inquiètent : et qu’en sera-t-il de la démocratie ?

Quand disparaîtront à leur tour les traducteurs, enseignants et chirurgiens, les journalistes ne seront-ils plus qu’un très ancien souvenir, des machines dématérialisées s’étant emparées dans les rédactions et sur le web de ce qui les rendait indispensables : récolter, vérifier, traiter l’information pour en produire un article ou un reportage au contenu intelligible.

Mais, il y a des avantages pour lesdites multinationales, souligne avec malice l’auteur : le robot est réemployable à l’envi, sans salaire, ni charges sociales, ni notes de frais, ni pauses repas, ni congés payés !

Dans un premier temps, les robots avaient pour premier objectif de faire aussi bien que l’être humain et être compris de lui. Ensuite, bien sûr, de le remplacer et de le supplanter.

Alors, la presse va-t-elle être dominée par les algorithmes et les flux automatiques ?

Cette tendance gagne du terrain dans l’indifférence générale, constate encore Damien Desbordes.

Dans l’avenir, assistera-t-on à une lutte des classes hors du commun : des travailleurs contre leurs avatars automatisés ?

Sigle POUR et FTAprès les classes ouvrières qui luttèrent, tant bien que mal, face à la robotisation industrielle, les cols blancs vont-ils faire de même en présence de nouveaux outils informatiques ? L’expertise du médecin sera-t-elle remplacée par un programme ? L’avocat remplacé par un copié-collé entraîné du Droit ?

Et puis, après la science fiction, la robotisation industrielle, l’intelligence artificielle, voici l’intelligence émotionnelle avec un humanoïde dégageant de l’empathie et qui peut consoler son interlocuteur après avoir capté et analysé le son de sa voix, le choix de ses mots et même l’expression faciale.

Bref, maîtrise des cinq sens et perception des émotions sont, petit à petit, au programme des multinationales.

Il reste un point crucial : la conscience. Mais, d’elle, on sait que beaucoup s’en moquent éperdument tant que leurs actionnaires sont contents.

Cependant, une nouvelle question surgit : la conscience est-elle indispensable pour dépasser l’intelligence humaine ?

Poser la question n’est pas encore y répondre. Cela ne saurait tarder, annoncent les chercheurs.

Pour ma part, je lis et je relis cette déclaration de Victor Hugo : « Car le mot, qu’on le sache, est un être vivant. La main du songeur vibre et tremble en l’écrivant. » Poésie et technologie feront-elles bon ménage ?

Sigle FTdéfinitif 3002 1

 

« Histoire sacrée du monde » : Qui sont ces fameuses « Initiatrices » ? (1/6)

0

ft150 3Imaginez un prêtre, un imam, un pasteur ou un rabbin, qui prie pour avoir la foi, qui est sincère au plus profond de son cœur et appliqué dans sa pratique, mais qui n’a jamais vécu d’expérience mystique, alors qu’à quelques kilomètres de chez lui, une jeune paysanne ou ouvrière quasiment illettrée vit régulièrement et naturellement ce moment exceptionnel que certains intitulent un « instant d’or pur » ou la « Grande Vérité », voire la « Sagesse suprême ».

La base de l’imposant essai du théologue et cosmologue Jonathan Black « L’histoire sacrée du monde » (J’ai Lu), tient, selon moi, en cette question qui peut paraître anodine ou dérisoire : « Comment défendre avec assurance les dogmes d’une religion quand on suspecte que d’autres personnes font profondément et directement l’expérience de réalités qu’on ne connaît qu’en théorie ? »

À présent, entrons dans le vif du sujet ! Toutes les grandes discordes de l’Histoire, les inquisitions, les persécutions, les emprisonnements, les tortures, les exécutions, les guerres, découlent d’un seul point de désaccord originel, selon l’auteur : les scientifiques disent qu’au commencement de l’Univers il y avait le néant et les croyants soutiennent qu’il est l’œuvre de l’esprit fécond de Dieu.

9782290147283Autre point fondamental présenté par Jonathan Black : « Oui ou non, y a-t-il une interaction entre l’esprit et la matière ? »

Ici, Big Bang, mythologie de la création, pensées religieuses et spirituelles, surnaturel… entrent en jeu.

Les mythes de la création du monde entier, poursuit-il, racontent la manière dont Saturne, l’un des noms de Satan, avait opprimé la Terre-Mère et que le dieu Soleil finit par vaincre ce monstre.

On est donc dans le concept qui veut que la Lumière finisse toujours par vaincre les ténèbres, en somme.

Le vieux tyran Saturne passa à la postérité pour avoir dévoré ses propres enfants et ce mythe souligne encore une chose, ce qui est le but du livre : « Ce qui vient à exister peut aussi cesser d’exister » car c’est le propre d’une création que d’être limitée.  Ne dit-on pas que les cimetières sont emplis de personnes qui se croyaient irremplaçables, voire immortelles ?

