Poursuites des multinationales contre les associations, attaques des médias par les politiques, criminalisation des mouvements sociaux, mesures anti-terrorismes qui peuvent être liberticides, les questions de la liberté d’expression et du droit à l’information sont de plus en plus prégnantes. Et l’actualité sociale de ces dernières semaines nous le rappelle fortement.
Cet espace démocratique menacé a fait récemment l’objet d’un colloque. C’était le 14 janvier à Paris.
- Avec Léna Bauer, responsable de la communication à la Fondation France Libertés
Vous avez participé à ce colloque sur la reconfiguration des espaces démocratiques. Il y a donc une vraie menace sur la liberté d’expression en France ?
« Oui. Aujourd’hui il y a des menaces qui pèsent sur la liberté d’expression en France. On peut penser à des menaces de type différent. Par exemple aux usages liberticides qui ont été faits des outils antiterroristes avec les écologistes qui ont été empêchés de manifester en étant assignés à résidence dans le cadre de l’état d’urgence. Mais on peut penser également à ces procédures bâillon. Ce sont les multinationales qui sont de plus en plus nombreuses à attaquer en justice ceux qui les critiquent. Et je pense également à la loi sur le secret des affaires qui a été votée l’année dernière et qui menace les lanceurs d’alerte et les journalistes. On voit qu’aujourd’hui les menaces sont multiples et que les démocraties sont questionnées à la fois sur la restriction de leurs droits fondamentaux, mais également sur le rétrécissement des marches de protestation ».
Quels types d’attaques sont les plus fréquentes et les plus visibles ?
« Je ne sais pas quelles attaques sont les plus fréquentes mais on sait que, par exemple, les poursuites-bâillons sont de plus en plus courantes en France. La Fondation France Libertés en a elle-même été victime. Elle a été accusée de diffamation par Veolia, même si cette procédure s’est soldée par une relaxe de la Fondation au bout de deux ans de procédure. Mais il y en a plein d’autres actuellement. Je pense à Vinci par exemple contre l’association Sherpa, à Bolloré contre le journal Basta Mag, ou à nouveau Bolloré contre la journaliste Fanny Pigeaud de Médiapart. Il y a environ une quarantaine de personnes qui sont poursuivies par Bolloré aujourd’hui dans une vingtaine de procédures différentes. Donc on voit que c’est quelque chose de courant. Et ce n’est pas une problématique spécifique à la France. Par exemple aux Etats-Unis, il y a un groupe forestier, qui s’appelle Résolu, qui a attaqué Greenpeace en réclamant 300 millions de dollars de dommages et intérêts, même si ces demandes ont été heureusement rejetées par la justice ».
On a vu bon nombre de politiques s’en prendre ouvertement aux médias… Des politiques de tous bords… du président de la République à des responsables de partis. Est-ce que c’est du parler vrai, du sans langue de bois, ou alors ce sont des dérives inquiétantes ?
« Oui, il y a vraiment à un climat très inquiétant pour les médias aujourd’hui, mais qui touche de diverses façons les médias. Par exemple, je peux parler de la loi sur le secret des affaires qui a été votée l’année dernière en France, et qui prétend protéger les entreprises de l’espionnage industriel. Mais on voit bien que cette loi bride la capacité d’investigation des médias. Il y avait une revendication de limiter le champ d’application de ce secret des affaires aux acteurs économiques, puisque le secret des affaires ne devrait s’appliquer qu’aux relations commerciales et non pas au journalisme. Mais cette revendication a été complètement rejetée. Et aujourd’hui cette loi est une véritable restriction au droit d’informer. Elle s’insère dans un contexte qui est vraiment très difficile pour les médias aujourd’hui en France. Et on peut dire que de manière générale il y a de plus en plus de contournements de la loi sur la liberté de la presse. Mais heureusement il y a certaines personnes qui luttent contre ces dérives. Je pense notamment au collectif qui s’appelle « Informer n’est pas un délit », et qui rassemble des journalistes qui défendent la liberté d’expression ».
