« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
Rencontres avec des mondes qui puisent leurs connaissances au plus près des fondements de la mémoire humaine en compagnie de peuples racines, de gardiens du Savoir, c’est-à-dire, celui des liens à l’autre, à soi-même, à la nature, à la vie, au métier d’être un être humain, à l’art de vivre ensemble : quel fameux programme, tellement urgent à remettre en pratique !
Ce programme, c’est celui, entre autres, développé dans l’essai Sagesses d’ailleurs de Frederika Van Ingen[1] qui donne la parole à des passeurs, des personnes qui se savent seconds et non premiers dans la réception de ce Savoir, qu’elles ne seront pas les dernières – du moins, c’est à espérer – et qu’elles se doivent de transmettre.
Ces peuples racines[2], c’est, en quelque sorte, notre Patrimoine humain et la Mémoire collective qu’ils entretiennent encore à leur manière et que l’homme moderne, dit civilisé, a perdu.
Ces passeurs, c’est aussi vous, c’est aussi nous, si vous avez décidé de vous engager, comme on tente modestement, mais avec conviction et sans relâche, de le faire à Fréquence Terre depuis plus d’une décennie. Et, pour ce faire, pas besoin d’organiser de grandes manifestations ou de vivre au fond d’un bois en ermite, mais de simples gestes suffisent déjà après des prises de conscience, même parcellaires au départ, et s’engager, petit à petit, dans cette voie de la Sagesse qui consiste à sauver notre planète du désastre.
C’est un premier pas, mais il compte plus amplement que ne le supposent les climato-écolo-sceptiques.
D’un simple exemple (qui vaut parfois plus qu’un long discours !), l’auteure Frederika Van Ingen pose une question qui, dans le fond, est tout le dilemme qui se présente à nous en ce XXIe siècle. L’exemple est celui du briquet Cricket (devenu Bic) né dans les années 1960. Il était rechargeable et sa flamme réglable. Aujourd’hui, il est jetable et sa flamme préformatée.
« À l’image d’une civilisation qui consomme, qui jette, qui va plus vite… et qui réduit la liberté de choisir sa flamme. »
Et la question fondamentale est la suivante : « Est-ce que l’être humain s’accomplit dans un monde technologique ou est-ce qu’il s’accomplit dans un monde où il se sent en harmonie avec ce qui l’entoure ? »
Dans cet important essai, j’ai encore relevé ceci en guise de conclusion à la première partie d’une série de chroniques qui lui sera consacrée : « Pas de doute, nos conditions de vies ont progressé. Mais on se pose rarement la question de ce qu’on a perdu. Et l’une des choses essentielles, c’est la confiance profonde que la vie fonctionne quand bien même on ne peut pas tout comprendre. »

[1] J’ai Lu, France, 2018.
[2] Peuples premiers et autochtones, de moins de 370 millions de personnes réparties dans 5 000 groupes d’environ 70 pays.

Si le ton de ce mensuel est forcément militant, parfois mordant et caustique, sans jamais être blessant ou vulgaire, à l’instar des dessins du regretté Cabu qui y collabora en tant que membre de l’association éponyme, des reportages développent un sujet en profondeur, comme le dernier numéro qui propose « Corée : le long chemin vers la paix », de Bernard Baissat, ancien journaliste à la télévision publique française, formateur à l’Institut national de l’audiovisuel et, encore, aujourd’hui, chroniqueur d’émissions pacifistes à Radio libertaire.
Ainsi, on apprend que si les Corées sont coupées en deux depuis des décennies, que des robots tueurs armés d’une mitrailleuse et d’un lance-grenades sont disposés, entre autres armes, j’allais dire « armes terrifiantes », mais c’est un pléonasme, toutes les armes sont terrifiantes, bref, disposées entre leurs frontières, une petite lueur de réunification pointe à l’horizon : « Il faudra attendre encore une génération, mais nous y arriverons », déclara un Sud-Coréen au reporter de l’Union Pacifiste.
Jusqu’au jour de ce début 2019, quand j’ai lu Une histoire de l’écologie politique – De René Dumont à Nicolas Hulot, un imposant essai de 350 pages d’Arthur Nazaret publié aux Éditions La tengo, j’ai rengainé ma rengaine de baroudeur de l’engagement citoyen, y compris l’écolo, blanchi sous le harnais, et je n’ai pu qu’opiner quand l’auteur de ce remarquable ouvrage déclare : « C’est une histoire qui n’a jamais été racontée. On compte des dizaines et des dizaines d’ouvrages sur l’histoire du communisme ou l’histoire du socialisme, mais rien sur l’écologie politique, la seule idéologie nouvelle… »
« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
Il ne s’agit donc pas d’un endroit comme la célèbre « Chambre-à-coucher-du-Roi » de Louis XIV où défilait un tas de personnes pour assister aux petit et grand levers du monarque : valets, chirurgiens, officiers de la Couronne, aumônier, barbier, intendant…, soit plus de vingt personnages !
De très nombreux citoyens de la capitale de l’Europe, et à présent dans des villes de province ne désarment pas. Les grandioses manifestations des 2 décembre et 27 janvier rassemblant 150 000 participants, plus, chaque jeudi depuis le début de cette année, celles d’étudiants qui concentrent une foule considérable (35 000 à Bruxelles le 24 janvier, et pour ce 31 janvier, nouvelle stratégie en « délocalisant » les rassemblements : 15 000 participants à Liège, 12 500 à Bruxelles, au moins 10 000 à Charleroi, Tournai, Chimay, Louvain, Anvers, dont la jeune initiatrice de « Youth for climate » a été menacée de mort sur Facebook…), il y a, aussi, ces dizaines de jeunes qui, ce même jeudi, sont allés réveiller l’une des QUATRE ministres belges de l’Environnement et rappeler leur détermination face à l’inertie politicienne
Parmi ces citoyens, le groupe « Act for climate justice » s’est formé il y a plusieurs semaines et ses actions vont aussi en s’amplifiant : à son instigation, des centaines et centaines de gens harcèlent téléphoniquement et par textos les ministres pour qu’ils agissent concrètement, des milliers d’affiches très explicites sont disposées dans plusieurs villes, dont certaines anti-pub, des revendications trouvent un écho dans la presse, même au Washington Post qui évoque ce qui se passe dans ce petit pays de 11 millions d’habitants, qui est quand même le siège de l’Union européenne, de l’Otan et de nombreuses multinationales, bref, ce minuscule pays semble s’ériger comme un modèle de résistance populaire.
En moins de deux mois, ce n’est pas moins de 200.000 personnes qui ont défilé dans les rues de la Capitale de l’Europe, 75.000 un dimanche de décembre et 70.000 ce dimanche 27 janvier, et, trois jeudis d’affilée de janvier – et ce n’est pas fini !, – plus de 50.000 jeunes étudiants à l’image du mot d’ordre lancé par la suédoise de 16 ans, Greta Thunberg, dite « La gréviste du climat », celle qui osa interpeller les prétendus « grands » de ce monde (à la COP 24, à Davos, entre autres) en leur lançant qu’ils n’étaient pas assez matures, qu’ils faisaient porter un fardeau, même à leurs propres enfants.

« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff
Comme pour chaque chronique dévolue à cet auteur humaniste que j’estime tant, j’ai extrait quelques-uns de ses propos sous forme de messages, dont, je pense, il est plus que nécessaire de se référer par les moments difficiles que la planète en cette année 2019 est occupée à vivre.