« De tout temps, partout dans le monde, des gens ont rencontré des êtres désincarnés auxquels ils donnaient le nom de dieux, d’anges ou d’esprits. La perception qu’ils en ont est teintée de la culture dans laquelle ils ont été élevés. Évidemment, du point de vue scientifique, ces récits ne peuvent être que de simples délires. Mais si ce n’était pas le cas ? Et s’ils relataient des rencontres avec des êtres réels ? » questionne l’auteur.

De fait, il y a beau y avoir conflit – contradiction même – entre les religions au niveau de la doctrine et du dogme, les récits et les expériences, eux, paraissent très similaires, constate Jonathan Black, qui poursuit : « Sous le nom d’Initiatrice et sous différentes formes, on retrouve dans maintes mythologies une femme dotée de pouvoirs surnaturels pour combattre les forces obscures. De la sorte, elle joue un rôle capital dans l’histoire du monde et, ‘connaître les mythes, c’est apprendre le secret de l’origine des choses’ confirma Mircea Eliade. »

Les mythes, selon les matérialistes, seraient des éléments de l’inconscient à tel point que Freud évoqua des souvenirs de notre petite enfance pour les dieux qui ne sont rien d’autres que nos parents affublés de costumes, dit-il.

Les idéalistes, eux, considèrent que les mythes relatent la conscience humaine. Ainsi, mythes, légendes du monde entier, cultures différentes, racontent des histoires identiques sur le fond, différentes sur la forme.

Alors, vérités psychologiques ou historiques ? Pour l’auteur, il s’agirait peut-être des épreuves que tout être humain, homme comme femme, traverse dans la vie et font partie de son développement.

Ce qui rend  ridicule l’interdiction faite aux femmes en Anjou, il y a quelques décennies, de descendre dans les caves, les vignerons ayant peur qu’elles fassent tourner le vin avec leurs règles ! Le même motif étant encore invoqué, sous cape, dans certaines Obédiences maçonniques. La lecture de « Histoire sacrée du monde » met implicitement ce genre de poncif en évidence et ce n’est pas négligeable.

 

Musique : http://www.michaelmathy.be/#music

Histoire sacrée du monde : mythologie et science sont-elles contradictoires ?     (2/6)

« Sangliers » d’Aurélien Delsaux (Albin Michel)

0

ft150« Littérature sans Frontières est une chronique de Pierre Guelff.

 Son père, dit le Chef, après l’avoir battu, hurla : « C’est ça, dégage ! Fous-moi le camp pour de bon ce coup-ci. » Alors, le gamin courut à perdre haleine, traversa le village, s’enfuit, du sang dégoulinant de ses lèvres et il se réfugia près d’un chêne solitaire et confia, une fois encore, son désespoir.

Ainsi débute le remarquable et touchant roman « Sangliers » d’Aurélien Delsaux (Albin Michel). Plus de 550 pages aux Feuges, hameau entre Rhône et Alpes, là, explique l’auteur, « où, entre la violence des hommes et la beauté qui les entoure, les enfants grandissent. »

La vie y est un croisement entre le monde rural et le péri-urbain, car les pavillons sont entourés d’un jardinet et moins onéreux et puis, il y a la chasse aux sangliers, considérés comme une espèce invasive dans le département, et un bistrot où les vieux radotent des histoires de vieux aux néo-ruraux qui ne les écoutent même plus.

9782226393173 jC’est de cette vie-là, entre paysans, déclassés de la grande ville et laissés-pour-compte des deux bords, que se tisse ce roman.

C’est beau et dur à la fois, tendre et extrêmement violent, lumineux et sombre, mais tellement universel, comme le précise l’auteur.

La première fois que Germain-le-Chef vit la « grosse, franchement laide et pas baisable », un enfant métis, Matthias dit « le singe » accroché à ses genoux, c’était au Brico+. Neuf mois plus tard, Lionel venait au monde. Et, tant que Germain était à la chasse aux sangliers, pourquoi ne pas tirer le « singe » ? Il le visait et faisait siffler autour de lui des balles. Matthias savait déjà qu’il n’y avait pas que les chasseurs et les chassés, les prédateurs et les proies, il y avait les arbres, le ciel et l’eau, il y avait les bêtes plus humaines que les hommes et des hommes plus bêtes que le bêtes et il savait qu’un jour il partirait loin des Feuges.

Alors, durant des chapitres, la vie aux Feuges défile et se dessine, parfois de manière surprenante, le niveau des haines monte comme celui des mers. Colères, rancoeurs, peurs, dégoûts, vont et viennent, les « Moutons Noirs » apparaissent, anars naïfs considérés comme des r  igolos, en revanche, ceux du camp opposé se structurent, s’arment de slogans racistes, mais aussi d’armes…

Plus Lionel grandit, plus il hait son père-le-Chef, plus il lui ressemble jusqu’à basculer dans le mouvement de la « Jeunesse identitaire », sous l’œil qui s’éteint du sculpteur et de sa jolie polonaise, sous l’attitude prétentieuse du député, sous les coups de folie de la « grosse », sa mère, sous, l’œil indifférent, croit-il, de jolies adolescentes…

Certes, on pressent la fin du roman. Elle est inéluctable. Mais, combien est-elle d’actualité !