Les attaques se portent aussi du politique sur les mouvements sociaux. Il y a une vraie criminalisation de ces mouvements ?
« Oui. Il y a un exemple qui est vraiment frappant, c’est l’acharnement contre les militants à Bure. Ce sont ces militants qui luttent contre le projet d’enfouissement des déchets radioactifs à plus de 500 mètres sous terre. Il y a déjà eu plus d’une cinquantaine de procès contre ces personnes qui s’opposent au projet. Donc ça inclut des centaines de mois de prison avec sursis distribués, des années de prison ferme, des interdictions de territoire, des milliers d’euros d’amende. Il y a même eu récemment une trentaine de gardes à vue, dont celle de l’avocat. Une enquête pour association de malfaiteurs a été ouverte, un escadron de gendarmes mobiles s’est installé sur place. On voit que c’est une criminalisation de cette lutte. Les habitants de Bure et des alentours sont surveillés, sont suivis, fichés. Ils sont contrôlés parfois plusieurs fois par jour. C’est un exemple extrême de criminalisation d’une lutte qui a vraiment pour but d’asphyxier la contestation« .
Les ONG sont aussi victimes de cette remise en cause de la liberté d’expression… de la part des multinationales… qui sont de plus en plus friandes de « poursuites-bâillons »… Que recherchent-elles ?
« Les multinationales cherchent avant tout à intimider et à faire taire les voix critiques. Ils attaquent en justice vraiment ceux qui les dérangent sous diverses accusations. cela peut être n’importe qui, des professeurs d’université, des ONG, des avocats, des lanceurs d’alerte. En fait tous ceux qui dénoncent au grand public les violations des droits humains et les violations environnementales. C’est un peu un renversement du sens de l’accusation. On estime aujourd’hui qu’en France il y a environ 90% des poursuites-bâillons, intentées pour diffamation, qui n’aboutissent pas. Donc on voit bien que, gagner en justice, n’est vraiment pas le but de ces multinationales. L’objectif, c’est d’affaiblir, psychologiquement, financièrement, les personnes ou les organisations qui sont visées. Cà cherche à confisquer le débat public aux dépens de l’intérêt général ».
Le collectif « On ne se taira pas » créé il y a deux ans, a eu une véritable portée ? une prise de conscience ?
« Oui, c’est le but du collectif. Pendant toute l’année 2018, le collectif « On ne se taira pas » a essayé de sensibiliser et de faire connaître cette question. On est passé par plusieurs outils de sensibilisation, des vidéos, des tribunes dans les médias. On s’est doté d’un compte Twitter et un site Internet. Et puis le collectif a commencé l’année 2019 en organisant ce colloque sur la reconfiguration des espaces démocratiques avec des intervenants très divers, aussi bien des chercheurs, que des militants, des journalistes. Et c’est vraiment cette approche croisée qui est essentielle. Croiser les approches universitaires militantes pour créer du savoir et renforcer la lutte contre ces dérives ».
Pour aller plus loin :
- On ne se taira pas
- Informer n’est pas un délit
- Relaxe de France Libertés : la fin des poursuites-bâillons
- La Reconfiguration des espaces democratiques
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« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
Il ne s’agit donc pas d’un endroit comme la célèbre « Chambre-à-coucher-du-Roi » de Louis XIV où défilait un tas de personnes pour assister aux petit et grand levers du monarque : valets, chirurgiens, officiers de la Couronne, aumônier, barbier, intendant…, soit plus de vingt personnages !
De très nombreux citoyens de la capitale de l’Europe, et à présent dans des villes de province ne désarment pas. Les grandioses manifestations des 2 décembre et 27 janvier rassemblant 150 000 participants, plus, chaque jeudi depuis le début de cette année, celles d’étudiants qui concentrent une foule considérable (35 000 à Bruxelles le 24 janvier, et pour ce 31 janvier, nouvelle stratégie en « délocalisant » les rassemblements : 15 000 participants à Liège, 12 500 à Bruxelles, au moins 10 000 à Charleroi, Tournai, Chimay, Louvain, Anvers, dont la jeune initiatrice de « Youth for climate » a été menacée de mort sur Facebook…), il y a, aussi, ces dizaines de jeunes qui, ce même jeudi, sont allés réveiller l’une des QUATRE ministres belges de l’Environnement et rappeler leur détermination face à l’inertie politicienne
Parmi ces citoyens, le groupe « Act for climate justice » s’est formé il y a plusieurs semaines et ses actions vont aussi en s’amplifiant : à son instigation, des centaines et centaines de gens harcèlent téléphoniquement et par textos les ministres pour qu’ils agissent concrètement, des milliers d’affiches très explicites sont disposées dans plusieurs villes, dont certaines anti-pub, des revendications trouvent un écho dans la presse, même au Washington Post qui évoque ce qui se passe dans ce petit pays de 11 millions d’habitants, qui est quand même le siège de l’Union européenne, de l’Otan et de nombreuses multinationales, bref, ce minuscule pays semble s’ériger comme un modèle de résistance populaire.
En moins de deux mois, ce n’est pas moins de 200.000 personnes qui ont défilé dans les rues de la Capitale de l’Europe, 75.000 un dimanche de décembre et 70.000 ce dimanche 27 janvier, et, trois jeudis d’affilée de janvier – et ce n’est pas fini !, – plus de 50.000 jeunes étudiants à l’image du mot d’ordre lancé par la suédoise de 16 ans, Greta Thunberg, dite « La gréviste du climat », celle qui osa interpeller les prétendus « grands » de ce monde (à la COP 24, à Davos, entre autres) en leur lançant qu’ils n’étaient pas assez matures, qu’ils faisaient porter un fardeau, même à leurs propres enfants.

« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff
Comme pour chaque chronique dévolue à cet auteur humaniste que j’estime tant, j’ai extrait quelques-uns de ses propos sous forme de messages, dont, je pense, il est plus que nécessaire de se référer par les moments difficiles que la planète en cette année 2019 est occupée à vivre.


sanctions disciplinaires.
Si je me trouve au sein de cette manifestation en tant que reporter de Fréquence Terre, c’est aussi pour prendre, comme citoyen adulte, un bain de Jouvence, une bouffée d’espérance : oui, moi, nous, vous, les défenseurs convaincus et souvent militants pour un environnement sain et à visage humain, on sait que la relève est là. Agissante, engagée, responsable, pleine de projets et de solutions et, qu’obligatoirement, elle est porteuse d’un désir universel.
Car, revenons-en à une réalité concrète : les politiciens savent que ces manifestants sont de futurs ou de tout jeunes électeurs et qu’il faut, dès maintenant, tant qu’il n’est pas trop tard, en tenir compte. Ce qui, d’ailleurs se concrétise car, Fréquence Terre n’est plus trop esseulée sur le plan médiatique, car la presse traditionnelle nationale et internationale s’est enfin mobilisée sur cet événement avec des titres comme « La désobéissance civile, la nouvelle manière de militer pour le climat » et fait allusion à quelques slogans et déclarations, tels « Quand je serai grand je voudrais être vivant », « Nous sommes la dernière génération à pouvoir agir » et, en ce jeudi, une petite touche d’humour avec « Le climat est plus chaud que mon mec », ou « Plus de degrés dans la bière et pas dans nature ! »…

« Et mon père ? Il est vivant ou mort ? » se demande Juliette dans un milieu où ses condisciples parlent de Megève, de Riviera, de tennis, de voitures luxueuses, d’hôtels cinq étoiles, elle qui, depuis l’âge de 8 ans reprise son linge.