Sigle FTdéfinitif 3002

LANGAZEL, la biodiversité préservée (rediffusion)

2
© Association de Langazel

C’est en Bretagne, du coté de Landernau, que nous emmène notre périple cette semaine.

L’association de Langazel s’y démène depuis 30 ans pour préserver la biodiversité du marais.

En 1978, la ville de Landernau choisit le site de Langazel pour enfouir ses déchets ménagers. L’année suivante l’association se crée pour contrecarrer le projet et prendre en charge le site particulièrement remarquable.

Steven Kergoat, est l’un des deux salariés de l’association, en charge de la gestion du site.

« Dans ce marais nait la rivière Aber Wrach qui alimente 80000 personnes en eau potable. Des milieux remarquables sont identifiés : tourbières, landes humides et sèches, pairies humides oligotrophes, qui deviendront plus tard des habitats d’intérêts européen. Des espèces animales, de nombreux amphibiens, des oiseaux et insectes sont inventoriés sur le marais. 700 espèces animales et 337 espèces végétales sont concentrées sur 250 hectares. »

image 10 03 07 21 19 07 ok
© Association de Langazel

A force de conviction, militants et élus locaux ont réussi à repousser le projet initial et à maintenir tous les milieux naturels présents il y a 30 ans.

« L’association a réussi à maintenir tous les milieux naturels présents il y a 30 ans et un maximum de biodiversité. Le site a vu réapparaitre des plantes qui avaient disparu depuis plusieurs années. La qualité de l’eau s’est également améliorée. La présence de nitrates est passée de 50mg/l à 28mg/l à l’aval du site de Langazel. »

Au-delà de la préservation de la rivière et du marais, l’association de Langazel s’est engagée aussi dans l’éducation à l’environnement pour sensibiliser les habitants à la nécessité de sauvegarder le site.

L’expertise de l’association fait aujourd’hui figure d’exemple dans la région. Les bénévoles et permanents partagent leur expérience pour sauvegarder d’autres milieux humides du Finistère.

 

Pour aller plus loin :

[youtube]http://youtu.be/clf9hd_qUhU[/youtube]

POUR des lectures citoyennes : Le peuple plus fort que le gouvernement ! (4/4)

0

d5359f2d5d 2ft150 4Le principe essentiel de l’action de la désobéissance civile qui, rappelons-le, est non violente, est celui de  la non-coopération, explique Jean-Marie Muller dans « L’impératif de désobéissance » (Éditions Le Passager clandestin). Ce principe repose sur un élément majeur : dans une société, ce qui fait la force des injustices, c’est la complicité, qu’elle soit passive, volontaire, résignée ou forcée, de la majorité silencieuse des citoyens.

La résistance pacifiste vise à rompre cette complicité.

La contrainte devient effective à partir du moment où les actions de la non-coopération parviennent à tarir les sources du pouvoir des autorités établies, qui n’ont plus les moyens de se faire respecter et obéir, pour imposer l’injustice, des sévices, des diktats, la violence autant morale, psychique que physique.

Certes, c’est plus facile à dire qu’à faire, mais maints exemples historiques, cités dans nos trois précédentes chroniques sur le même sujet, confirment que c’est possible, à plusieurs conditions.

Ces conditions sont : avoir un objectif clair, précis, limité et possible, afficher clairement sa volonté de non-violence, savoir que toute action collective réclame, à la fois, une organisation souple et rigoureuse, et, situation stratégique importante, que prendre la parole de manière raisonnable, non violente, juste, voire humoristique, est déjà prendre le pouvoir.

Il faut, bien entendu, convaincre l’opinion publique, ce qui n’est pas aisé non plus.

Mais, les décideurs veillent au grain : « Force reste à la loi » et, alors, répression et procès sont au programme. Des solutions sont proposées : mobiliser au maximum une forte minorité de citoyens qui affirmeront leur solidarité avec les « désobéisseurs » et tenter de faire des juges des alliés.

Désobéisseurs responsables oui, coupables non !

 La nuance est grande est primordiale. Voyez, donc, au bout de longues années de procès et d’amendes, le sort réservé  à Antoine Deltour, lanceur d’alerte considéré comme le « Père des LuxLeaks » qui, en mai 2018 a été quasiment acquitté sur toute la ligne par la Cour d’appel du Grand-Duché de Luxembourg.

En définitive,  il faut que le peuple renverse la vapeur et devienne plus fort que le gouvernement qui veut lui imposer des lois moralement inacceptables et injustes.

Car, comme le prétend Jean-Marie Muller, faute de parvenir à briser le ressort du mouvement par la répression, le pouvoir n’a guère d’autre issue que de rechercher une solution négociée.

 Dès lors, chacun est invité à résister sur son lieu de travail, dans son quartier, en profitant de tous les moyens que sa position met à sa disposition pour les retourner contre le pouvoir illégitime.

Sigle POUR et FT 1Précision de l’auteur du livre : La gauche alternative suscite une nouvelle réflexion sur la désobéissance civile. Dès lors, la présente chronique se fait en partenariat avec le magazine POUR dont, rappelons-le aussi, le slogan est : « Pour écrire la liberté » !

Sigle FTdéfinitif 3002 6